(2) En 1885, je demeurais chez mes parents, à une campagne du gouvernement de Poltava. Une dame de notre connaissance était venue passer chez nous quelques jours avec ses deux demoiselles. Quelque temps après leur arrivée, m'étant réveillé à l'aube du jour, je vis Palladia (je dormais dans une aile séparée où j'étais tout seul). Elle se tenait devant moi, à cinq pas à peu près, et me regardait avec un sourire joyeux. S'étant approchée de moi, elle me dit deux mots: "J'ai été, j'ai vu," et tout en souriant disparut. Que voulaient dire ces mots, je ne pus le comprendre. Dans ma chambre dormait avec moi mon setter. Dès que j'aperçus Palladia, le chien hérissa le poil et avec glapissement sauta sur mon lit; se pressant vers moi, il regardait dans la direction où je voyais Palladia. Le chien n'aboyait pas, tandis que, ordinairement, il ne laissait personne entrer dans la chambre sans aboyer et grogner. Et toutes les fois, quand mon chien voyait Palladia, il se pressait auprès de moi, comme cherchant un refuge. Quand Palladia disparut et je vins dans la maison, je ne dis rien à personne de cette incident. Le soir de même jour, la fille aînée de la dame qui se trouvait chez nous me raconta qu'une chose étrange lui était arrivée ce matin: "M'étant réveillée de grand matin," me dit-elle, "j'ai senti comme si quelqu'un se tenait au chevet de mon lit, et j'entendis distinctement une voix me disant: 'Ne me crains pas, je suis bonne et aimante.' Je tournai la tête, mais je ne vis rien; ma mère et ma sœur dormaient tranquillement; cela m'a fort étonnée, car jamais rien de pareil ne m'est arrivé." Sur quoi je répondis que bien des choses inexplicables nous arrivent; mais je ne lui dit rien de ce que j'avais vu le matin. Seulement un an plus tard, quand j'étais déjà son fiancé, je lui fis part de l'apparition et des paroles de Palladia le même jour. N'était-ce pas elle qui était venue la voir aussi? Je dois ajouter que j'avais vu alors cette demoiselle pour la première fois et que je ne pensais pas du tout que j'allais l'épouser.
(3) En Octobre, 1890, je me trouvais avec ma femme et mon fils, âgé de deux ans, chez mes anciens amis, les Strijewsky, à leur campagne du gouvernement de Woronèje. Un jour, vers les 7 h. du soir, rentrant de la chasse, je passai dans l'aile que nous habitons pour changer de toilette; j'étais assis dans une chambre éclairée par une grande lampe. La porte s'ouvrit et mon fils Olég accourut; il se tenait auprès de mon fauteuil, quand Palladia apparut tout à coup devant moi. Jetant sur lui un coup d'œil, je remarquai qu'il ne détachait pas les yeux de Palladia; se tournant vers moi et montrant Palladia du doigt, il prononça: "La tante." Je le pris sur les genoux et jetai un regard sur Palladia, mais elle n'était plus. Le visage d'Olég était tout à fait tranquil et joyeux; il commençait seulement à parler, ce qui explique la dénomination qu'il donna à Palladia.
Eugène Mamtchitch.
Mrs. Mamtchitch writes:—
5 Mai, 1891.
Je me rappelle très bien que le 10 Juillet 1885, lorsque nous étions en visite chez les parents de M. E. Mamtchitch, je m'étais réveillée à l'aube du jour, car il avait été convenu entre moi et ma sœur que nous irions faire une promenade matinale. M'étant soulevée sur le lit, je vis que maman et ma sœur dormaient, et en ce moment je sentis comme si quelqu'un se tenait à mon chevet. M'étant tournée à demi—car je craignais de bien regarder—je ne vis personne; m'étant recouchée, j'entendis immédiatement, derrière et au dessus de ma tête, une voix de femme me disant doucement, mais distinctement: "Ne me crains pas, je suis bonne et aimante," et encore toute une phrase que j'oubliai à l'instant même. Immédiatement après je m'habillai et j'allai me promener. C'est étrange que ces paroles ne m'effrayèrent pas du tout. De retour, je n'en dis rien ni à ma mère, ni à ma sœur, car elles n'aimaient pas de telles choses et n'y croyaient pas; mais le soir du même jour, comme la conversation tourna sur le spiritisme, je racontai à M. M. ce qui venait de m'arriver le matin; il ne me répondit rien de particulier.
Je n'ai jamais eu aucune hallucination, ni avant, ni après cet incident, à l'exception d'un cas tout récent, quand je me suis vue moi-même, de quoi je parlerai une autre fois.
Sophie Mamtchitch.
Mr. Potolof writes to Mr. Aksakoff, through whom the case was sent:—
Rue Schpalernaya, 26. S. Pétersbourg, le 10 Mai, 1891.