Je me nomme Deicke Juste, garde champêtre à Bailleul. Conformément à vos instructions je me suis mis en rapport avec les nommés Coulier Achille, 30 ans, maréchal ferrant; Sonneville Désire, 74 ans, tisserand; Lassus Henri, 51 ans, journalier; Behaghel Julien, 19 ans, cordonnier, que j’ai priés de m’accompagner pour constater que trois corps de civils avaient bien été enterrés dans le jardin du sieur Behaghel. Là nous avons vu, les trois corps de jeunes gens vêtus d’habits civils et recouverts d’une couche de terre d’environ 30 centimètres.

Dans les effets nous avons trouvé un extrait du registre d’immatriculation de la commune de Beuvry (Pas-de-Calais) au nom de Békaert (Cyrille Jérome), né à Zonnebèke, le 29 août, 1891. Je vous ai apporté cet extrait.

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Procès-Verbal No. 1. Meurtre du jeune B——, Albert, par soldats allemands

L’an mille neuf cent quatorze, le 15 octobre à 2 heures du soir. Nous Thévenin, Pierre, Commissaire de la Ville de Bailleul, auxiliaire de Monsieur le Procureur de la République. Informé par les agents de notre service qu’un meurtre aurait été commis, il y a plusieurs jours, par un soldat de l’armée allemande au hameau de Stient de notre commune, ouvrons une enquête et entendons:

1º. B——, Victor, 48 ans, cultivateur, demeurant à Bailleul, Rue —— —— ——, lequel nous dit:

Le jeudi, 8 octobre courant, vers midi, mon fils Albert, 19 ans, venait d’apprendre que des patrouilles allemandes circulaient dans le voisinage de notre ferme. Il m’en fit part et me dit qu’il allait aussitôt se cacher dans un fosse. Il est parti de suite suivi de son frère Maurice, âgé de 17 ans. Le même jour, vers 8 heures du soir, celui-ci revint à la maison, il me dit que son frère l’avait quitté pour aller à la ferme occupée par les époux Charlet, nos voisins. Je suis allé aussitôt voir mon voisin, C—— D——, que je savais avoir passé la journée chez Charlet et celui-ci me dit que mon fils avait été tué dans la ferme Charlet à coup de lance par un soldat allemand. Je ne sais pas autre chose sinon que j’ai vu le cadavre de mon fils dans la cour de cette ferme à moitié carbonisé par l’incendie que venait de détruire les immeubles et qui avait été allumé par les soldats allemands.

Lecture faite.

B——, Victor. Thévenin, Cre. de Police.

2º. C—— D——, 57 ans, cultivateur, demeurant à Bailleul, Rue de Lille, entendu, déclare:

Le 8 octobre, vers 3 heures du soir, je me trouvais à la ferme Charlet avec différentes personnes dont le nommé B——, Albert. Les Allemands au nombre d’une dizaine, sont entrés dans la maison absolument furieux et se sont rués sur nous hommes et femmes sans distinction, nous ont appréhendés au corps pour nous jeter dans la cour de la ferme, où ils allaient nous fusilier, disaient-ils. Le jeune B—— fut jeté le premier. Un soldat qui était à l’entrée le perça d’un coup de lance qui le tua. B—— tomba raide mort à terre. Dans la cour, j’ai vu que les bâtiments de la ferme flambaient. Les Allemands nous ont dit qu’ils venaient d’allumer cet incendie, car ils croyaient qu’un coup de feu avait été tiré de là sur eux. Tous, nous avons supplié les Allemands de ne pas nous faire du mal. Un d’entr’eux qui causait français a fait part aux autres de ce que nous voulions. Alors, on nous a jeté la tête après les murs, on nous a bousculés tant qu’ils ont pu et on nous a mis dehors de la ferme. Je ne sais pas autre chose sur cette affaire.