Dés-lors les hostilités recommencèrent. L'armée Française combattit avec ce sentiment de l'indignation qui décuple le courage: elle défit entièrement l'armée ottomane á Héliopolis. Le grand-visir, qui la commandait, ne dut son salut qu'à la fuite, en laissant aux vainqueurs ses bagages, et un immense butin.

Ce ne fut q'une année après cette victoire que l'Egypte fut rendue aux Turcs, par le traité d'Amiens, de 1802; tandis qu'ils l'auraient recouvrée, sans de nouvelles pertes, dès 1801, si le traité de Sidney-Smith eût été ratifié, comme il aurait dû l'être, puisqu'il n'avait fait que se conformer strictement aux instructions de son gouvernement.

Vous connaissez, messieurs, la brillante réception qui fut faite à Londres, à Sidney-Smith, lors de son retour dans sa patrie, en 1802; il y fut accueilli avec le plus grand enthusiasme; le surnom de Dieu marin lui fut décerné par le peuple. La ville de Rochester s'empressa de l'élire pour son représentant au Parlement, où il siéga dans les rangs de l'opposition, entre Shéridan et Fox.

J'appellerai votre attention sur un autre genre de services rendus à la nation Ottomane, par Sidney-Smith. Pendant son séjour à Constantinople, il avait acquis une grande influence sur Mahmoud-Kan II, qui, en 1808, succéda au sultan Mustapha IV, son frère. Sidney-Smith, par ses conseils, a puissamment contribué aux importantes révolutions politiques que Mahmoud-Kan II a introduites dans ses états, et notamment à la charte constitutionnelle que sous le titre de Hatti-Shériff de Gulaneh, cet immortel sultan a donnée au peuple Ottoman, charte dont le vice-roi d'Egypte, Méhémet-Ali, vient d'ordonner l'application, pour la révision de l'horrible procès intenté, dans la ville de Damas, par le fanatisme de secte, contre d'honorables Juifs, faussement accusés du meurtre d'un prêtre catholique.

Il est un plus grand service encore rendu a l'humanité, et auquel Sidney-Smith a eu la gloire de participer très-activement, c'est l'abolition de l'esclavage, dans toutes les colonies de la Grande-Bretagne. Grâce a l'ascendant irrésistible de l'opinion publique, les gouvernemens de l'Europe seront forcés d'imiter ce sublime exemple, et de proscrire irrévocablement cet abominable trafic d'hommes, arrachés a leur patrie, pour être vendus, comme un vil bétail.

Je ne dois pas oublier que, dès l'année 1817, Sidney-Smith infatigable dans son dévouement a l'humanité, avait établi, a Londres et a Paris, une association anti-pirate, dont l'objet était de faire cesser la traite des blancs, exercée impunément, en présence de l'Europe civilisée, par les corsaires d'Alger, de Maroc et de Tunis.

Dans les dernières années d'une vie illustrée par tant d'actes mémorables, Sidney-Smith s'occupa de la recherche des moyens de sauvetage, pour les navires exposés aux tempêtes de la mer. Il a eu l'honneur d'être dans cette découverte l'un des inventeurs qui out le plus approché de la solution du problème de la garantie contre les naufrages.

Telle a été, messieurs, la carrière de Sidney-Smith, promu successivement à tous les grades de la marine, et jusqu' à celui d'Amiral de la Flotte Rouge d'Angleterre, que lui conféra le roi Guillaume IV; il a été de plus décoré de tous les ordres des souverains de l'Europe, en reconnaissance des nombreux services qu'il leur a rendus.

A la vue du triste cercueil, qui contient les restes de Sidney-Smith, nous bornerons-nous au stérile récit de ses nobles actions? Non, messieurs. Le vénérable évêque de l'église Anglicane, qui préside avec tant de dignité, à ces funérailles, vient d'invoquer, dans sa prière, le texte de l'Evangile, sur l'immortalité de l'âme, qu'il me soit permis d'ajouter à cette révélation du Christianisme, que les progrès de la science out démontré cette vérité, sans lui faire rien perdre du charme de l'espérance.

En effet, dans ce cercueil, que la tombe n'a point encore dérobé à nos regards, que reste-t-il? Des débris d'organes inanimés. Mais ces nerfs, cette membrane qui les enveloppa, cette pulpe cérébrale qui les pénétra, qu'étaient-ils? de la matière! Ah! de ces organes matériels, à la Sensation, il y a un abîme! Et de la Sensation à la Pensée, un nouvel abîme! Elle est donc immatérielle, cette Pensée, qui distingue si éminemment notre espèce, des autres êtres organisés!