“Je fis à cette occasion assembler le conseil de guerre, monsieur Verrier, ingénieur en chef, ayant aussi été appelé, fit son rapport que cette batterie avoit ses épaulements du costé de la terre démolis dès l’année dernière, que les chemins couverts n’étoient pas palissadés, et qu’il étoit hors d’état de résister à une attaque par terre de trois à quatre mille homme avec 400 hommes qu’il y avoit dedans pour la défense.

“Sur ce rapport le conseil de guerre décida unanimement qu’il convenoit pour la sûreté de la ville, manquant de monde pour la défendre, de l’abandonner après en avoir encloué les canons et enlevé le plus de munitions de guerre et de bouche qu’on pourroit.

“Je ne dois pas oublier de vous informer que le même conseil de guerre vouloit faire sauter cette batterie; mais que monsieur Verrier, s’y étant opposé fortement, on la laissa subsister.

“J’envoyai l’ordre en conséquence à monsieur Thiery pour abandonner la dite batterie, après qu’il auroit encloué les canons, et enlevé le plus de munitions de guerre et de bouche qu’il pourroit; cet officier travailla le soir à faire enclouer tous les canons; il fit transporter partie des vivres et des munitions et se retira à la ville avec sa troupe vers minuit.

“La dite batterie n’ayant pas été entièrement évacuée ce soir, je fis partir le lendemain les Sieurs St. Etienne, lieutenant, et Souvigny, enseigne, avec une vingtaine d’hommes pour parachever la dite évacuation, ce qu’ils firent à l’exception de tous les boulets de canon et bombes qui y sont restés, n’ayant pas pu les emporter.

“Ayant jugé nécessaire conjointement avec monsieur Bigot de faire couler tous les bastiments qui étoient armés dans le port, pour empêcher l’ennemy de s’en emparer, je commandai, le 12, le sieur Verger, enseigne, avec 5 soldats et des matelots pour faire couler ceux qui etoient vis-à-vis la ville, et le sieur Bellemont, enseigne, avec la même opération au fond de la baye, et retirer l’huile de la tour de la lanterne, ce qu’ils exécutèrent.

“Le 13, je fis sortir toutes les compagnies de milice avec des haches et des engins pour démolir les maisons qui étoient à la porte Dauphine jusqu’au Barruchois, et pour enlever le bois en ville pour le chauffage de la garnison, n’en ayant pas, et pour faire brûler toutes celles qu’on ne pourroit pas démolir, afin d’empêcher l’ennemy de s’y loger.

“Je fis soutenir ces travailleurs par 80 soldats François et Suisses commandé par monsieur Deganne, capitaine, et Rasser, officier Suisse.

“Comme ils finissaient et qu’ils étoient au moment de se retirer en ville, il parut au Barruchois et dans les vallons des hauteurs plusieurs pelotons de l’armée ennemie, il y eût même quelques coups de fusils de tirés par ceux qui étoient les plus près; nous n’eûmes personne de tué ni de blessé, et nos gens virent tomber deux hommes de l’ennemy.

“L’ennemy s’est emparé de la batterie Royale, le 13, et le lendemain il tira sur la ville plusieurs coups de canon de deux qu’il avoit désencloué.