«Au-delà de leurs débris, dont l'amas est désigné par le montagnards sous le nom de Peyrade et sous celui de Catios par les gens du monde, le granit est de nouveau surmonté de substances calcaires. Il sort de base aux pics coniques de Caumelie et de Pimené. Cette base forme elle-même une vaste montagne qu'on appelle Allans; ses roches, d'un granit ferrugineux et sombre, sont entourées d'une couronne blanchâtre et calcaire, où végètent quelque sapins épars: Gavarnie est à ses pieds.
«C'est à une légère distance de ce village, que se termine la vallée du Gave Béarnois, ou plutôt qu'elle prend naissance avec le torrent qui l'a formée. On apperçoit de loin les vastes sommets et les champs élevés de neige et de glace d'où ses eaux se précipitent; on reconnoît ensuite qu'ils ne forment qu'une montagne ou plutôt une masse énorme par sa hauteur et son volume, composée d'une même matière, et qui, placée sur une base vers laquelle on n'a cessé de monter pendant l'espace de dix lieues, s'élève tout-à-coup de sept à huit cens toises, et domine au loin toutes les montagnes qui l'entourent. Les différens sommets dont elle est couronnée se présentent sous mille formes bizarres; ce sont des pyramides irrégulières et de vastes cylindres, ou de cônes tronqués près de leur base, qui ressemblent assez à des tours écrasées. Les crêtes, qui sont formées du prolongement de ces sommités, sont autant de murailles inaccessibles bordées d'un long tas de ruines ou d'un large fossé de neige glacée, et quelquefois interrompues par de brèches profondes. On ne peut apercevoir tous ces objets du fond de la vallée, et il faut s'élever sur quelque hauteur voisine, telle que le sommet de Bergons, ou celui de Pimené, pour embrasser toutes les parties de ce vaste tableau. En remontant vers les sources du Gave, qui en occupe le centre, on pénètre par un coupure peu profonde dans une prairie de forme ovale assez régulière bordée à l'est et à l'ouest par des hauteurs plantées de sapins et de hêtres, et au sud par un amas de rochers écroulés, et par les sommets que je viens de décrire. Le Gave y serpente sur un lit de sable et de cailloux, et reçoit les eaux qui descendent, en écumant, des hauteurs voisines; il se fraie un chemin vers cette prairie parmi les débris entassées qui la bornent au sud, et qui la séparent d'une autre bassin non moins vaste, où le torrent commence son cours, et où la montagne s'élève tout autour en un rempart inaccessible.
«On peut prendre une idée légère et imparfaite de cette majestueuse enceint, en se la figurant comme un amphithéâtre moins remarquable par la vaste étendue de son arêne que par la hauteur prodigieuse de ses murs qui, par-tout bordés de parties saillantes, d'échancrures profondes, et hérissés de rochers dont la ruine est prochaine, se sont entièrement écroulés du côté du nord; elle-est couronnée vers le sud par deux sommets cylindriques recouverts d'une croûte épaisse de neige durcie, et que leur forme a fait nommer tour de marbre. Au-dessous se succèdent, en forme de gradins, de vastes platte bandes d'une neige qui ne disparoît jamais, et qui ne cesse point de se fondre insensiblement. Les eaux produites par cette stillation continuelle se divisent en sept ou huit petits torrens qui naissant sous ces lits de glace, et roulent sur le penchant rapide de la montagne ou jaillissent en cascades, quand elle se trouve coupée a pic. L'un de ces torrens venant du côté de l'est et dont le volume surpasse celui de tous les autres ensemble, se précipite du haut d'un rocher qui s'avance en saillie, et tombe avec un bruit horrible à plus de 1200 pieds de profondeur. Ses eaux, divisées dans les airs et réduites comme en poussiere, forment autour de la cascade un brouillard suspendu qui dérobe aux yeux du spectateur tout son volume et la vitesse de sa chute. L'arène ou se réunissent toutes ces eaux et où commence le Gave, est de forme irrégulière; sa surface inégale offre tantôt de grands plateaux de neige, des blocs de rochers écroulés et d'autre débris atténué et réduits à l'état terreux où végètent de belles plantes que le soleil éclaire à peine. Le Gave, en tombant sur les amas de neige, y a creusé un gouffre au fond duquel le soleil avant son déclin peint le cercle coloré de l'iris. Les eaux disparoissent sous la neige et renaissent ensuite comme sous un pont étroit ou sou la voûte d'un aqueduc; elles serpentent, se replient à travers les ruines amoncelées, et surmontent les obstacles qui s'opposent à leur sortie.
«Si l'aspect magnifique et la beauté sauvage de cette enceinte sont difficiles à représenter, sa structure n'en est pas moins facile à saisir; et dans ce lieu, qui semble fait pour le tourment du peintre de la nature, elle se découvre sans peine au yeux de l'observateur et de l'historien. La grande enceinte de la cascade de Gavarnie, dit M. d'Arcet, fut un lac autrefois: l'aspect des lieux fait naître naturellement cette idée. Dans la suite les rochers qui la fermoient sur le devant, s'étant détruits, les eaux se sont écoulées et perdues.
«On ne peut se refuser à croire avec M. d'Arcet, que l'enceinte des cascades de marbre n'ait été autrefois un lac. Le nombre et l'étendue de ces amas d'eau diminuent tous les jours dans les Pyrénées comme dans tout pays de montagnes; les eaux qui viennent s'y rendre en exhaussent le fond par les cailloux et les débris terreux qu'elles y entraînent, et celles qui s'écoulent en abaissent le niveau, en creusant insensiblement le canal par lequel elles sortent. Ainsi la marche lente et progressive de la nature sans l'intermède des accidens et de révolutions, suffit pour combler ces vastes creuse où les eaux se sont amassées, ou pour ouvrir des issues qui ne leur permettent plus d'y séjourner. Le nombre de ces lacs abandonnés et perdus n'est guère au-dessous de celui de lacs encore existans. Les naturels du pays ont appris eux-mêmes à distinguer ces monumens naturel; ils ont saisi leur structure semblable à celle d'un vaisseau évasé et coupé dans ses parois d'une ou de plusieurs entailles profondes, et les ont tous désignés par le mot oule, qui dérive du mot Latin olla, et signifie chez eux marmite; comparaison aussi juste que peu noble et bien digne de ces observateurs froids, mais exacts, également dépourvue de prévention et d'enthousiasme. Ces oules se trouvent souvent placées aux extrêmité supérieurs des vallées, à l'origine des torrens qui les remplissoient autrefois. En effect, ceux-ci naissent communément sous quelque vaste amas de neige, ou s'écoulent d'un réservoir qui rassemble les eaux des hauteurs voisines. Le nombre de ces lacs augmente à mesure qu'on s'élève, et c'est une observation générale, que ceux des vallées sont pour la plupart comblés ou perdus, et que ceux des montagnes, surtout de celle de granit, sont presque tous conservés. J'ai dit précédemment, d'après l'observation de M. d'Arcet, que l'enceinte des cascades présentoit la forme d'un réservoir entr'ouvert et épuisé, et qu'elle étoit précédée d'un autre bassin dont l'aspect est moins sauvage et la forme plus régulière. Tout porte à penser que celui-ci a été aussi long-tems rempli d'eau, ou plutôt il résulte d'un examen détaillé de ces lieux, que le deux bassins ne faisoient autrefois qu'un seul et immense réservoir, où les eaux étoient retenues à deux ou trois cens toises d'élévation au-dessus du sol où elles coulent aujourd'hui. Les rochers qui séparent le premier bassin de l'enceinte des cascades, ne sont, comme je l'ai déjà remarqué, qu'un vaste amas de débris; mais ces débris ne ressemblent point à ceux d'une muraille renversée sur elle-même, ou d'une digue rompue par l'effort des eaux. Il est au contraire aisé de se convaincre qu'ils ont été détachés de cette partie de la montagne qui bord l'enceinte du côté de l'est, et sur laquelle sont les sommets les plus élevés de toute cette masse. On voit encore sur ses flancs déchirés pendre d'énormes quartiers de roche prêts à s'écrouler. Ceux qui sont déjà tombés ont demeuré entassés les uns sur les autres. L'amas qu'ils ont formé est adossé à la montagne dont ils faisoient jadis partie, et s'incline jusqu'aux parois opposée de l'enceinte. Le torrent qui la traverse se trouve ainsi rejeté du côté de l'ouest, et le lit qu'il a creusé suit les contours de cet amas de débris. Un tems a donc existé auquel les deux enceintes dont j'ai parlé, étant remplies d'eau, ne formoient qu'un seul lac vaste et profond; et peut-être la même révolution qui les a séparées a-t-elle changé tout-à-fait leur forme et causé l'entière dispersion de leurs eaux; car si l'on considère que l'enceinte du bassin de la prairie est entièrement détruite du côté du nord et de la vallée, on doit se convaincre que les eaux ne l'ont point corrodée lentement, mais qu'elles l'ont entrouverte et emportée par un effort violent et subit. Or à quelle cause peut-on mieux attribuer le mouvement rapide et le choc qui dut les agiter, qu'à la chute instantanée de plusieurs milliers de toises cubes de rocher. Je me représente alors ce lac paisible et élevé changé en une mer courroucée, ses eaux bouleversées jusqu'au fond de ses abîmes jaillir au-dessus des sommets voisins, et retombant sur elles mêmes ébranler de leur poids et de leur chute la barrière qui les retenoit, cette barrière trop foible enfin renversée et ses débris transportés au loin.
«M. d'Arcet, dans son discours sur les Pyrénées, a présagé la même révolution pour le lac d'Escoubons le plus considérable de ceux qui dominent les bains de Barèges, et on ne peut douter que si quelqu'éboulement considérable vient hâter et accroître l'effet de cette débâcle inévitable, ces régions élevées subiront un nouveau déluge dont les hommes et les troupeaux seront la victime, qui ensevelira plusieurs villages, et inondera les tanières des bêtes fauves.»
M. Reboul has here imagined to himself the former existence of an immense deep lake, which, no doubt, is a thing that may have been, like many others which actually exist. But then he likewise supposes a particular revolution of things, in which one side of that stony circuit, forming the bason of the lake, had been destroyed while the water was discharged. It is this last hypothesis which appears to me to be a thing altogether inadmissible, according to the natural order of things.
In order to see this, it must be considered, that the side of the bason, which has disappeared, must have been either of similar materials to those which we see now remaining, or it must be supposed as composed of loose materials, such as had been more soft, or of those that might be easily dissolved and washed away by the water. If this last had been the state of things, there would not have been occasion for any violent catastrophe, as M. Reboul has supposed; the natural overflowing of the lake had been sufficient to wear the mound by which the water had been detained, and to carry away those materials so as one side might disappear. If, again, this mound had been formed of rock, like what remains of those mountains, in that case, the catastrophe, which this author has suggested as the cause of that destruction, would have been ineffectual to procure that end; for, though such a débacle might have carried away a great mass of loose materials, it could not have moved a mound of solid rock.
That of which we have here undoubted information, and that which I am labouring to generalise by comparing similar phenomena, such as are to be found over all the earth, is this, That the natural operations of the atmospheric elements decompose the solid rocks, break down the consolidated strata, waste and wash away those loosened materials of the mountains, and thus excavate the valleys, as the channels by which an indefinite quantity of materials are to be transported to the sea for the construction of future continents. It is this operation of nature which we see performed, more or less, every day, which some natural philosophers have such difficulty in admitting at all, and which others overlook in seeking for some wonderful operation to produce the effect in a shorter time. The prodigious waste that evidently appears, in many places, to have been made of the solid land, and the almost imperceptible effects of the present agents which appear, have given, occasion to those different opinions concerning that which has already happened, or that natural history by which we are to learn the system of this world. The object which I have in view, is to show, first, that the natural operations of the earth, continued in a sufficient space of time, would be adequate to the effects which we observe; and, secondly, that it is necessary, in the system of this world, that these wasting operations of the land should be extremely slow. In that case, those different opinions would be reconciled in one which would explain, at the same time, the apparent permanency of this surface on which we dwell, and the great changes that appear to have been already made.
Now if, in the indefinite course of time, (which we cannot refuse to nature, and which is only to be traced in those effects), the chymical and mechanical operations of the surface are capable of diminishing the mass of land above the level of the sea, (of which fact the appearances here so well described by M. Reboul, and those which are every where else to be observed, leave no room to doubt); and, if the wise system, of a world sustaining plants and animals, requires the long continuance of a continent above the surface of the sea, What reason have we to look out for any other causes, besides those which naturally arise from that constitution of things? And, Why refuse to see, in this constitution of things, that wisdom of contrivance, that bountiful provision, which is so evident, whether we look up into the great expanse of boundless space, where luminous bodies without number are placed, and where, in all probability, still more numerous bodies are perpetually moving and illuminated for some great end; or whether we turn our prospect towards ourselves, and see the exquisite mechanism and active powers of things, growing from a state apparently of non-existence, decaying from their state of natural perfection, and renovating their existence in a succession of similar beings to which we see no end.