Le pauvre berger obéit malgré lui, et tout à coup il se trouva assis sur le dos du dragon, qui volait rapidement par-dessus les montagnes et les mers. Le pauvre berger était très effrayé, car le dragon allait toujours plus vite, et montait toujours plus haut. Enfin le berger aperçut une petite alouette, et lui cria:
"Alouette, chère petite alouette, oiseau cher à Dieu, allez, je vous en prie, auprès du Père céleste; racontez-lui mes peines. Dites-lui qu'un pauvre berger lui souhaite le bonjour, et qu'il le prie de le secourir."
L'alouette fit la commission du berger. Le Père Éternel eut compassion du pauvre homme; il écrivit un mot, en lettres d'or, sur une feuille qu'il cueillit d'un arbre dans le Paradis. Il donna cette feuille à l'alouette, et lui ordonna de la laisser tomber sur la tête du dragon.
L'alouette s'envola, laissa tomber la feuille sur la tête du dragon, et à l'instant même le dragon et le berger tombèrent à terre. Quand le berger revint à lui, il vit qu'il était sur la montagne, et au bout de quelques minutes il s'aperçut qu'il avait eu un mauvais rêve, car son chien était à côté de lui, les moutons autour de lui, et c'était en automne tout comme quand il s'était endormi quelques heures avant.
[LES DEUX AUMÔNES.][24]
Une pauvre vieille femme était assise au bord de la route. Elle avait froid, car la neige tombait; et elle avait faim, car elle n'avait rien mangé de toute la journée. Elle était assise là, et elle attendait patiemment, espérant qu'un voyageur compatissant lui donnerait un peu d'argent pour acheter du pain et du bois pour faire un peu de feu dans sa pauvre petite maison où il faisait si froid.
Le premier homme qui passa la regarda avec compassion, et dit: "Pauvre femme, voilà un temps bien dur pour mendier sur la route. Dieu vous assiste," et il continua son chemin, d'un pas rapide, sans lui donner un seul sou, car il avait de gros gants, et il aurait été obligé de les ôter pour mettre la main dans sa poche. Il aurait eu froid aux doigts en déliant les cordons de sa bourse, et il n'eut pas le courage de s'arrêter.
La pauvre vieille femme, toute désappointée qu'elle était, remercia cependant le voyageur de ses bonnes paroles, et quand il lui dit: "Dieu vous assiste!" elle répondit: "Merci bien, mon bon monsieur, Dieu vous le rende."
Peu de temps après un second voyageur passa en voiture. Il était tout enveloppé dans une ample fourrure, il vit la pauvre femme, et, touché de sa misère, il mit une main dans sa poche et de l'autre baissa la fenêtre de la voiture.