Procès-Verbal, No. 3.—Meurtre des nommés Itsweire Donat, et Torrez Edouard, par une patrouille allemande

L’an 1914, le 16 octobre, à 5 heures et demi du soir nous Thévenin.... Informé par les agents de notre service que deux hommes habitant le village d’Oultersteen, commune de Bailleul, avaient été tués volontairement par des soldats allemands quoiqu’étant en civils et non combattants, ouvrons une enquête et entendons:—

F——, Charles, 55 ans, journalier, demeurant à Merris, lequel nous dit:—Le mercredi, 7 courant, vers 4 heures et demie du soir, j’ai vu arriver près du passage à niveau d’Oultersteen une patrouille de dragons allemands appartenant au 5º régiment et commandée par un sous-officier. La patrouille a tiré des coups de carabine sur les civils qui se trouvaient dans la rue. Quelques soldats sont allés tuer un homme, le nommé Isteweire Donat, 75 ans environ, qui s’était réfugié sous un pont. Je l’ai vu tirer sur cet homme et celui-ci ayant cessé de vivre. J’ai appris depuis qu’ils avaient tué un sieur Torrez Edouard, 40 ans, cabaretier, demeurant à Oultersteen et cela de la même manière. J’ai su aussi qu’un autre homme avait été par eux blessé à la joue.

Lecture faite.

2º. B——, Alfred, 37 ans, employé au chemin de fer, A—— ——, à Lille, entendu, déclare:—Le mercredi, 7 courant, vers 4 heures et demie du soir, je revenais de voyage en passant par Oultersteen. A la barrière du passage à niveau de la route allant à Vieux-Berquin j’ai vu devant moi des dragons allemands, 5º régiment, qui nous ont ajustés de leur carabines et ont tiré trentaine de coups de feu. Pour ma part j’ai reçu une balle à la joue gauche. Une autre a percé ma casquette, qui a été lancée à plusieurs mètres. A ce moment les nommés Torrez Edouard, et Isteweire Donat, étaient à côté de moi. Nous avons fui chacun de notre côté, seul j’ai pu échapper. Itsweire a été tué sous un pont, Torrez à côté d’une haie de chemin de halage. J’ai vu que cette patrouille de dragons a tiré une vingtaine de coups de révolver dans la maison de la garde barrière du passage à niveau de Vieux-Berquin, où se trouvaient trois femmes et trois enfants. L’arrivée d’une patrouille du 13º régiment de Chasseurs à cheval, qui a chargé la patrouille allemande, a sauvé la vie à ces six personnes qui n’auraient manqué d’être tués par ces bandits. Je ne sais pas autre chose.

Lecture faite.

3º. L——, Jules, 13 ans, sans profession, demeurant à Oultersteen, interpellé, dit:—Je n’ai vu Itsweire et Torrez que lorsqu’ils étaient droits, tués par la patrouille allemande à coups de fusils. J’ai vu cette même patrouille tirer des coups de révolver chez moi. Les trois femmes et les deux autres enfants qui se trouvaient dans la maison auraient certainement été tués par eux ainsi que moi-même, si une patrouille française ne lui avait donné la chasse. Je ne sais pas autre chose concernant ces deux meurtres.

Procès-Verbal No. 4. Viol de la demoiselle D——, Marie Thérèse, par deux officiers allemands
(4)

L’an 1914, le 17 octobre, à 9 heures, 1/4, nous Thévenin, informé par notre service qu’un viol aurait été commis par des soldats ou des officiers allemands, Rue des Coulons, au domicile des époux D——, nous ouvrons une enquête et en entendons.

1º. R—— C——, épouse D——, âgée de 48 ans, boulangère, demeurant à Bailleul, Rue ——, laquelle dit:—Dans la nuit du 9 au 10 courant vers 2 heures du matin je me trouvais chez moi avec ma fille Marie Thérèse et la femme M——, quand j’ai entendu frapper à la porte de la rue. Je suis allée ouvrir, une lampe à la main, et aussitôt deux hommes sont entrés, m’ont poussé du bras violemment, ont éteint ma lampe et sont allés directement vers l’endroit où se trouvait ma fille. Dans ces deux hommes j’ai reconnu deux officiers de l’armée allemande. Ils m’ont saisie à la gorge pour m’empêcher de crier et se sont opposés violemment à ce que j’allume ma lampe. Ils avaient à la main une lampe électrique dont ils se sont servis pour voir ma fille. J’ai vu que l’un d’eux, le blond, a pris ma fille en premier lieu et l’a jetée par terre dans la cuisine, puis il s’est couché dessus, lui a relevé les jupons et l’a violée. Ma fille se débattait autant qu’elle pouvait, criait de toutes ses forces, mais ce bandit lui appuyant son visage sur le sein, il cherchait à étouffer ses cris. Il est bien resté sur ma fille pendant un quart d’heure environ tandis que l’autre me tenait à la gorge et avait son révolver a côté de sa lampe. Quand celui-ci eut fini l’autre reprit ma fille à son tour et la renversa par terre dans le corridor, où il lui fit subir les mêmes outrages pendant un quart d’heure environ, en même temps, le blond était venu près de moi, son révolver en main, et me maintenant brutalement dans l’impossibilité de protéger mon enfant. Quand ils eurent fini ils ont pris ma fille par un bras chacun, l’ont traînée dehors et je ne sais plus ce qu’ils lui ont fait là. J’ai mené ma fille chez Monsieur Bells, docteur en médecine, qui l’a examinée et qui a constaté que le viol avait été consommé et que la défloration était complète.