The act was not a wise one. That future which the young Gallatin grasped so eagerly with outstretched arms had little in it that even to an ardent imagination at nineteen could compensate for the wanton sacrifice it involved. There is no reason to suppose that Albert Gallatin’s career was more brilliant or more successful in America than with the same efforts and with equal sacrifices it might have been in Europe; for his character and abilities must have insured pre-eminence in whatever path he chose. Both the act of emigration and the manner of carrying it out were inconsiderate and unreasonable, as is clear from the arguments by which he excused them at the time. He wished to improve his fortune, he said, and to do this he was going, without capital, as his family pointed out, to a land already ruined by a long and still raging civil war, without a government and without trade. This was his ostensible reason; and his private one was no better,—that “daily dependence” on others, and particularly on Mlle. Pictet and his grandmother, which galled his pride. That he was discontented with Geneva and the Genevan political system was true; but to emigrate was not the way to mend it, and even in emigrating he did not pretend that his object in seeking America was to throw himself into the Revolutionary struggle. He felt a strong sympathy for the Americans and for the political liberty which was the motive of their contest; but this sympathy was rather a matter of reason than of passion. He always took care to correct the idea, afterwards very commonly received, that he had run away from his family and friends in order to fight the British. So far as his political theories were concerned, aversion to Geneva had more to do with his action than any enthusiasm for war, and in the list of personal motives discontent with his dependent position at home had more influence over him than the desire for wealth. At this time, and long afterwards, he was proud and shy. His behavior for many years was controlled by these feelings, which only experience and success at last softened and overcame.
The manner of departure was justified by him on the ground that he feared forcible restraint should he attempt to act openly. The excuse was a weak one, and the weaker if a positive prohibition were really to be feared, which was probably not the case. No one had the power to restrain young Gallatin very long. He might have depended with confidence on having his own way had he chosen to insist. But the spirit of liberty at this time was rough in its methods. Albert Gallatin’s contemporaries and friends were the men who carried the French Revolution through its many wild phases, and at nineteen men are governed by feeling rather than by common sense, even when they do not belong to a generation which sets the world in flames.
However severe the judgment of his act may be, there was nothing morally wrong in it; nothing which he had not a right to do if he chose. In judging it, too, the reader is affected by the fact that none of his letters in his own defence have been preserved, while all those addressed to him are still among his papers. These, too, are extremely creditable to his family, and show strong affection absolutely free from affectation, and the soundest good sense without a trace of narrowness. Among them all, one only can be given here. It is from Albert’s guardian, a distant relative in an elder branch of the family.
P. M. GALLATIN TO ALBERT GALLATIN.
Genève, 21e mai, 1780.
Monsieur,—Avant que de vous écrire j’ai voulu m’assurer d’une manière plus précise que je n’avais pu le faire les premiers jours de votre départ, et par vous-même, quels étaient vos projets, le but et le motif de votre voyage, les causes qui avaient fait naître une pareille idée dans votre esprit, vos sentimens passés et présens et vos désirs pour l’avenir. Il m’était difficile à tous ces égards de comprendre comment vous ne vous étiez ouvert ni à Mlle. Pictet qui, vous le savez bien, ne vous avait jamais aimé pour elle-même mais pour vous seul, qui n’a jamais voulu que votre plus grand bien, qui a pris de vous non-seulement les soins que vous auriez pu attendre de madame votre mère avec laquelle elle s’était individualisée à votre égard, mais même ceux que peu d’enfants éprouvent de leurs pères; ni à moi, qui jamais ne vous ai refusé quoi que ce soit, parce qu’en effet les demandes en petit nombre que vous m’aviez faites jusqu’à présent m’ont toujours paru sages et raisonnables; ni à aucun de vos parens, de qui vous n’avez reçu que des douceurs dans tout le cours de votre vie. C’est, je vous l’avouerai, ce défaut de confiance, qui continue encore chez vous à notre égard, qui m’afflige le plus vivement, voyant surtout qu’il tourne contre vous au lieu de servir à votre avantage. Croyez-vous donc, monsieur, à votre âge, calculer mieux que les personnes qui ont quelque expérience? ou nous supposiez-vous assez déraisonnables pour nous refuser à entrer dans des plans qui auraient pu un jour vous conduire au bonheur que vous cherchez? Il est vrai qu’il n’est point de bonheur parfait en ce monde; mais pensez-vous que nous aurions été sourds ou insensibles à vos motifs les plus secrets? vous défiez-vous de notre discrétion pour nous refuser la confidence qui nous était due du développement successif de vos sentimens? est-ce la contrainte pour le choix d’un état, sont-ce les lois que nous vous avons imposées pour quelque objet que ce soit, qui nous ont enlevé votre confiance? au contraire, ne vous avons-nous pas déclaré en diverses occasions que nous vous laissions cette liberté? devions-nous et pouvions-nous nous attendre que vous l’interpréteriez en une indépendance absolue qui ne reconnaîtrait pas non-seulement l’autorité légitime mais la déférence naturelle et le besoin de direction et de conseils? Que vos motifs fussent bons ou mauvais pour prendre le parti que vous avez pris, je n’entre plus là-dedans. La démarche est faite et surtout la résolution est prise; je ne chercherai point à vous en détourner; si vous ne réussissez pas, vous aurez été trompé par de faux raisonnemens, comme vous le dites, et voilà tout. Et quand ce projet nous aurait été communiqué avant son exécution, quand nous vous l’aurions représenté aussi extravagant qu’il nous le paraît, quand nous vous aurions détaillé les inconvéniens, si vous y aviez persisté, nous aurions dit Amen; mais alors du moins nous aurions pu d’avance en prévenir un grand nombre, diminuer la grandeur de quelques autres, vous aider avec plus de fruit pour le projet même, et avec moins d’inconvéniens en cas de non-réussite; nous aurions préparé les voies autant qu’il nous aurait été possible pour l’exécution et nous vous aurions facilité le retour en fondant votre espérance d’un sort heureux si jamais vous étiez forcé de revenir ici. Monsieur du Rosey votre oncle vous avait fait entrevoir une situation aisée pour l’avenir; mais si une honnête médiocrité n’eut pas satisfait vos désirs ambitieux, ses offres généreuses ne devaient-elles pas lui ouvrir votre cœur et vous déterminer à lui confier vos projets que (s’il n’eut pas pu les anéantir par le raisonnement et la persuasion) il eut sans doute favorisés? Un ordre positif! Avec quels yeux nous avez-vous donc vos? Aujourd’hui croyez-vous cette défiance injuste que vous nous avez montrée et par votre conduite et par vos lettres, bien propre à le disposer en votre faveur? Soyez certain cependant, monsieur, que je vous aiderai autant que votre fortune pourra le permettre sans déranger vos capitaux, dont je dois vous rendre compte un jour et que vous me saurez peut-être gré de vous avoir conservés; en attendant je suis obligé par un serment solennel prêté en justice que j’observerai inviolablement jusques à ce que j’en sois juridiquement dégagé; et vous refuser vos capitaux pour un projet dont je ne saurais voir la fin, n’est ni infamie ni dureté, mais prudence et sagesse.
Après ces observations, dont j’ai cru que vous aviez besoin, permettez-moi quelques réflexions sur votre projet. D’abord j’ai lieu de croire que la somme qui vous reste, ou qui vous restait, n’est pas à beaucoup près de cent cinquante louis; secondement, le gain que vous prétendez faire par le commerce d’armement est très-incertain; il est en troisième lieu très-lent à se faire apercevoir; en attendant il faut vivre; et comment vivrez-vous? de leçons? quelle pitoyable ressource, pour être la dernière, dans un pays surtout où les vivres sont si exorbitamment chers et où tout le reste se paye si mal! Des terres incultes à acheter? avec quoi? plus elles sont à bas prix, plus elles indiquent la cherté des denrées; le grand nombre de terres incultes, le besoin qu’on a de les défricher, sont deux preuves des sommes considérables qu’il en coûte pour vivre. Vos réflexions sur le gain à faire sur ces terres et sur le papier, supposent d’abord que vous aurez de quoi en acheter beaucoup, supposition ridicule, et feraient croire que vous vous êtes imaginé disposer des évènemens au gré de vos souhaits et selon vos besoins....
Mr. Franklin doit vous recommander à Philadelphie. Vous y trouverez des ressources que bien d’autres n’auraient pas, mais vous en aurez moins et vous les aurez plus tard que si nous avions été prévenus à tems. Mr. Kenlock, connu de Mlle. Beaulacre et de M. Muller, y est actuellement au Congrès; ne faites pas difficulté de le voir; je ne saurais douter qu’il ne vous aide de ses conseils et que vous ne trouviez auprès de lui des directions convenables.
Malgré les choses désagréables que je puis vous avoir écrites dans cette lettre, vous ne doutez pas, je l’espère, mon cher monsieur, du tendre intérêt que je prends à votre sort, qui me les a dictées, et vous devez être persuadé des vœux sincères que je fais pour l’accomplissement de vos désirs. Le jeune Serre est plus fait que vous pour réussir; son imagination ardente lui fera aisément trouver des ressources, et son courage actif lui fera surmonter les obstacles; mais votre indolence naturelle en vous livrant aux projets hardis de ce jeune homme vous a exposé sans réflexion à des dangers que je redoute pour vous, et si vous comptez sur l’amitié inviolable que vous vous êtes vouée l’un à l’autre (dont à Dieu ne plaise que je vous invite à vous défier) croyez-vous cependant qu’il soit bien délicat de se mettre dans le cas d’attendre ses ressources pour vivre, uniquement de l’imagination et du courage d’autrui? Adieu, mon cher monsieur; ne voyez encore une fois dans ce que je vous ai écrit que le sentiment qui l’a dicté, et croyez-moi pour la vie, mon cher monsieur, votre très-affectionné tuteur.
As has been said, none of Albert’s letters to his family have been preserved. Fortunately, however, his correspondence with his friend Badollet has not been lost, and the first letter of this series, written while he was still in the Loire, from on board the American vessel, the Katty, in which the two travellers had taken passage from Nantes to Boston, is the only vestige of writing now to be found which gives a certain knowledge of the writer’s frame of mind at the moment of his departure.