CONSOLATRICE DES AFFLIGÉS
Et l'hiver m'a donné la main,
J'ai la main d'Hiver dans les mains,
et dans ma tête, au loin, il brûle
les vieux étés de canicule;
et dans mes yeux, en candeurs lentes,
très blanchement il fait des tentes,
dans mes yeux il fait des Sicile,
puis des îles, encore des îles.
Et c'est tout un voyage en rond
trop vite pour la guérison
à tous les pays ou l'on meurt
au long cours des mers et des heures;
et c'est tout un voyage au vent
sur les vaisseaux de mes lits blancs
qui houlent avec des étoiles
à l'entour de toutes les voiles,
or j'ai le goût de mer aux lèvres
comme une rancœur de genièvre
bu pour la très mauvaise orgie
des départs dans les tabagies;
puis ce pays encore me vient:
un pays de neiges sans fin....
Marie des bonnes couvertures,
faites-y la neige moins dure
et courir moins comme des lières
mes mains sur mes draps blancs de fièvre.
—Max Elskamp in "La Wallonie," 1892.
The poem appears in Van Bever and Léautaud's anthology and there may be no reason for my not having thence received it; but there is, for all that, a certain value in finding a man among his native surroundings, and in finding Elskamp at home, among his contemporaries, I gained first the advantage of comprehension.
ALBERT MOCKEL AND "LA WALLONIE"
I recently received a letter from Albert Mockel, written with a graciousness not often employed by English and American writers in communication to their juniors. Indeed, the present elder generation of American "respectable" authors having all their lives approached so nearly to death, have always been rather annoyed that American letters did not die utterly in their personal desiccations. Signs of vitality; signs of interest in, or cognizance of other sections of this troubled planet have been steadily and papier-mâchéedly deprecated. The rubbish bins of Harper's and the Century have opened their lids not to new movements but only to the diluted imitations of new movers, etc.
La Wallonie, beginning as L'Elan Littéraire in 1885, endured seven years. It announced for a full year on its covers that its seventh year was its last. Albert Mockel has been gracious enough to call it "Notre Little Review à nous," and to commend the motto on our cover, in the letter here following:
8 mai, 1918
109, Avenue de Paris
La Malmaison Rueil
Monsieur et cher confrère,Merci de votre amiable envoi. La Little Review m'est sympathique à l'extrème. En la feuilletant j'ai cru voir renaître ce temps doré de ferveur et de belle confiance où, adolescent encore, et tâtonnant un peu dans les neuves régions de l'Art, je fondai à Liège notre Little Review à nous, La Wallonie. Je retrouve justement quelques livraisons de cette revue et je vous les envoie; elles ont tout au moins le mérite de la rareté.
Vous mon cher confrère, déjà ne marchez plus à tâtons mais je vous soupçonne de n'être pas aussi terriblement, aussi criminellement jeune que je l'étais à cette époque-là. Et puis trente ans ont passé sur la littérature, et c'est de la folie d'hier qu'est faite la sagesse d'aujourd'hui. Alors le Symbolisme naissait; grâce à la collaboration de mes amis, grace à Henri de Régnier et Pierre M. Olin qui dirigèrent la revue avec moi, La Wallonie en fut l'un des premiers foyers. Tout était remis en question. On aspirait è plus de liberté à une forme plus intense et plus complète plus musicale et plus souple, à une expression nouvelle de l'éternelle beauté. On s'ingeniait on cherchait.... Tâtonnements? Certes et ils étaient inévitables. Mais vif et ardent effort, désintéressement absolu, foi juvénile et surtout "No compromise with the public taste".... N'y a-t-il point la quelques traits de ressemblance avec l'œuvre que vous tentez aujourd'hui en Amérique, et, à trente années d'intervale, une sorte de cousinage? C'est pourquoi mon cher confrère, j'ai lu avec tant de plaisir la Little Review dont vous avez eu la gentillesse de m'adresser la collection.
Croyez-moi sympathiquement vôtre,
ALBERT MOCKEL.
With a native mistrust of la belle phrase; of "temps doré," "ferveur," "belle confiance", etc., and with an equally native superiority to any publication not printed LARGE, I opened La Wallonie. The gropings, "tâtonnements," to which M. Mockel so modestly refers, appear to have included some of the best work of Mallarmé, of Stuart Merrill, of Max Elskamp and Emile Verhaeren. Verlaine contributed to La Wallonie, De Régnier was one of its editors.... Men of since popular fame—Bourget, Pierre Louys, Maeterlinck—appeared with the rarer spirits.
If ever the "amateur magazine" in the sense of magazine by lovers of art and letters, for lovers of art and letters, in contempt of the commerce of letters, has vindicated itself, that vindication was La Wallonie. Verhaeren's "Les Pauvres" first appeared there as the second part of the series: "Chansons des Carrefours" (Jan., '92).... The Elskamp I have just quoted appeared there with other poems of Max Elskamp. Mallarmé is represented by the exquisite: