«Cette chaîne court du nord-est au sud-ouest, et vient se terminer derrière les montagnes qui bordent notre route à droite.

«§ 447. On peut, des environs de Siongy, observer la structure de la dernière montagne de cette chaine; elle est très remarquable. Les couches horizontales au sommet se courbent presqu'à angles droits, et descendent de là perpendiculairement du coté du nord-ouest. On diroit qu'elles ont été ployées par une violent effort; on les voit séparées et éclatées en divers endroits.

«§ 449. Le mole se termine à la jonction du Giffre avec l'Arve; ses dernières couches descendent avec rapidité dans le lit de cette petite riviere,

«Les montagnes qui suivent le môle, et qui forment après lui le coté septentrional de la vallée de l'Arve, sont basses et indifférentes, une seule est remarquable par sa forme pyramidale, et par ses couches qui convergent á son sommet, et lui donnent la forme d'un chevron.

«§ 450. La ville même de Cluse est bâtie sur le pied d'une montagne, dont la structure est très extraordinaire; on en juge mieux à une certain distance que de la ville même.

«Cette montagne de forme conique émoussée, ou plutôt parabolique, est pour ainsi dire coiffée d'une bande de rochers, qui du haut de sa tête descendent à droite et à gauche jusques à son pied. Ces rochers nuds sont relevées par le fond de verdure dont le reste de montagne est couverte. Ils sont composés de plusieurs bandes parallèles entr'elles; les extérieures sont blanches et épaisses, les intérieures sont brunes et plus minces. Le corps même de la montagne, dont on apperçoit çà et là les rochers au travers du bois, qui les couvre, paroi composé de couches irrégulières et diversement inclinées. On pourroit soupçonner que cette bande n'est que le reste d'une espèce de callote qui vraisemblablement couvroit autrefois toute la montagne.

«§ 463. Des que l'on est sorti de la ville de Cluse, on voit en se retournant sur la droite, les rochers en surplomb sous lesquels on a passé avant de traverser l'Arve. On distingue d'ici le profil des couches de ces rochers; et on reconnoit qu'elles sont presque perpendiculaires à l'horizon.

«Ces couches sont adossées à d'autres couches calcaires et verticales comme elles, mais qui sont la continuation de couches à-peu-près horizontales: on diroit qu'une force inconnue a ployé à angles droits l'extrémité de ces couches, et les a ainsi contrainte à prendre une situation verticale.

«§ 467. Si du grande chemin qui est au pied de la caverne, on jette les yeux sur le rocher dans lequel est son ouverture, on observera que les bancs de ce rocher sont très épais, et composés d'une pierre calcaire grise; qu'au dessus cette pierre grise on en voit une autre de couleur brune, dont les couches font très minces; mais qui par leur répétition forment une épaisseur considérable.

«Ces couches de pierres à feuillets minces, continuent jusques à Sallanches et au de là; et sont renfermées par dessus et par dessous entre des bancs de pierre grise compacte et à couches épaisses. Quelquefois la pierre grise qui sert de base, ou comme disent les mineurs, de plancher à la brune, s'enfonce et alors celle-ci paroit à fleur de terre; ailleurs cette pierre grise se relève et porte la brune à une grande hauteur.