“Ce qui nous fit prolonger là notre halte après que notre appetit fut satisfait, ce fut la vue magnifique dont on jouissait de la plate-forme où nous étions établis, dans un coin de l’acropole. A nos pieds, c’était la mer, veloutée de chatoyante reflets par le soleil, par la brise, par les nuages qui passaient au ciel. En face de nous se dressaient les hautes et sévères côtes de l’Eubée, dominés par la pyramide du Dirphys. Ce fier sommet était encore tout blanc des neiges de l’hiver; au contraire, si nous nous retournons vers les gorges qui se creusaient autour de nous dans la montagne, entre des parois de marbre rougies et comme hâlées par le soleil, c’était le printemps de la Grèce dans tout son épanouissement et son éclat. Dans le fond des ravins, là où un peu d’eau filtrait sous les cailloux, arbres de Judée et cytises mêlaient leurs brillantes couleurs au tendre feuillage des platanes, et sur les pentes les plus âpres des milliers de genêts en fleur étincelaient parmi la verdure des genévriers, des chênes et des oliviers francs.

“Dans l’antiquité, toute cette portion du territoire athénien, qui faisait partie de ce que l’on appelait la Diakria ou le ‘haut pays,’ sans avoir de gros villages ni une population aussi dense que celle des plaines d’Athènes ou d’Eleusis, devait pourtant présenter un aspect assez diffèrent de celui qu’elle offre aujourd’hui; je me la représente assez semblable à ce que sont maintenant certains districts montueux de la Grèce moderne où le désir d’éviter le contact des Turcs avait rejeté et cantonné les Hellènes: il en était ainsi du Magne, de la Tzaconie, des environs de Karytena en Arcadie. Partout là, une industrieuse persévérance a mis à profit tout ce que pouvaient offrir de ressources le sol et le climat. Sur des pentes abruptes et presque verticales, de petits murs en pierres sèches s’efforcent de retenir une mince couche de terre végétale; malgré ces précautions, les grandes pluies de l’hiver et les vents de l’été en emportent une partie jusqu’au fond de la vallée, sans jamais se lasser, hommes, femmes, enfants, travaillent sans relâche à réparer ces dégâts. Que de fois, admirant la patience de ces sobres et tenaces montagnards, je les ai suivis des yeux pendant qu’ils allaient ainsi lentement, le dos courbé sous leurs hottes pleines, gravissant des sentiers sablonneux ou d’étroits escaliers taillés à même la roche qui leur renvoyait touts les ardeurs du soleil! Au bout de quelques années, il n’est pas peut-être une parcelle du terrain dans chacun de ces petits champs qui n’ait fait plusieurs fois le voyage, qui n’ait glissé jusqu’au bord du torrent pour être ensuite ramenée pelletée par pelletée, sur une des terrasses supérieures. Ces sacrifices sont récompensés. Le long du ruisseau, là où les côtes s’écartent et laissent entre elles un peu d’espace, l’eau, soigneusement ménagée, mesurée par heures et par minutes à chaque propriétaire, court bruyante et claire dans les rigoles; elle arrose des vergers où croissent, suivant les lieux, soit l’oranger, le citronnier et le grenadier, soit les arbres de nos climats tempérés, le pêcher, le pommier et le poirier; à leur ombre grossissent la fève et l’enorme courge. Plus haut, sur les versants les moins roides et les moins pierreux, là où la légère charrue inventée par Triptolème a trouvé assez de place pour tracer le sillon, l’orge et le seigle verdissent au printemps, et, dans les bonnes années, profitent pour mûrir des tardifs soleils d’automne. Ce qui d’ailleurs réussit le mieux dans ces montagnes, ce qui paye vraiment les habitants de leurs peines, c’est l’olivier, dont les puissantes racines étreignent le roc et semblent faire corps avec lui; c’est la vigne, qui, d’étage en étage, grimpe presque jusqu’aux sommets. A l’un et à l’autre, pour donner une huile et un vin qui seraient les plus savoureux du monde, s’ils étaient mieux préparés, il suffit de beaucoup de soleil, d’un peu de terre et de quelques coups de hoyau qui viennent à propos ameublir le sol et le dégager des plantes parasites.

“C’est ainsi que dans l’Attique, au temps de sa prospérité, même les cantons aujourd’hui les plus déserts et les plus stériles devaient être habités et cultivés. Sur beaucoup de ces croupes où le roc affleure presque partout, où verdit à peine, aux premiers jours du printemps, une herbe courte, diaprée d’anémones et de cistes, qui jaunira dès le mois de mai, il y avait jadis une couche plus épaisse de terre végétale. Dans les ravins, là où j’ai perdu plus d’une fois mon chemin en poursuivant la perdrix rouge ou la bécasse à travers des maquis touffus, on a, pendant bien des siècles, fait la vendange et la cueillette des olives; c’est ce dont témoignent, sur les pentes les mieux exposées aux rayons du midi ou du couchant, des restes de murs et de terrassements que l’on distingue encore dans l’épaisseur du fourré. Dans les endroits où la culture était à peu près impossible, des bois de pins, aujourd’hui presque entièrement détruits, empêchaient la montagne de se dénuder; dans les clairières et entre les rocs mêmes poussaient la sauge, la campanule et le thym, toutes ces plantes aromatiques, tous ces vigoureux arbustes que se plaît à tondre la dent des moutons et des chèvres.”

πολλαὶ δ’ ἁμὶν ὕπερθε κατὰ κρατὸς δονέοντο

αἴγειροι πτελέαι τε· τὸ δ’ ἐγγύθεν ἱερὸν ὕδωρ

Νυμφᾶν ἐξ ἄντροιο κατειβόμενον κελάρυζε

—Theocr. VII. 135.

The following extract from the first prose piece of the book will show how absolutely imaginary is his Arcadia, with its impossible combination of trees, and its absence of winter:—

“Giace nella sommità di Partenio, non umile monte della pastorale Arcadia, un dilettevole piano, di ampiezza non molto spazioso, peroche il sito del luogo non consente, ma di minuta e verdissima erbetta sì ripieno, che, se le lascive pecorelle con gli avidi morsi non vi pasceresso, vi si potrebbe d’ogni tempo ritrovare verdura. Ove, se io non m’inganno, son forse dodici o quindici alberi di tanto strana ed eccessiva bellezza, che chiunque le vedesse, giudicherebbe che la maestra natura vi si fosse con sommo diletto studiata in formarli. Li quali alquanto distanti, ed in ordine non artificioso disposti, con la loro rarità la naturale bellezza del luogo oltra misura annobiliscono. Quivi senza nodo veruno si vede il dritissimo abete, nato a sostenere i pericoli del mare; e con più aperti rami la robusta quercia, e l’alto frassino, e lo amenissimo platano vi si distendano, con le loro ombre non picciola parte del bello e copioso prato occupando; ed evvi con più breve fronda l’albero, di che Ercole coronare si solea, nel cui pedale le misere figliuole di Climene furono trasformate: ed in un de’ lati si scerne il noderoso castagno, il fronzuto bosco, e con puntate foglie lo eccelso pino carico di durissimi frutti; nell’ altro l’ombroso faggio, la incorruttibile tiglia, il fragile tamarisco, insieme con la orientale palma, dolci ed onorato premio dei vincitori. Ma fra tutti nel mezzo, presso un chiaro fonte, sorge verso il cielo un dritto cipresso,” etc., etc. The work is, moreover, full of direct imitations of Vergil, not, I fancy, of Theocritus also, as the Italian commentators suppose, for that poet was not adequately printed till 1495, which must have been very near the date of the actual composition of the Arcadia.

οὐ θέμις, ὦ ποιμήν, τὸ μεσημβρινόν, οὐ θέμις ἆμμιν