Dans un très grand nombre de départemens on a procédé à la réclusion des personnes notoirement suspectes d’incivisme et soupçonnées d’entretenir des intelligences avec les émigrés et les contre-révolutionnaires. On en accuse généralement les prêtres et les moines, les émigrés rentrés impunément sur notre territoire, et les correspondants qui les soutenaient de leurs fortunes et de leurs espérances.
On a dû prendre des mesures sévères, alors que tous les aristocrates correspondaient à la Vendée, et que des lettres interceptées annonçaient un rassemblement à Nantes.
Des arrestations nombreuses ont dû être la suite de ces méfiances, de ces trahisons disséminées dans toute la France; l’autorité, dans les temps de révolution, a plus d’yeux et de bras que d’entrailles; mais le législateur doit à tous les citoyens cette justice exacte qui vient régulariser les premiers mouvemens et faire statuer sur la liberté individuelle avec les précautions que les circonstances peuvent admettre. Vous devez abattre également toutes les aristocraties et toutes les tyrannies; vous devez approuver vos commissaires s’ils ont bien fait, les blâmer et les punir s’ils ont violé les droits des citoyens. Le comité pense que le comité de législation et de sûreté générale doivent proposer incessamment une loi qui règle le mode de jugement de la légitimité de ces arrestations, et qui renvoie aux tribunaux les coupables ou laissât en réclusion ceux qui ne sont que notoirement suspects.
Le département de l’Ain voit l’esprit public se rétablir parmises habitans.
La conspiration qui a éclaté dans l’Ouest semblait se montrer dans les départemens de l’Ardèche, du Gard, de la Haute Loire et du Cantal; mais les administrateurs et vos commissaires sont parvenus à les réprimer. Ces troubles de la Lozère ont un caractère plus fort; mais le patriotisme de ce département et de ses voisins y mettra bientôt un terme.
Les tribunaux ont sévi contre les coupables; nous avions craint que vos commissaires n’eussent dépassé leurs pouvoirs dans le département de l’Ardèche, et nous les aurions déféré à votre sévère justice pour donner l’exemple de la punition de ceux qu’on affecte d’appeler des proconsuls, pour empêcher le bien qu’ils peuvent faire ou en empoisonner les résultats; mais un décret avait déjà mis hors de la loi les coupables complices de Defaillant.
La trahison de Dumouriez que tout annonce avoir eu des branches très étendus, a été un trait de lumière; elle a frappé es administrations et les citoyens d’un coup électrique. Tous nos moyens ont centuplé par cet évènement destiné à les paralyser; mais de tous les maux préparés insensiblement dans les départemens frontières comme dans le centre, comme au milieu de nous le plus grand, le plus effrayant par ses progrès, est la marche imprévue des contre-révolutionnaires nobiliares, sacerdotaux et émigrés qui, du fond de la Vendée et du Morbihan remontent la Loire, menacent nos cités de l’intérieur, et emploient à la fois, des moyens de terreur et de persuasion....
Les révoltés ont plusieurs corps de rassemblement. Le principe qui s’était porté a Thouars, était, suivant les uns, de quinze mille suivant la dernière relation envoyée par un de nos commissaires, il était de vingt à vingt-cinq mille hommes armés, partie de piques, partie de fusils; ils traînent avec eux, treize pièces de canon, selon les uns, et d’après le dernier succès de Thouars, trente pièces d’artillerie.
Ils sont commandés par des ci-devant nobles et accompagnés par des prêtres; toutes leurs femmes leur servent d’espions; ils se battent pour des fiefs et des prières. Les agriculteurs fanatiques combattent avec fureur et ne pillent pas; ils composent la moitié de la troupe.
Un quart est composé de gardes-chasses, d’échappés des galères et de faux sauniers. Ils pillent, dévastent, égorgent, et sont bien dignes de leurs chefs.