Elle se ressent partout de l’anarchie que règne. Là, elle délibère; ici, elle agit au gré des passions. Disséminée dans toutes les sections de l’empire, elle semble avoir une versatilité de principes et d’actions, qui peut effrayer la liberté. Dans une ville, les citoyens riches et les égoïstes, se font remplacer; défendre ses foyers, semble être encore une corvée plutôt qu’un honneur, une charge plutôt qu’un droit. Dans une autre cité, le service public frappe des artisans peu aisés ou des ouvriers, qui ont besoin du repos de la nuit, pour le travail qui alimente leur famille, il est plus que temps d’effacer ces lignes de démarcation intolérable dans un régime libre. La nature seule a décrit des différences; elle est dans les âges; les jeunes citoyens depuis seize ans jusqu’à 25, sont les premiers que la patrie appelle; moins occupés et plus disponibles, c’est à eux de voler aux premiers dangers. Cette première force est-elle insuffisante (car il ne faut pas penser à la défection) l’autre âge plus fort et plus sage, présente à la société ses moyens, c’est l’âge de 25 à 35; la troisième classe sera de 35 à 45; la dernière réquisition doit frapper tout ce qui peut porter les armes. Alors, la société appelle à son secours, tous ceux qui partagent la souveraineté; une exception favorable se présente pour les pères nourrissant leur famille du produit de leur travail. Une exception contraire doit frapper les célibataires et les hommes veufs sans enfans.
C’est à la législation et à la morale à flétrir ceux qui ne paient cette dette ni à la nature ni à la République.
C’est ainsi qu’il convient aux Français, d’organiser le droit de réquisition. Cet exemple est sorti des besoins de la liberté, dans les terres américaines. La réquisition est l’appel de la patrie aux citoyens; cet appel peut être fait par les généraux, quand la loi le leur a confié momentanément, et dans les cas de guerre; cet appel peut être fait par le pouvoir civil dans toutes les autorités constituées, et encore plus par les assemblées nationales, qui sont à la fois pouvoir civil, législatif et national.
Le comité a pensé qu’il devait présenter un mode uniforme, de requérir la force publique dans toutes les parties de la République, et de la part de toutes les autorités, afin que chaque fonctionnaire et chaque citoyen, connaisse l’étendue de son pouvoir ou de son obligation....
D’ailleurs, on trouverait plusieurs avantages à borner ainsi la constitution aux articles nécessaires.
(1ᵒ) Une plus grande espérance qu’elle sera acceptée par le peuple.
(2ᵒ) Une plus grande espérance encore que les citoyens ne demanderont point si promptement, une réforme de la constitution.
(3ᵒ) On détruirait par cette seule résolution, même avant que la constitution fût faite, une partie des espérances de nos ennemis, parce qu’alors, ils commenceraient à croire que la Convention donnera une constitution à la France, ce que jusqu’à présent ils ne croient pas.
En effet, il est difficile de ce tromper dans des articles généraux importants, sur ce qui convient véritablement à la nation française, et l’on n’a pas à craindre ces difficultés, cette presqu’ impossibilité d’exécution qui, si on se livre aux détails, pourraient faire désirer la réforme d’une constitution, d’ailleurs bien combinée.