“Ces matelots n’ont pas été les seuls, j’ai été informé que depuis mon départ, ils ont agi de même à l’égard des familles qui n’avoient pu être placées sur les bâtiments de transport qu’ils avoient destiné pour la France, si les généraux anglois avoient voulu, les bâtiments qui ont transporté ces familles à Boston les auroient transportées pour France, ils avoient des vivres en magazin beaucoup plus que pour la traversée; mais ils n’ont agi ainsi qu’afin de disperser la colonie.

“Le 2e article regarde les battiments qui étoient dans le port et ceux qu’ils devoient fournir en cas que les premiers ne fussent pas suffisants pour faire le transport.

“J’ay fait mes remarques à ceci au précédent article, c’est un des plus considérables par rapport à la valeur des choses, y ayant quantité de battiments dans le port qui étoient coulés ou échoués, et dont l’ennemy ne pouvoit en faire sortir aucun du port ny faire aucun usage tant que nos batteries auroient existé.

“Au surplus si plusieurs particuliers de la ville n’avoient pas acheté des battiments les Anglois auroient profité de tous les effets qu’ils y ont chargés, ainsi qu’ils ont fait de ceux qui n’avoient pas le moyen d’en acheter, ces familles auroient été contraintes, ainsi que celles qui se sont embarquées en payant de gros frets, de passer à Boston.

“A l’égard du dernier article des armes, tous les habitans avoient les leurs et les ont remises en dépôt sitôt la reddition de la place; ces armes étoient partie de leurs effets, les ennemis n’ont pas voulu les rendre, je m’en suis plaint, ils

m’ont fait réponse, lorsqu’ils ont envoyé les 436 matelots, qu’ils leur enverroient leurs armes, les autres habitans sont dans le même cas.

“Je crois devoir vous informer, Monseigneur, qu’ils se sont aussy emparés de tous les effets et ustensils de l’hôpital et des magasins du Roi: par la reddition de la Place ils n’ont que la ville avec les fortifications et batteries, avec toute l’artillerie armes et ustensils de guerre qui y étoient et non pas les autres effets; cependant ils s’en sont emparés, disant que c’étoit au Roy, Monsieur Bigot leur a fait ses representations qui n’ont eu aucun fruit, il vous rendra compte à ce sujet.

“Monsieur Bigot a bien voulu se charger lorsqu’il est parti de l’isle d’Aix pour vous rendre compte de ma lettre du 15 de ce mois avec tous les originaux des papiers, concernant tout ce qui s’est passé à l’occasion du siège de Louisbourg; je suis persuadé qu’ils les aura remis à sa grandeur et qu’après l’examen qu’elle en a fait, elle me rendra assez de justice que j’ay fait tout mon possible pour la défense de cette place, et que je ne l’ay rendue qu’a la dernière extrémité.

“J’oubliois d’informer monseigneur, que messieurs de la Tressillière et Souvigny, enseignes, et Lopinot, fils cadet, sont du nombre de ceux qui ont été tués pendant le siege.

“La garnison de Canceau avoit été faite prisonnière au dit lieu le 24 may de l’année dernière; elle ne devoit pas porter les armes contre le Roy pendant l’an et jour; monsieur Duquesnel donna la liberté à tous les officiers de cette garnison d’aller sur leur parole d’honneur à Baston et de passer au dit lieu le temps porté par leur capitulation.