Lecture faite.
V——, Gabrielle, épouse D——, âgée de 26 ans, ménagère, demeurant au N—— M——, commune de Bailleul, interpellée, déclare:—J’ai vu le jeudi, 8 courant, vers 7 heures et demie du matin six soldats allemands amenant avec eux, les mains liées, trois civils portant de petits paquets et paraissant avoir de 18 à 25 ans. Ils les ont mis dans la prairie en face de chez moi sur l’ordre que venait de leur donner un de leurs officiers auxquels ils venaient de s’adresser. J’avais chez moi un soldat allemand qui faisait la cuisine et cet homme voyant venir les prisonniers m’a dit, en français: “Regardez, Madame, comme c’est beau: voir fusilier des civils français, regardez c’est du beau travail, on devrait tous les tuer comme cela!” J’ai répondu que je ne pouvais pas le voir car c’était un crime. Malgré ma réponse j’ai regardé lorsque j’ai entendu tirer le coup de feu et j’ai vu que ces pauvres civils tombaient. J’ai également vu les soldats allemands creuser trois trous dans lesquels ils les ont ensevelis. Je ne sais rien d’autre sur cette affaire.
Lecture faite.
3º. H——, Hélène, femme B——, 44 ans, ménagère, demeurant à Bailleul au lieu dit “N—— M——,” nous fait la déclaration suivante: J’ai vu le 8 courant six soldats allemands présenter à leur officier qui logeait chez moi trois jeunes gens civils qui portaient des paquets. L’officier a dit en français aux soldats “Allez vite dans la prairie les fusiller”; les soldats sont partis aussitôt. Je n’ai plus rien vu ni entendu concernant cette affaire, mais j’ai su que l’ordre avait été mis à exécution.
Lecture faite.
4º. S——, Désiré, 74 ans, tisserant, demeurant à Bailleul, N—— M——, déclare:—J’ai vu, comme les femmes H——, V—— et B——, passer les trois civils encadrés par les soldats allemands. Je sais que ceux-ci, sur l’ordre d’un de leurs officiers, les ont fusillés. Je les ai vus enterrer à cinquante mètres de chez moi dans le jardin de Monsieur Béhaghel Pierre. Les soldats allemands sont venus chez moi prendre des pioches et des pelles pour creuser leurs tombes. Je ne sais rien de plus.
Lecture faite.
La femme H—— nous remet sur notre demande un laisser-passer délivré par la Commune de Zonnebèke à un sieur Herreman qui est un de ceux qui ont été fusillés par les Allemands. Nous le joignons au présent ainsi que la photographie y annexée.
Nous y joignons également une adresse trouvée écrite au crayon près de l’endroit où ont été enterrés les trois corps des civils fusillés. Nous donnons l’ordre au garde champêtre du quartier Deicke de se transporter au N—— M—— et de constater la présence des trois cadavres enterrés, cela accompagné de deux témoins.
De retour de sa mission l’agent nous fait le rapport suivant: