«C'est au sortir de Hospital qu'on monte véritablement le Mont Saint Gothard: le chemin est escarpé, pavé, et bien entretenu. Par un vallon à droite descend le Garceren, torrent qui vient des glaciers; son eau est blanchâtre, se jette dans la Reuss, et en trouble la limpidité; les rochers sont de plus en plus dépouillés, secs et arides, on trouve les derniers buissons, des aulnes rabougris. La Reuss tombe de rocher en rocher, des blocs et des quartiers énormes, qui remplissent son lit, lui barrent souvent le passage; ses eaux s'élancent par-dessus quand elle ne peut le contourner; on ne voit enfin que des rochers, des abymes et des précipices; on marche néanmoins en sûreté au milieu de ce désordre de la nature; les chemins sont bien pavés, et assez larges pour que deux chevaux ou deux mulets chargés puissent y passer de front. Sur un rocher à droite, à une lieue de Hospital environ, on trouve taillés dans le roc les limites entre le pays d'Urseren, et la partie Italienne ou vallée de Livenen; ainsi tout sommet du St. Gothard appartient à la partie Italienne, qui est actuellement sujette du canton d'Uri. On parvient enfin sur un terrain plus uni, et une espèce de plateau, c'est le haut du Saint Gothard; à une demi-lieue sur la droite, entre des rochers forts hauts, forts escarpés et à pic, est une espèce d'entonnoir, ou se rassemblent les eaux des neiges fondues; elles y forment le petit lac de Luzendro, gelé le trois quarts de l'année, d'ou la Reuss tire sa source en partie; car le glaciers du mont de la Fourche ou Fourk dans le haut Vallais, fournissent aussi un torrent qui est regardé comme la seconde source de la Reuss; le Rhône prend sa source dans la partie opposée du même glacier. Le haut du Saint Gothard est un vrai vallon, puisque des cimes, des pyramides, des montagnes prodigieuses, composées toutes de rochers, s'élèvent au-dessus, et l'entourent de tous côtés. L'espace qui est entre ces rochers a une forme a-peu-prés circulaire; il paroît avoir été un fond qui a été élevé et comblé jusqu'au point ou il est par les débris des montagnes qui le dominent, et qui s'y amoncèlent encore actuellement sous nos yeux; il a une espéce de niveau qui va un peu en pente du côté du midi, et du côté du Nord par lesquels se fait l'écoulement des eaux fournies par la fonte des neiges, dont la Reuss et le Tessin sont les canaux. Des masses étonnantes de rochers remplissent la surface de ce vallon: elles y sont placées dans une désordre qui ne ressemble point aux positions des rochers actuels, et autorise à croire qu'elles y ont été jetées et culbutées au hazard. Ces masses isolées sont toutes de granit, composé de quartz, de feldspath, et de mica verdâtre; le chemin qui traverse ce vallon tourne autour de ces masses. Il faut que les pics élevés qui bordent ce vallon ayent été beaucoup plus hauts qu'ils ne le sont actuellement pour avoir pu fournir à combler cette étendue, qui a une lieue au moins. Il n'est pas douteux non plus, que les vastes montagnes qui font au pied de toutes celles qui forment l'enceinte du Gothard, au moyen desquelles on trouve un accès plus facile, et des rampes moins rapides pour s'élèvent comme par degrés à cette hauteur, qui composent enfin ces montagnes de seconde et de troisieme formation, ne doivent leur existence qu'aux débris de ces colosses qui dominent tout. L'examen de ce qui se passe sous nos yeux journellement, ne peut nous laisser aucun doute sur l'abaissement de montagnes. Il n'y a point de torrent, point d'écoulement d'eaux, quelque petit qu'il soit, qui n'entraîne en descendant des montagnes, des terres, des graviers, ou des sables, pour les porter plus bas. Les grands torrens, les fleuves, les rivières, gonflés par les fontes subites des glaces et des neiges, entraînent des rochers entières, creusent de vastes et profonds ravins; ces masses de rochers diminuent par le choc et le frottement qu'elles essuient entre elles, et sur les rochers sur lesquels elles passent, dont elles occasionnent reciproquement la destruction; ce sont des débris de cette espéce de trituration qui troublent les eaux, et dont le dépôt élève insensiblement les bords des rivières, forme le limon fécondant de nos plaines, et va former jusque dans le sein des mers ces atterrissemens, ces barres, et ces bancs qui en reculent les bornes. Les rochers les plus durs, ces granits que les meilleurs outils ont tant de peine à façonner, ne résistent point au tems et aux intempéries des saisons; leur superficie se dénature et se décompose souvent au point de ne pas les reconnoître: des lichens, des petites mousses s'insinuent dans leur tissu, l'eau y pénètre, et la gelée sépare leurs parties; s'ils se trouvent placé sur une pente de façon à pouvoir être entraîné par les eaux, la plus grosse masse est bientôt réduite à peu de chose, apres avoir parcouru un plan incliné; quels changemens ne doit pas avoir opéré cette marche constante de la nature. A quel point n'est elle pas rendu méconnoissable la superficie du globe que nous habitons. Pour peu qu'on réfléchisse que les montagnes fournissent continuellement aux plaines, et que celle-ci ne rendent rien aux montagnes, on pourra se faire quelque idée des changemens que la révolution des siècles à du opérer. Aussi n'est ce que sur les hautes montagnes qu'on apperçoit encore parmi leurs vastes débris, les matériaux qui ont servi et servent aux créations nouvelles que la nature opère journellement, qu'ils sont grands, qu'ils sont majestueux ces antiques débris! que l'homme est petit, qu'il est confondu quand il ose y porter un regard curieux!»
In this picture of the Alps, there is presented to our view the devastation of solid rocks by agents natural to the surface of the earth; here is the degradation of mountains in the course of time. Of these ruins plains are formed below; and these plains are continually shifting their place, in affording materials to be washed away and rolled in the rivers, and in receiving from the higher grounds the spoils of ruined rocks and mountains. Such operations are general to the globe, or are to be found over all this earth; but it is not every where that we have descriptions proper to give just ideas of this subject, which escapes the common observation of mankind.
As I have given an example in the Alps of Savoy and Switzerland, it may be proper to give some view of the same operation in those of the Pyrénées (Essai sur la Minéralogie des Monts Pyrénées) page 76.
«La vallée d'Aspe est arrosée dans toute sa longueur, par le Gave, qui prend sa source vers les frontières d'Espagne: dans les temps de pluie et d'orage, cette rivière est colorée en rouge par des terres composées de schiste rougeâtre, qui s'éboulent: des montagnes de Gabedaille et de Peyrenère: au reste les eaux du Gave profondément encaissées dans leur lit ne peuvent plus contribuer à la fecondité des plaines qu'elles ont formées.
«On observe, en suivent cette rivière que lorsque les montagnes courent parallèlement, les angles faillans qu'elles forment correspondent aux angles rentrans; cette règle générale sert à établir que les vallées des Pyrénées, qu'il faudroit plutôt appeler de gorges puisqu'elles n'ont qu'une demi-lieue dans leur plus grande largeur, sont l'ouvrage des eaux; mais doit on les ranger parmi celles que M. de Buffon a démontré avoir été creusées par les courans de la mer, ou les supposer formées par les torrens qui se précipitent des montagnes?
«Ne croyez pas, dit M. d'Arcet, en faisant mention des vallées des Pyrénées, que les eaux aient pris ces routes parce qu'elles les ont trouvées frayées antérieurement à leur cours; ce sont les eaux même d'en-haut, qui, se ressemblant peu-à-peu, se sont ouvert de force ces passages: elles se sont creusé ces lits dans le temps passés, comme elles les creusent encore tous les jours. Voyez la Discours sur l'État Actuel de Pyrénées, p.. 10.
(p. 86.) «Les pierres que les eaux du Val de Canfrac entraînent, sont rarement usées dans leurs angles; on en trouve peu dont la figure soit arrondie, comme celle des pierres que roulent les torrens de la partie septentrionale des Pyrénées; le sol des environs de Jacia, plus élevé que celui des plaines du côté de la France, s'oppose a ce qu'elles soient emportées à d'assez grandes distances, et avec la rapidité necessaire pour recevoir, par un long frottement, une figure arrondie: on ne voit point de pierres roulées dans les plaines qui entourent cette ville, les bancs calcaires ne sont couverts que d'une croûte de terre peu épaisse; un telle formation diffère de celle qu'on observe au pied des monts Pyrénées, du côté de la France, ou le sol de plusieurs contrées est composé des débris que les rivières y ont déposés[6]; une partie de l'Égypte, selon Hérodote, a été pareillement formée des matières que le Nil y a apportées; Aristotle la nomme l'ouvrage du fleuve: c'est pourquoi les Éthiopiens se vantoient que l'Égypte leur étoit redevable de son origine. Les habitans de Pyrénées pourroient dire la même chose de presque toutes les contrées situées le long de la chaine septentrionale, depuis l'océan jusqu'à la Méditerranée, et qui forment cette espace d'isthme qui sépare les deux mers: c'est ainsi que la nature change continuellement la surface de notre globe; elle élève les plaines, abaisse les montagnes; et l'eau est principal agent qu'elle emploie pour opérer ces grandes révolutions; il ne faut que du temps, pour que le mot de Louis XIV. à son petit-fils, se réalise. La postérité pourra dire un jour; il n'y a plus de Pyrénées. On conçoit combien cette époque est éloignée de nous. M. Gensanne a trouvé, par des observations qu'il pretend non équivoques, que la surface de ces montagnes baisse d'environ dix pouces par siècle; ainsi, en les supposant seulement de quinze cens toises au-dessus du niveau de la mer, et toujours susceptibles du même degré d'abaissement, il s'écoulera un million d'années avant leur destruction totale.»
Footnote 6:[ (return) ]
The notion, that the water-worn gravel, which we so frequently find upon the surface of the earth, had been the effect of rivers transporting the rocks and stones, is not accurate or in perfect science. That stones are thus continually transported is certain; it is also indisputable, that in this operation they are broken and worn by attrition, more or less; but, that angular stones of the hardest substance are thus made into that round gravel, which we find so abundantly in many places forming the soil or loose materials of the surface, is a conclusion which does not necessarily follow from the premises, so far as there is another way of explaining those appearances, and that by a cause much more proportioned to the effect.
The view which I take of the subject is this; first, that those water-worn materials had their great roundness from the attrition occasioned by the waves of the sea upon some former coast. Secondly, that, after having been thus formed by agitation on the shores, and transported into the deep, this gravel had contributed to the formation of secondary strata, such as the puddingstone which has been described in Part I. Chap 5, and 6; and, lastly that it has been from the decay and resolution of those secondary strata, in the wafting operations of the surface, that have come those rounded siliceous bodies, which could not be thus worn by travelling in the longest river.
I do not know in what manner M. Gensanne made his calculation; I would suspect it was from partial, and not from general observations. We have mountains in this country, and those not made of more durable materials than what are common to the earth, which are not sensibly diminished in their height with a thousand years. The proof of this are the Roman roads made over some of those hills. I have seen those roads as distinct as if only made a few years, with superficial pits beside them, from whence had been dug the gravel or materials of which they had been formed.
The natural operation of time upon the surface of this earth is to dissolve certain substances, to disunite the solid bodies which are not soluble, but which, in having been consolidated by fusion, are naturally separated by veins and cutters, and to carry those detached bodies, by the mechanic force of moving water, successively from stage to stage, from places of a higher situation to those below.