«Il y a cependant trois différences que je dois exposer et apprécier en peu de mots.

«La plus importante est dans ces couches de pierre calcaire, § 1073, que j'ai trouvées sur la rive droite, et que je n'ai point vue sur la gauche. Mais il est possible qu'elles y soient, et qu'elles m'ayent échappé, masquées par des débris ou par d'autre causes accidentelles; cette supposition est d'autant plus possible, que l'épaisseur de ces couches n'est que de quelques pieds. D'ailleurs il arrive souvent, que des filons, tel que paroît être celui dont je parle, ne s'étendent pas à de grandes distances, quoique la nature de la montagne demeure la même. Enfin ce qui diminue l'importance de cette différence, c'est que ces couches calcaires se trouvent dans le voisinage de l'ardoise qui passe, comme la pierre calcaire, pour une pierre de nature secondaire, et qui alterne très-fréquemment avec elle.

«Une autre difference que l'on aura pu remarquer, c'est que sur la rive droite, je n'ai point trouvé de petrosilex pur et en grandes masses, comme sur la rive gauche dans les environs de la cascade. Mais cette différence ne me frappe pas non plus beaucoup; parce qu'au lieu de petrosilex, j'ai trouvé sur la rive droite des roches composées en très-grande partie de feldspath. Or je regarde le pétrosilex et le feldspath comme des pierres de la même nature. Leur dureté est à-très-peu-près la même; leur densité la même, leur fusibilité la même; l'analyse chymique démontre dans l'un et dans l'autre les mêmes principes, la terre siliceuse, la terre argilleuse et le fer; et de plus ces ingrédiens s'y trouvent à très-peu-près dans les mêmes proportions. Il ne reste donc de différence que dans la couleur et dans l'agrégation des élémens. Or on fait que ces qualités accidentelles tiennent souvent à des causes qui peuvent être purement locales.

«La troisième différence, celle qui se trouve dans la direction de quelques-unes des couches, je l'ai déjà indiquée, § 1075. et il semble inutile de répéter, que quand des couches formées originairement dans une situation horizontale, ont été redressées par des opérations violentes de la nature, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'elles n'aient pas exactement la même position dans tout l'espace qu'elles occupent.

«Les différences ne sont donc pas très-significantes, et les ressemblances sont au contraire du plus grand poids. Ce qui leur donne à mon gré la plus grande force, c'est la rareté des pierres dont ces montagnes sont composées, ces espèces de porphyres à base de pétrosilex, ces rochers feuilletées mélangées de feldspath et de mica; c'est encore la correspondance de l'ordre dans lequel elles se suivent; ces bancs de poudingues séparés par des ardoises sur une rive comme sur l'autre; leur situation également ou à-peu-près telle. Viola de grandes et fortes analogies et qui ne permettent pas de douter que ces montagnes, produites dans le même temps et par les mêmes causes, n'aient été anciennement unies.»

Having thus shown, that the Rhône had in the course of time hollowed out its way from the central mountain of the St. Gothard through the extensive valley of the Vallais we may still further trace the marks of its operation in the more open country towards the lake. It is an observation which M. de Saussure made in his way from the valley of the Rhône to Geneva.

«§ 1090. La grande route de Bex à Villeneuve suit toujours le fond de la vallée du Rhône, en côtoyant les montagnes qui bordent la droite ou le coté oriental de cette vallée. Ces montagnes sont en général de nature calcaire, mais on voit à leur pied, jusques auprès de la ville d'Aigle, située à une lieue et demi de Bex, la continuation des collines de gypse qui renferment les sources salées.

«§ 1091. A l'opposite de ces collines, au couchant de la grande route, on voit sortir du fond plat de la vallée deux collines allongées dans le sens de cette même vallée. Ces collines sont l'une et l'autre d'une pierre calcaire dure et escarpées presque de tous les côtes. L'une la plus voisine de Bex, ou la plus méridionale, se nomme Charpigny, l'autre Saint Tryphon.

«Il paroît évident que ces rochers isolés au milieu de cette large vallée sont de noyaux plus dures et plus solides qui ont résisté aux causes destructrices par lesquelles cette vallée à été creusé. Ils ne sont cependant pas exactement de la même nature, et surtout pas de la même structure; car celui de Saint Tryphon est composé de couches régulières, horizontales ou à-peu-près telles, tandis que celui de Charpigny a les siennes très-inclinées et souvent dans un grand désordre.»

In M. de Saussure's Journey to the Alps, we have now seen a description of the shape that had been given to things, by those operations in which strata had been consolidated and elevated above the sea; nothing but disorder and confusion seems to have presided in those causes, by which this mass of continent had been exposed to the sight of men; and nature, it would appear, had nothing in view besides the induration, the consolidation, and the elevation of that mass into the snowy regions of the atmosphere. From the descriptions now given, we see the operation of the waters upon the surface of the earth; we perceive a regular system of mountains and valleys, of rivulets and rivers, of fertile hills and plains, of all that is valuable to the life of man, and that which is still more valuable to man than life, viz. the knowledge of order in the works of nature, and the perception of beauty in the objects that surround him.