«Si l'on considère ensuite cette même vallée de la Doire, qui descend de Courmayeur à Yvrée, on la verra barrée par le Mont-Blanc et par la chaîne centrale, qui la coupent à angles droits dans la partie supérieure. On verra cette même vallée s'ouvrir, dans un espace de sept ou huit lieues, deux ou trois inflexions tout-à-fait brusques; et on la verra enfin coupée à angles droits par une quantité de vallées qui viennent y verser leurs eaux, et qui sont elles mêmes coupées par d'autres, dont elles reçoivent aussi le tribut. Or quand on réfléchit à la largeur et à l'étendue des courans de la mer, peut-on concevoir que ces sillons étroits, barrés, qui se coupent en échiquier à de très-petites distances, aient pu être creusés par de semblables courans.

«L'observation de la correspondance des angles, fut-elle aussi universelle qu'elle l'est peu, ne prouveroit donc autre chose, sinon que les vallées sont nées de la fissure et de l'écartement des montagnes, ou qu'elles ont été creusées par les torrens et les rivières qui y coulent actuellement. On voit un grand nombre de vallées naître, comme je l'ai fait voir au Bon-Homme, § 767, sur les flancs d'une montagne; on les voit s'élargir et s'approfondir a proportion des eaux qui y coulent; un ruisseau qui sort d'une glacier, ou qui sort d'une prairie, creuse un sillon, petit d'abord, mais qui s'agrandit successivement à mesure que ses eaux grossissent, par la réunion d'autres sources ou d'autres torrens.

«Il n'est même pas nécessaire, pour se convaincre de la vérité da ces faits, de gravir sur le Cramont. Il suffit de jeter les yeux sur la premiere carte que l'on trouvera sous la main, des Pyrénées, de l'Apennin, des Alpes, ou de quelqu'autre chaîne de montagnes que ce puisse être. On y verra toutes les vallées indiquées par le cours des rivieres; on verra ces rivieres et les vallées dans lesquelles elles coulent, aboutir par une de leurs extrémités au sommet de quelque montagne ou de quelque col élevé. Les replis tortueux d'un grand fleuve, indiqueront une vallée principale, dans laquelle des torrens ou des rivieres qui indiquent d'autres vallées moins considérables, viennent aboutir, sous des angles plus ou moins approchans de l'angle droit. Or ces rivieres qui viennent de droite et de gauche se jeter dans la vallée principale, ne s'accordent pas pour se jeter par paires dans le même point du fleuve; elles sont comme les branches d'un arbre qui s'implantent alternativement sur son tronc, et par conséquent, chaque petite vallée se jette dans la vallée principale vis-à-vis d'une montagne. Et de plus on verra aussi sur les cartes que même les plus grandes vallées ont presque toutes des étranglemens qui forment des écluses, des fourches, des défilés.

«Je ne prétends cependant pas que l'érosion des eaux pluviales, des torrens et des rivieres, soit l'unique cause de la formation des vallées: le redressement des couches des montagnes nous force à en admettre une autre, dont je parlerai ailleurs; j'ai voulu seulement prouver, ici que la correspondance des angles, lorsqu'elle a lieu dans les vallées, ne prouve point que ces vallées soient l'ouvrage des courans de la mer.»

The place to which M. de Saussure here remits us is where he afterwards, in describing the Val d'Aoste, makes the following observation.

«(§ 960.) Au-dela de Nuz, les montagnes qui bordent au midi la vallée, et dont on voit d'ici très-bien la structure, sont composées de grandes couches appliquées les unes contre les autres, et terminées par des cimes aigues, escarpées contre le midi, elles tournent ainsi le dos à la vallée, dont la direction est toujours à 10 degrés de l'est par nord. Celles de la gauche que nous côtoyons, et qui sont de nature schisteuse, tournent aussi le dos à la vallée en s'élevant contre le nord. Je crois pouvoir conclure de là, que cette vallée est une de celles dont la formation tient à celle des montagnes mêmes, et non point à l'érosion des courans de la mer ou des rivières. Les vallées de ce genre, paroissent avoir été formées par un affaissement partiel des couches des montagnes, qui ont consenti, dans la direction qu'ont actuellement ces vallées.»

Here I would beg leave to differ a little from this opinion of M. de Saussure, at least from the manner in which it is expressed; for perhaps at bottom our opinions upon this subject do not differ much.

M. de Saussure says that the formation of this valley depends upon the mountains themselves, and not upon the erosion of the rivers. I agree with our author, so far as the mountains may have here determined the shape and situation of the valley; but, so far as this valley was hollowed out of the solid mass of our earth, there cannot be the least doubt that the proper agent was the running water of the rivers. The question, therefore, comes to this, How far it is reasonable to conclude that this valley had been hollowed out of the solid mass. Now, according to the present theory, where the strata consolidated at the bottom of the sea are supposed to be erected into the place of land, we cannot suppose any valley formed by another agent than the running water upon the surface, although the parts which are first to be washed away, and those which are to remain longest, must be determined by a concurrence of various circumstances, among which this converging declivity of the strata in the bordering mountains, doubtless, must be enumerated.

With regard to any other theory which shall better explain the present shape of the surface of the earth, by giving a cause for the changed position of the strata originally horizontal, I cannot form a judgment, as I do not understand by what means strata, which were formed horizontally, should have been afterwards inclined, unless it be that of a power acting under those strata, and first erecting them in relation to the solid globe on which they rested.

Besides, in supposing this valley original, and not formed by the erosion of the rivers, What effect should we ascribe to the transport of all those materials of the Alps, which it is demonstrable must have travelled through this valley? Whether is it more reasonable to suppose, on the one hand, that the action and attrition of all the hard materials, running for millions of ages between those two mountains, had hollowed out that mass which originally intervened; or, on the other, that this valley had been originally formed in its present shape, while thousands of other valleys have been hollowed out of the solid mass?