"Alors permettez-moi de vous couper le bout du nez ..."
"Non, non," dit le fermier, en détresse, "je veux garder mon nez, coûte que coûte. Laissez-le-moi, et je vous donnerai dix moutons!"
"Ce n'est pas assez!" dit Coranda.
"Dix vaches alors."
"Non! je préfère vous couper le nez!" La jeune fille lui demanda alors à quel prix il consentirait à pardonner à son père, et quand il dit qu'il le ferait seulement à condition de l'obtenir pour femme, elle lui donna la main en rougissant. Coranda invita tous les étudiants à ses noces, qui furent magnifiques, et il se montra si bon gendre et si bon mari que le fermier ne regretta jamais de l'avoir reçu dans la famille plutôt que de perdre son nez.
Quant à la fille du fermier, elle aima beaucoup son mari, fut une bonne femme et éleva ses enfants bien sagement. Quand ils n'étaient pas contents, elle leur proposait en riant, de leur couper le bout du nez, une proposition qu'ils n'acceptèrent jamais, je vous assure.
[L'HOSPITALITÉ DU PACHA.][21]
Il y avait dans une ville d'Asie un riche marchand, un pacha. Cet homme était aussi bon que riche, et il observait tous les commandements du Koran avec l'exactitude la plus scrupuleuse. Sa conduite était si exemplaire que tout le monde l'admirait beaucoup, et on disait toujours en parlant de lui: "Il mérite toute la prospérité qu'Allah lui envoie."
Un jour le pacha était assis dans son jardin. Il fumait sa longue pipe, et il souriait tout doucement en regardant ses nombreux enfants, qui jouaient autour de lui, et en admirant la grande beauté de ses femmes, car il en avait bon nombre comme tous les Mahométans riches.