Ils cherchèrent partout, ils allèrent partout, ils regardèrent dans tout, mais ils ne trouvèrent pas le serpent, et ils partirent enfin en déclarant que le malin s'était sans doute échappé. Quand ils furent partis, le pacha dit au serpent:
"Sortez sans crainte, vos ennemis sont tous partis; sortez vite, car vous gênez les battements de mon cœur."
"Non; je ne sortirai pas sans avoir une bouchée de votre cœur ou de votre poumon. Choisissez!" dit le serpent cruel.
Le pacha lui reprocha son ingratitude, mais le serpent dit: "Que voulez-vous, mon cher pacha? C'est ma nature, et je suis vraiment bien bon de vous donner le choix. Mais, faites vite, car je suis bien pressé."
Le pacha dit alors: "Eh bien, puis qu'il n'y a aucune autre alternative, vous aurez le meilleur morceau de ma chair. Mais, permettez-moi de dire adieu à mes enfants, et d'arranger les choses de façon à donner à ma mort l'apparence d'un accident. Car, si on savait que je suis mort parce que j'ai obéi au Koran, les hommes penseraient qu'il ne faut plus montrer d'hospitalité à personne et ils cesseraient de pratiquer les vertus que le Prophète recommande."
Le serpent consentit à attendre encore un peu. Le pacha embrassa ses enfants, il arrangea ses affaires, il fit ses ablutions, puis il alla seul dans le jardin, et après avoir récité une dernière prière, il dit au serpent: "Maintenant faites votre volonté."
Au même moment parut un jeune homme d'une beauté resplendissante, qui dit: "Pacha, confirmez votre foi. Prononcez trois fois le nom d'Allah, détachez une feuille de cet arbre, posez-la sur votre bouche, et vous serez sauvé."
"Qui êtes-vous donc?" demanda le pacha, tout surpris.
"Je suis l'ange de l'hospitalité, et le Prophète m'a envoyé pour vous sauver!"
En disant ces mots le messager céleste disparut aussi promptement qu'il avait paru.