«En effect toutes les hautes sommités que j'avois observées jusqu'à ce jour sont ou isolées comme l'Etna, ou rangées sur des lignes droites comme le Mont-Blanc et ses cimes collaterales. Mais là je voyois le Mont Rose composé d'une suite non-interrompue de pics gigantesques presqu'égaux entr'eux, former un vaste cirque et renfermer dans leur enceinte, le village de Macugnaga, ses hameaux, ses pâturages, les glaciers qui les bordent, et les pentes escarpées qui s'élèvent jusqu'aux cimes de ces majestueux colosses.

«Mais ce n'est pas seulement la singularité de cette forme qui rend cette montagne remarquable; c'est peut-être plus encore sa structure. J'ai constaté que le Mont-Blanc et tous les hauts sommets de sa chaîne sont composés de couches verticales. Au Mont-Rose jusqu'aux cimes les plus élevées, tout est horizontal ou incliné au plus de 30 degrés.

«Enfin il se distingue encore par la matière dont il est construit. Il n'est point de granits en masse, comme le Mont-Blanc et les hautes cîmes qui l'entourent; ce sont des granits veinés et des roches feuilletées de différens genre qui constituent la masse entière de cet assemblages de montagnes, depuis bases jusqu'à ses plus hautes cimes. Ce n'est pas que l'on n'y trouve du granit en masses, mais il y est purement accidentel, et sous la forme de rognons, de filons, ou de couches interposées entre celles des roches feuilletées.

«On ne dira donc plus que les granits veinés, le gneiss et les autres roches de ce genre, ne sont que les débris des granits rassemblés et agglutinés au pied des hautes montagnes, puisque voilà des roches de ce genre dont la hauteur égale à très-peu-près celle des cimes granitiques les plus hautes connues, et ou l'on ferois bien embarrassé à trouver la place des montagnes de granit dont les débris out pu leur servir de matériaux; sur-tout si l'on considère la masse énorme de l'ensemble des murs d'un cirque tel que celui du Mont-Rose. En effet, ce seroit une hypothèse inadmissible que de supposer, qu'anciennement il a existé dans le vuide actuel du cirque une montagne de granit, et que ce cirque est le produit des débris de cette montagne. Car comment ne resteroit-il aucun vestige de cette montagne? On conçoit bien que sa tête auroit pu se détruire, mais son corps, la base du moins, protégée par les débris de sa tête accumulés autour d'elle qu'est ce qui auroit pu l'anéantir; d'ailleurs les parois intérieures du cirque quoique très-escarpées ne sont pourtant pas verticale; elles s'avancent de tous côtés vers l'intérieur; et le fond, le milieu même du cirque n'est point du granit, il est de la même nature que ses bords. Enfin nous avons reconnu que les montagnes qui forment la couronne du Mont-Rose se prolongent au dehors à de grandes distances en sorte que leur ensemble forme une masse incomparablement plus grande que celle qui auroit rempli le vuide intérieur du cirque.

«Il faut donc reconnoître, comme tous les phénomènes le démontrent d'ailleurs, qu'il existe de montagnes de roches feuilletées, composées des mêmes élémens que le granit, et qui sont sorties comme lui des mains de la nature sans avoir commencé par êtres elles-mêmes des granits[22]

Footnote 22:[ (return) ] M. de Saussure, upon the evidence before us, might have gone farther, and maintained that the masses of granite, which here traverse the strata in form of veins and irregular blocks, had been truly of a posterior formation. But this is a subject which we shall have afterwards to consider in a particular manner; and then this example must be recollected.

Here is an example the most interesting that can be imagined. Those mountains are the highest in Europe, and their lofty peaks are altogether inaccessible upon one side. They had all been formed of the same horizontal strata. How then have they become separated peaks? And how have the valleys been hollowed out of this immense mass of elevated country?—No otherwise than as we may perceive it, upon every mountain, and after every flood. It is not often indeed, that, in those alpine regions, any considerable tract of country is to be found, where an example so convincing is exhibited. It is more common for those mountains of primary strata or schistus to rise up in ridges, which, though divided into great pyramids, may still be perceived as connected in the direction of their erected strata. These last, although affording the most satisfactory view of that mineral operation by which land, formed and consolidated at the bottom of the sea, had been elevated and displaced, are not so proper to inform us of the amazing waste of those extremely consolidated bodies, as are those where the strata have preserved their original horizontal portion. It is in this last case, that there are data remaining for calculating the minimum of the waste that must have been made of those mountains, by the regular and long continued operations of the atmospheric elements upon the surface of this earth.

It is the singularity of these horizontal strata in that extensive alpine mass, which seems to have engaged M. de Saussure, who has inspected so much of those instructive countries, to make a tour around those mountains, and to give us a particular description of this interesting place. Now, from this description, it is evident, that there is an immense mass of primary or alpine strata nearly in the horizontal position, which is common to all the strata at their original formation; that this horizontal mass had been raised into the highest place of land upon this globe; and that, in this high situation, it has suffered the greatest degradation, in being wasted by the hand of time, or operations of the elements employed in forming soil for plants, and procuring fertility for the use of animals. Here is nothing but a truth that may almost every where be perceived; but here that important truth is to be perceived on so great a scale, as to enable us to enlarge our ideas with regard to the natural operations of this earth, and to overcome those prejudices which contracted views of nature, and magnified opinions of the experience of man may have begotten,—prejudices that are apt to make us shut our eyes against the cleared light of reason.

Abundant more examples of this kind, were it necessary, might be given, both from this very good observator, and from M. de Luc[23].

Footnote 23:[ (return) ] Vid. Discours sur l'Histoire Naturelle de la Suisse, passim; but more particularly under the article of Route du Grindle wald à meiringen dans le pays de Hasti: Also Hist: de la Terre, Lettre 30. p. 45, et Lettre 31. page 68, etc.