De façon générale, pourtant, ce monde avait un certain courage personnel.
Le cinquième comte de Berkeley avait dit un jour, devant témoins, qu'il n'y a point de honte à être réduit par des adversaires, quand ceux-ci l'emportent par le nombre, mais que, pour lui, il ne se rendrait jamais à un voleur de grand chemin qui l'attaquerait seul.
En ce temps le brigandage était répandu. Une nuit qu'il se rendait de Berkeley à Londres, sa voiture fut arrêtée par un seigneur de grande route qui, passant sa tête à la portière, lui dit: "N'êtes-vous pas Lord Berkeley?"
"Certainement," répliqua celui-ci.
"C'est bien vous qui avez déclaré que vous ne vous rendriez jamais à un voleur de grand chemin qui vous attaquerait seul?"
"Parfaitement."
"Eh bien!"—et ce disant il braquait un pistolet sur Lord Berkeley—"je suis un de ces voleurs, et je suis seul; je vous demande la bourse ou la vie."
"Chien couard," crie Lord Berkeley, "crois-tu donc me tromper? Est-ce que je ne vois pas tes complices cachés derrière toi?"
Le voleur se retourne, surpris, pour voir ces complices qu'il ignorait, car il était réellement seul, et dans ce moment Lord Berkeley lui brûle la cervelle.
Courage, et surtout présence d'esprit. Cette anecdote a été racontée à notre auteur par la propre fille de Lord Berkeley.