«On voit la (page 99.) que la base de cette montagne est un vrai granit gris à grains médiocres, et dont la structure n'a rien de distinct; mais au-dessus de ces granits on trouve des roches feuilletées quartzeuses mélangées de mica et de feldspath genre moyenne entre le granit veiné et la roche feuilletée ordinaire. Leurs couches courent du nord au sud, comme la vallée de Valorsine, et font avec l'horizon un angle de 60 degrés, en s'appuyant au couchant contre cette même vallée. Ces roches continuent dans la même situation jusques à ce qu'apres une demi-heure de marche, on les perd de vue sous la verdure qui tapisse une petite plaine, située au milieu des bois, et qui se nomme le plan des Cebianes.
«§ 689. De-là, en montant obliquement du coté du sud, on rencontre de grands blocs d'un schiste gris ou de couleur de lie-de-vin, quelquefois même d'un violet decidé, qui renferment une grande quantite de cailloux étrangers, les uns angulaires, les autres arrondis, et de différentes grosseurs, depuis celle d'un grain de sable jusqu'à celle de la tête. Je fus curieux de voir ces poudingues dans leur lieu natal; je montai droit en haut pour y arriver; mais là quel ne fut pas mon étonnement de trouver leur couches dans une situation verticale!
«§ 690. On comprendra sans peine la raison de cet étonnement si l'on consideré qu'il est impossible que ces poudingues aient été formées dans cette situation.
«Que des particules de la plus extrême ténuité, suspendues dans un liquide, puissent s'agglutiner entr'elles et former des couches verticales, c'est ce que nous avons la preuve en fait dans les albâtres, les agathes, et même dans les crystallizations artificielles. Mais qu'une pierre toute formée, de la grosseur de la tête, se soit arrêtée au milieu d'une parois verticale, et ait attendu là que les petites particules de la pierre vinssent l'envelopper, la souder et la fixer dans cette place, c'est une supposition absurde et impossible. Il faut donc regarder comme une chose démontrée, que ces poudingues ont été formés dans une position horizontale, ou à peu-près telle, et redressés, ensuite après leurs endurcissement. Quelle est la cause qui les a redressés? c'est ce que nous ignorons encore; mais c'est déjà un pas, et un pas important, au milieu de la quantité prodigieuse de couches verticales que nous rencontrons dans nos Alpes, que d'en avoir trouvé quelques-unes dont on soit parfaitement sûr qu'elles ont été formées dans une situation horizontale.
«§ 691. La nature même de la matière qu'enveloppe les cailloux de ces poudingues rend ce fait plus curieux et plus décisif. Car si c'étoit une pâte informe et grossière, on pourroit croire que ces cailloux et la pâte qui les lie ont été jetés pêle-mêle dans quelques crevasses verticales, où la partie liquide c'est endurcie par le dessèchement. Mais bien loin de-là, le tissu de cette pâte est d'une finesse admirables; c'est une schiste, dont les feuillets élémentaires sont excessivement minces, mêlés de mica, et parfaitement parallèles aux plans qui divisent les couches de la pierre. Ces couches mêmes sont très-régulières, bien suives et de différentes épaisseurs, depuis une demi pouce jusques à plusieurs pieds. Celles qui sont minces contiennent peu et quelquefois point de cailloux étrangers, et on observe quelques alternatives de ces couches minces sans cailloux et des couches épaisses qui en contiennent. La couleur du fond de ce schiste varie beaucoup; il est ici gris, là verdâtre, le plus souvent violet ou rougeâtre; on en voit aussi qui est marbré de ces différentes couleurs. Ses couches sont dirigées du nord au sud exactement comme celles des roches granitoïdes qui sont au-dessous, § 688. mais l'inclinaison du schiste est beaucoup plus grande, ses couches sont souvent tout-à-fait verticales, et lorsqu'elles ne le sont pas, elles montent de quelques degrés du même coté que les roches dont je viens de parler; c'est-à-dire, du coté de l'ouest.
«§ 692. Les cailloux enclavés dans ce schiste sont, comme je l'ai dite, de différentes grandeurs, depuis celle du grain de sable, jusques à 6 ou 7 pouces de diamètre; ils appartiennent tous à la classe des roches que j'appelle primitives; je n'y ai cependant pas vu de granit en masse; seulement des granits feuilletés, des roches feuilletées, mélangées de quartz et de mica; des fragmens même de quartz pur; mais absolument aucun schiste purement argileux, ni aucune pierre calcaire, rien qui fît effervescence avec l'eau-forte, et la pâte même qui renferme ces cailloux n'en fait aucune. Leur forme varie; les uns sont arrondis et ont manifestement perdu leurs angles par le frottement; d'autres ont tous leurs angles vifs, quelques uns même ont la forme rhomboïdale qu'affectent si fréquemment les roches de ce genre. Dans les parties de la pierre ou ces cailloux étrangers sont entassés en très-grand nombre, les élémens du schiste n'ont pas eu la liberté de s'arranger et de former des feuillets parallèles; mais par-tout où les cailloux laissent entr'eux des intervalles sensibles, les feuillets reparoissent, et sont constamment paralleles, et entr'eux et aux plans qui divisent les couches.
«§ 693. Les bancs de ces schistes poudingues forment dans la montagne une épaisseur d'environ cent toises, comptées de l'est à l'ouest transversalement aux couches, et je l'ai suivie dans le sens de la longueur l'espace de plus d'une lieue; on ne peut pas la suivre plus long-temps, parce que les bancs se cachent et s'enfoncent sous la terre.»
Here M. de Saussure, who is always more anxious to establish truth, than preserve theory, gives up the formation of the alpine strata by crystallization. Let us now see how he acknowledges the evidence of softness in those strata. It is in his description of the Val de Mont Joye, Tom. 2d. page 173.
«Ce sont des roches dures à fond de quartz, ou de feldspath blanc, confusément cristallisé, avec des veines noires de mica ou de schorl en petites lames. Ces veines, qui pénètrent tout au travers de la pierre, sont la section des couches dont elle est composée; on les voit, ici planes et parallèles, entr'elles; la en zig-zags, renfermés entre de plans parfaitement parallèles; accident dont les étoffes tout-à-la-fois rayées et chinées donnent encore le dessin. Ces anfractuosités des couches sont-elles un effect de la crystallization, ou bien d'un mouvement de pression qui a refoulé des couches planes lorsqu'elles étoient encore flexibles, après quoi d'autres couches planes sont venues se former sur elles.»
M. de Saussure has no idea of strata formed at the bottom of the sea, being afterwards softened by means of heat and fusion. He had already given up the supposition of those vertical or highly inclined strata having been formed in their present position; but had this geologist seen that it was the same cause by which those strata had both been raised in their place and softened in their substance, I am persuaded that he would have freely acknowledged, in this zig-zag shape, which is so common in the alpine strata, the fullest evidence of the softening and the elevating power.