Coranda répondit naïvement que n'ayant rien mangé de toute la journée il avait grand'faim, et ajouta: "Mais si vous n'êtes pas content, mon maître, vous n'avez qu'à le dire, et je partirai dès que je vous aurai amputé le bout du nez."
Le fermier, qui n'avait aucune envie de subir cette petite opération, déclara avec emphase, qu'il était parfaitement content, mais après cela il n'oublia plus jamais de servir le garçon de ferme à table.
Quand vint le dimanche, le fermier annonça à Coranda qu'il comptait aller à l'église avec sa femme et sa fille, et lui recommanda de faire la soupe pendant leur absence. "Voilà la viande, les carottes, les oignons, et la marmite, et vous trouverez du persil dans le jardin."
Coranda promit de faire la soupe, et de ne pas oublier le persil, et le maître partit tout joyeux. Le garçon de ferme commença ses préparatifs culinaires, mit la viande et les légumes dans la marmite, puis il alla au jardin pour cueillir du persil. Là, il trouva un petit chien, le favori du fermier, et comme cette petite bête s'appelait Persil, il la tua et la jeta dans le pot-au-feu.
Au retour de la ville, le fermier se mit à table, et goûta la soupe. Elle avait bien mauvais goût, et il fit la grimace. Il n'osa cependant pas se plaindre, de peur de perdre le nez, et appela le petit chien pour la lui faire manger.
Bien entendu le chien n'arriva pas, et quand le maître alla à sa recherche, il trouva la peau toute ensanglantée de son pauvre favori. "Misérable," dit-il à Coranda, "qu'avez-vous donc fait?"
"Moi," dit Coranda, "je vous ai tout bonnement obéi. Vous m'avez dit de mettre du Persil dans la soupe et je l'ai fait; mais si vous n'êtes pas content, vous n'avez qu'à le dire, je vous couperai le bout du nez, et je partirai tout de suite."
"Mais non, mais non," dit le fermier, "je ne suis pas mécontent," et il s'en alla en soupirant.
Le lendemain le fermier alla au marché avec sa femme et sa fille, et avant de partir il dit à Coranda:
"Restez ici, et faites seulement ce que vous verrez faire aux autres."