«Cette pyramide paroît elle même composée de grands feuillets triangulaires ou pyramidaux. Trois de ces grands feuillets ont leurs bases dans l'Allée-Blanche, et forment ensemble tout l'avant corps de la base de la pyramide. Chacun de ces feuillets, vu de l'Allée-Blanche, paroît une grande montagne, je les ai décrits dans le chapitre précédent sous le noms de Mont-Pétéret, Mont-Rouge, et Mont-Broglia, § 830, 831, 834. Mais du haut du Cramont, on voit plus nettement leur forme, et leur ensemble, on distingue, par exemple, qu'ils sont eux-mêmes composés de grandes feuilles pyramidales; on voit que les injures du temps ont détruit la pointe du Mont-Rouge, tandis que celles des deux autres pyramides sont demeurées entières.

«Ces trois feuillets ne s'élèvent pas jusqu'à la moitié de la hauteur du Mont-Blanc; d'autres feuillets plus petits, situés derrière et au-dessus d'eux, et placés sur deux lignes principales qui convergent au sommet, achèvent de couvrir la face de cette grande pyramide. Ces feuillets sont tous de forme pyramidale; les plus petits sont les plus aigus; j'en ai mesuré plusieurs, dont l'angle au sommet n'étoit que de 70 degrés. Tous, absolument tous, ont leurs plans parallèles à l'Allée-Blanche, et par conséquent dirigés du nord-est au sud-ouest.

«§ 911. Quant à la matière dont est composée cette grande et haute montagne, toute sa cime et toute sa base, tant au centre que du côté du nord-est, sont indubitablement de granit; mais le côté sud-ouest de la base, ou le Mont-Broglia que nous avons vu de près, § 834, est d'une pierre moins dure, mélangée de schorl, de feldspath, de mica, de quartz gras et de pyrites.

«On voit très-bien du haut du Cramont que cette partie de la base n'est point du granit; sa couleur est d'un brun rougeâtre, elle ne se termine point par des arrêtes vives et nettes, n'est point composée de grandes tables planes. Ce font cependant des feuillets pyramidaux, mais petits et pressés les unes contre les autres; à mesure qu'ils s'approchent du sommet, et par cela même du coeur de la montagne, ils perdent leur couleur rouge, leurs angles deviennent plus vifs, leurs tables plus grandes et plus planes, et enfin prés de la cime, et à la cime même, ce sont de vrais granits parfaitement caractérisés. On peut donc conclure, que le corps entier du Mont-Blanc, et même ces bases avancées du côté de l'Italie, sont toutes de granit, excepté la base de l'arrête extérieure du côté du sud-ouest.

«§ 912. La montagne qui touche le Mont-Blanc du côté du nord-est, et qui, vue de Genève, forme en quelque maniere le premiere escalier en descendant de la cime, est aussi composée de tables de granit qui paroissent dirigées du nord-est au sud-ouest. Mais la sommité qui suit celle-ci en tirant toujours au nord-est, et qui forme le second escalier, paroît avoir quelques feuillets tournans autour de son corps pyramidal, comme les feuillets d'un artichaux, et comme j'ai dépeint l'aiguille du Midi, tome I. pl. 6. En tirant plus encore au nord-est, on reconnoît les Jorasses que nous avons vues du haut du Taléfre, § 637, elles paroissent d'ici, après le Mont-Blanc et ses escaliers, les sommités les plus élevées de toute cette chaîne, et elles semblent résulter de l'assemblage de plusieurs suites de feuillets pyramidaux convergents vers leur sommet. En général toutes les cimes élevées que l'on peut distinguer dans cette chaine, depuis le Mont-Blanc jusqu'au col Ferret, sont soutenues par des augives composées d'une ou de plusieurs suites de feuillets pyramidaux appuyés les uns contre les autres; les extérieures ont leurs bases dans le fond de la vallée, et les intérieures remontent par degrés jusqu'au haut des cimes. Les deux escaliers du Mont-Blanc sont les seules sommités qui n'aient pas des augives de ce genre.

«§ 913. Je demande á present quelle idée on peut se faire de l'origine de ces feuillets plans et de toutes ces pyramides grandes et petites qui résultent de leur assemblage, si on ne les considère pas comme les restes ou les noyaux les plus durs des couches qui out résisté aux ravages du temps, tandis que les parties intermédiaires, qui les lioient entr'elles, out été détruites par ces mêmes ravages.

«Mais jusqu'à quel point la crystallization a-t-elle contribué á déterminer ces formes pyramidales? doit-on considérer le Mont-Blanc ou telle autre de ces aiguilles, comme un énorme crystal? C'est une question de théorie que j'examinerai ailleurs. Quant à présent je me contenterai de conclure, que la face méridionale de la chaîne centrale des Alpes est, comme la face septentrionale de cette même chaîne, composée, pour la plus grande partie, de couches de granit à-peu-près verticales, et dirigées pour la plupart du nord-est au sud-ouest.»

This theoretical question of our author is so properly connected with the natural history which he has here given us, that it is not difficult to resolve it in the most satisfactory manner.

Here is an enormous mass of granite, the origin of which we are not now inquiring after, but the causes of its present form. The internal part of this granite subsists in a state of the most perfect solidity; the external again is evidently in a decaying state. This is a fact which we learn from the nature of feldspar, of which granite is in part composed; this crystallised substance is every where decomposed, where long exposed to the atmosphere. But it is not this gradual decay of the mass of granite perishing equably from its external surface, and resolved into some of its component parts, that we are here to consider; it is only mentioned to show that the mass of granite is subject to decay, when exposed to the influence of the atmosphere, like every other compound mineral body, and to lose that perfect solidity which we find in the centre of the mass.

We find the granite masses not only subject to decay from the external surface, by the decomposition of the feltspar, or the dissolution of its constituent parts, but also liable to be separated into blocks of different degrees of regularity, commonly rectangular or approaching to the rhombic shape. This is the consequence, either of larger veins and fissures, filled with matter which is still more dissolvable than is the substance of the granite, or else by imperceptible crevices or cutters, into which the atmospheric influences gradually insinuate, and form at last a visible separation.