THE SIEGE OF LOUISBOURG AS DESCRIBED BY FRENCH WITNESSES.
Lettre d’un Habitant de Louisbourg contenant une Relation exacte et circonstanciée de la Prise de l’Isle Royale par les Anglois. À Québec, chez Guillaume le Sincère, à l’Image de la Vérité. MDCCXLV. [Extraits.]
[Literatim.]
“... Le mauvais succès dont cette entreprise (against Annapolis) a été suivie, est envisagé, avec raison, comme la cause de notre perte. Les Anglois ne nous auroient peut-être point inquietés, si nous n’eussions été les premiers à les insulter. Notre qualité d’aggresseurs nous a été funeste; je l’ai oüi conter à plus d’un ennemi, & je n’y vois que trop d’apparence. Les habitans de la nouvelle Angleterre étoient interressés à vivre en paix avec nous. Ils
l’eussent sans doute fait, si nous ne nous étions point avisés mal à propos de les tirer de cette sécurité où ils etoient à notre égard. Ils comptoient que de part & d’autre, on ne prendroit aucun parti dans cette cruelle guerre qui a mis l’Europe en feu, et que nous nous tiendrions comme eux sur la seule défensive. La prudence le dictoit; mais elle n’est pas toujours la régle des actions des hommes: nous l’avons plus éprouvé que qui que ce soit....
“... L’expédition de l’Acadie manquée, quoiqu’il y eût tout à parier qu’il reuissiroit par le peu de forces que les ennemis avoient pour nous résister, leur fit faire de serieuses réflexions sur notre crainte, ou notre faiblesse. Selon tous les apparences, ils en conclurent qu’ils devoient profiter d’une aussi favorable circonstance, puisque dès-lors ils travaillerent avec ardeur à l’armement qui leur était necessaire. Ils ne firent pas comme nous: ils se prêterent un secours mutuel: on arma dans tous leurs Ports, depuis l’Acadie jusqu’au bas de la Côte: on dépêcha en Angleterre, & on envoya, dit on, jusqu’à la Jamaïque afin d’en tirer tous les secours qu’il seroit possible. Cette entreprise fut concertée avec prudence, et l’on travailla tout l’hiver pour être prêt au premier beau tems.
“Les préparatifs n’en pouvaient être si secrets, qu’il n’en transpirât quelque chose. Nous en avions été informés dès les premiers instans, & assez à tems pour en pouvoir donner avis à la Cour....
“Nous eumes tout l’hiver à nous, c’était plus qu’il n’en falloit pour nous mettre en état de défense; mais la terreur s’étoit emparée des esprits: on tenait des conseils, dont le résultat n’avoit rien que de bizarre et de puérile; cependant le tems s’écoulait, nous perdions de précieux momens en déliberations inutiles, & en résolutions presque aussitôt détruites que prises. Quelques ouvrages demandoient qu’on les parachevât: il en falloit renforcer quelques-uns, augmenter
quelques autres, pourvoir à des postes, visiter tous ceux de l’Isle, voir où la descente étoit plus facile, faire le denombrement des personnes en état de porter les armes, assigner à chacun son poste; enfin se donner tous les soins et les mouvemens ordinaires en pareil cas; rien de tout cela ne se faisoit; de sorte que nous avons été surpris, comme si l’ennemi fût venu fondre sur nous à l’improviste. Nous aurions eu même assez de tems pour nous precautionner mieux qu’on ne l’a fait, depuis le jour où nous vimes paroître les premiers Navires qui nous ont bloqués; car ils n’y sont venues que les uns après les autres, ainsi que je le dirai dans la suite. La négligence & la déraison avoient conjuré la perte de notre malheureuse Isle....
“Ce fut le quatorze [Mars], que nous vimes les premiers Navires ennemis; ils n’étoient encore que deux, & nous les primes d’abord pour des Vaisseaux François; mais nous fumes bien tôt détrompés par leur manœuvre. Le nombre en augmentoit de jour à autre, il en arriva jusqu’à la fin de Mai. Ils croiserent long-tems, sans rien tenter. Le rendez-vous général étoit devant notre Isle, où ils arrivoient de tous côtez; car on avoit armé à l’Acadie, Plaisance, Baston, & dans toute l’Amerique Anglaise. Les secours d’Europe ne vinrent qu’en Juin. C’étoit moins une entreprise formée par la Nation ou par le Roi, que par les seuls habitans de la nouvelle Angleterre. Ces peuples singuliers ont des Lois & une Police qui leur sont particulières, & leur Gouverneur tranche du Souverain. Cela est si vrai, que, quoi-qu’il y eût guerre déclarée entre les deux Couronnes, il nous la déclara lui de son chef & en son nom, comme s’il avoit fallu qu’il eût autorisé son maître. Sa declaration portoit, qu’il nous déclaroit la guerre pour lui, & pour tous ses amis & alliés; il entendoit parler apparemment des Sauvages qui leur sont soumis, qu’on appelle Indiens, & que l’on distingue des Sauvages qui obéissent à la France.