“L’ennemy commença à établir, le 19, une batterie de sept pièces de canon dans les plaines et derrière un petit étang, vis-à-vis la face du bastion du Roy, laquelle batterie n’a pas cessé de tirer des boulets de 12, 18 et 24 depuis ce jour jusqu’à la reddition de la place, sur le casernes, le mur du bastion du Roy et sur la ville; cette batterie étoit, Monseigneur, la plus dangereuse de l’ennemy pour détruire le monde; tous les boulets enfiloient toutes les rues jusqu’à la porte Maurepas et au mur crénelé; personne ne pouvoit rester dans la ville, soit dans les maisons ou dans les rues.

“Aussy pour éteindre le feu de l’ennemy, je fis établir deux pièces de canon de 18 sur le cavalier du dit Bastion du Roy: on fit pour cet effet deux coffres en planches qu’on remplit de fascines et de terres qui formoient deux embrasures par le moyen desquelles les canonniers et ceux qui servirent ces canons étoient à l’abry du feu de l’ennemy.

“Je fis aussy percer en même temps deux embrasures au mur du parapet de la face droite du dit bastion; on y mit deux autre canons de 24.

“Ces quatre canons ont été si bien servis que le feu de l’ennemy de la dite batterie de la plaine a été éteint, puisqu’ils ne tiroient lors de la reddition de la place qu’un canon, et qu’ils ont eu les autres démontés à la dite batterie, ainsy que ceux de nos gens qui ont été voir cette batterie, après la reddition de la place, m’en ont rendu compte.

“Le matin du 20, je fis assembler messieurs les capitaines des compagnies pour prendre un party s’il convenoit de faire des sorties sur l’ennemy. Il fut résolu que la ville étoit entièrement dénuée de monde, qu’il étoit préjudiciable d’en faire, qu’à peine on pourroit garder les remparts avec les 1300

hommes qu’il y avoit dans la ville y compris les deux cent de la batterie royale.

“Je fis masquer la porte Dauphine en pierre de taille, fascines et terre de l’épaisseur d’environ dix-huit pieds, ainsi que les deux corps de garde qui sont joints. Sans cet ouvrage l’ennemy auroit pu entrer en ville dés le lendemain qu’il auroit tiré de la batterie de Francœur; cette porte n’etoit pas plus forte que celle d’une porte cochère, les murs de la dite porte et des corps de garde n’avoient que trois pieds ou environ d’épaisseur. La dite porte n’étoit pas non plus flanquée et n’avoit pour toute défense que quelques créneaux aux corps de garde, desquels on ne pouvoit plus se servir sitôt qu’on étoit obligé de garnir les dits corps de garde de pierres, de terre.

“J’ordonnai qu’on fit des embrasures de gazon et de terre, n’ayant pas le temps d’en faire de pierre, aux quatre canons qui étoient sur la batterie du bastion Dauphin, sur le corps de garde des soldats, joignant la porte du dit bastion, afin d’empêcher l’ennemy en ses travaux sur les hauteurs qui étoient devant la dite porte; lesquelles embrasures furent faites.

“Tous les flancs des bastions de la ville furent aussy garnis des canons des corsaires et autres qui se sont trouvés en ville.

“L’ennemy ayant calfeutré une goelette qui étoit échouée au fond de la baye depuis l’année dernière, il l’a remplit de bois, goudron et autres matières combustibles, et à la faveur d’une nuit obscure et d’un vent frais du nord-nord-est qu’il fit le 24, il nous l’envoya en brûlot sur la ville.