Coranda, resté seul, regarda autour de lui et vit que les autres ouvriers avaient placé une échelle contre une vieille grange afin de grimper sur le toit pour le démolir. Il courut donc chercher une échelle qu'il appuya contre la maison, et il se mit à démolir le toit neuf avec tant d'ardeur, que le fermier trouva sa maison exposée à tous les vents à son retour.
Ce spectacle le mit en colère, mais quand Coranda lui dit qu'il lui couperait le nez s'il n'était pas content, il sourit avec contrainte et déclara qu'il se trouvait parfaitement satisfait.
Le fermier, pressé de se débarrasser d'un serviteur si incommode, consulta sa fille pour savoir comment il pourrait le renvoyer sans perdre le nez.
"Allez vous promener avec lui dans le grand pré derrière la maison," dit la jeune fille. "Je me cacherai dans les branches du pommier, et je ferai 'coucou, coucou.' Vous lui direz alors que vous l'avez engagé seulement jusqu'au printemps, et qu'il peut s'en aller puisque le coucou a chanté."
Le fermier, charmé de cette bonne idée, alla se promener avec Coranda, et dès qu'il entendit chanter le coucou il lui donna son congé.
"Très-bien, mon maître," répondit Coranda, "mais comme je n'ai jamais vu de coucou il faut que je voie celui-là." En disant ces mots il courut au pommier et le secoua si vigoureusement que la jeune fille tomba à terre comme une pomme mûre.
Le fermier arriva en courant, car il croyait que la chute avait tué sa fille, et s'écria:
"Misérable, partez de suite, si vous ne voulez pas que je vous tue!"
"Partir," reprit Coranda, naïvement, "pourquoi partir? N'êtes-vous pas content?"
"Non," hurla le fermier en colère. "Je ne suis pas content et ..."