“Tout le monde passoit toutes les nuits sur les remparts, nous attendions de pied ferme l’ennemy, plustôt que des artifices de cette nature, et ce brûlot ayant été s’échouer au dehors de la ville vis-à-vis du terrain du Sr Ste Marie ne fit pas l’effet que l’ennemy s’attendoit.
“L’ennemy s’étant emparé de la hauteur de Francœur qui est à la queue du glacis de la porte Dauphine, il a commencé à ouvrir des boyaux et former deux batteries malgré le feu continuel de nos canons de la barbette et du bastion Dauphin et du flanc droit du bastion du Roy et de la mousqueterie, et ces deux batteries n’ont point cessé de tirer depuis le 29 jusqu’à la reddition de la place des boulets de 18, 24, 36 et 42, pour battre en brèche la porte Dauphine et la flanc droit du bastion du Roy.
“L’ennemy, faisant plusieurs mouvements au fond de la baye et à la hauteur de la Lanterne, monsieur Vallé, lieutenant de la Compagnie des Canonniers, vint m’avertir que l’ennemy pourroit faire ces mouvements à l’occasion de plusieurs canons de dix-huit et de vingt-quatre qui avoient été mis au carénage pour servir de corps de garde depuis environ dix ans. Que parmy ces canons il y en avoit plusieurs en état de servir, qu’il avoit informé les Gouverneurs de cy-devant plusieurs fois que l’ennemy pourroit les transporter à la tour, établir une batterie pour battre l’isle de l’entree et les vaisseaux qui voudroient entrer.
“Sur un avis aussy important, et l’ennemy ayant aboré pavillon à la tour de la Lanterne, je fis faire un détachement de cinq cent jeunes gens du pays et autres de la milice et des flibustiers, sous les ordres du Sieur de Beaubassin, pour aller voir si cela étoit vrai, tâcher de suprendre l’ennemy ou empêcher de faire leurs travaux en cet endroit.
“Ce dêtachement partit en trois chaloupes le 27 may avec chacun douze jours de vivres et les munitions de guerre nécessaires qui leur furent fournies des magasins du Roy; il mit pied à terre au grand Lorembec.
“Le lendemain, faisant son approche à la tour, il fut découvert par l’ennemy qui étoit au nombre d’environ 300.
“Ils se tirèrent quelques volées de mousqueterye, et se séparèrent, ce détachement ne voyant pas son avantage et
plusieurs ayant lâché le pied, il fut contraint de se retirer dans le bois, pour brûler s’il lui étoit possible les magasins qu’il y avoit, on l’avoit assuré que cela étoit aisé, que l’ennemy dormoit avec sécurité en cet endroit.
“Koller qui étoit second du dit Sieur de Beaubassin, venant de St. Pierre par terre, quelques jours auparavant, avait été dans une des barraques du dit camp et avoit emporté une chaudière sans être découvert, ce détachement, dis-je, étoit à un demi quart de lieue à l’habitation du dit Koller, il avoit envoyé des découvreurs en attendant la nuit, mais ils eurent le malheur dêtre découverts par une douzaine d’Anglois qui se trouvèrent aux environs, ce qui fit que l’ennemy détacha un party considérable qui fut pour les attaquer. Le sieur de Beaubassin fut encore obligé de se retirer après quelques coups tirés de part et d’autre: l’ennemy, depuis lors cherchoit partout ce détachement, et plusieurs de ceux-ci ayant été obligés de jeter leurs vivres pour se sauver, ils étoient sans vivres pour passer leur douze jours, et plusieurs qui étoient des havres voisins l’avoient abandonné et s’étoient retirés chez eux; il se trouvoit par conséquent sans vivres et trop faibles pour résister à l’ennemy.
“Il fut donc obligé d’aller au petit Lorembec pour prendre des chaloupes afin de rentrer dans la ville; il se trouva en ce havre environ 40 Sauvages de la colonie qui avoient détruit, il y avoit deux ou trois jours, 18 à 20 Anglois qu’ils avoient trouvés qui pillaient ce havre.