Le bailli regarda l'or avec surprise et avec une admiration intense. Il fit entrer la vieille femme chez lui, et pendant qu'il comptait les belles pièces d'or elle lui raconta comment elle les avait obtenues. Le bailli réclama plusieurs pièces d'or pour sa peine, recommanda à la vieille femme de ne parler à personne de la belle demoiselle qui lui avait donné tout cet or, et se coucha, décidé à visiter la jeune fille le lendemain et à demander sa main en mariage.

Quand Finette ouvrit les yeux, elle vit le bailli au pied de son lit. Il dit: "Mademoiselle, je suis venu pour vous épouser; levez-vous et suivez-moi à l'église!"

"Oh!" dit Finette, "je ne suis pas sûre que vous ferez un bon mari!"

"Moi! Je ferai un mari excellent. Venez, venez tout de suite (immédiatement)."

"Ah," dit Finette, "un bon mari arrange toujours le feu pour sa femme. Arrangez le feu!"

"Très-bien!" dit le bailli, "j'arrangerai le feu." Le bailli saisit les pincettes. Finette dit:

"Tenez-vous les pincettes, mon ami?"

"Oui," répondit le bailli; "oui, mon amour; je tiens les pincettes!"

"Misérable, que les pincettes vous tiennent, et que vous teniez les pincettes jusqu'au coucher du soleil," dit Finette, en sortant de la maison. Au même instant les pincettes commencèrent à danser.

Le pauvre bailli dansa aussi, car il ne pouvait se séparer des pincettes. Il dansa toute la journée, malgré sa fatigue, malgré ses cris, malgré ses larmes. Quand le soleil se coucha, il lâcha les pincettes, et les pincettes le lâchèrent. Il ne resta pas dans la maison, il ne chercha pas Finette; au contraire, il retourna chez lui, et alla se coucher, car il était bien bien fatigué.