"Oh!" dit-il, "quel terrible froid!" et il appela la pauvre vieille femme, qui arriva aussi vite que possible. Il lui tendit l'argent et s'aperçut seulement alors qu'il s'était trompé, et que c'était une pièce d'or et non pas la petite pièce blanche qu'il pensait donner. "C'est beaucoup trop!" dit-il, et il allait retirer la main, mais le froid lui fit lâcher la pièce d'or, qui tomba dans la neige.

Il ferma la fenêtre, la voiture repartit et il se dit philosophiquement: "C'est trop, mais enfin je suis bien riche, et je puis me payer la fantaisie de faire une bonne action de temps en temps."

La pauvre mendiante, à genoux dans la neige, cherchait la pièce d'or, et ses mains froides fouillaient sans cesse, car la malheureuse femme était non seulement pauvre et âgée, mais elle était aussi aveugle.

Pendant ce temps l'homme riche était rentré chez lui. Assis devant un bon feu, après avoir bien dîné, il dit:

"Il ne fait pas aussi froid que je croyais. J'ai trop donné à cette pauvre femme. Fera-t-elle bon usage de cette pièce d'or? Enfin, ce qui est fait, est fait. J'ai été généreux, très généreux, et Dieu, sans doute, me récompensera, car il aime les bonnes actions."

L'autre voyageur était arrivé à l'auberge où il avait trouvé un bon feu et un bon dîner qui l'attendait. Mais la pensée de la pauvre femme lui revint à la mémoire. Il regretta beaucoup de ne pas lui avoir donné un peu d'argent, et au lieu de s'asseoir devant le feu et de manger la bonne soupe chaude que le domestique apportait, il lui dit: "Mettez deux couverts; je reviens à l'instant!" et sortit en toute hâte.

Il arriva bientôt à l'endroit où il avait vu la vieille femme et la trouva fouillant dans la neige.

"Que cherchez-vous là, ma bonne femme?"

"Une aumône, qu'un monsieur m'a jetée!"

"Oh! elle est perdue dans la neige. Venez avec moi; nous irons à l'auberge, où un bon feu nous attend, et la soupe aussi."