«Le torrent qui porte le nom de Gave de Pau parcourt depuis sa source près des limites de l'Espagne, jusqu'à la petite ville de Lourde, une vallée qui se dirige du sud au nord sur une longueur d'environ dix lieues. Cet espace, qui forme son lit dans l'intérieur des Pyrénées, ressemble moins à une vallée dans la majeure partie de son étendue, qu'à une entaille étroite et profonde, dont les flancs sont souvent coupés à pic d'une hauteur effrayante, et dont le fond est toujours couvert d'une eau écumeuse. Cette long coupure se termine, ainsi que plusieurs de ses branches, aux sommets les plus élevés des Pyrénées, et elle reçoit les eaux qui distillent sans cesse de leur neiges durcies. Sa division géographique est en deux vallées, dont l'une plus voisine de la plain est appelée Lavedan, et dont l'autre ne fait que partie de la contrée qui porte le nom de Barèges.»
From the summit of that ridge of mountains which run from the Atlantic to the Mediterranean, the vallies of the principal rivers run from the south northward towards the plain of France; from this again they turn westward in order to find their way to the sea. The mountains, which then separate these rivers from the plain, are composed of schistus and great collections of water-worn gravel which had come from the mountains of the Pyrénées.
Upon this occasion Mr Reboul observes: «Les ruines amoncelées et la grand quantité de cailloux roulés qui forment ces digues naturelles, invitent sans doute à penser que ce sont les torrens eux-mêmes qui ont comblé leur lit et obstrué leur passage, mais on ne peut concevoir que cet effet ait pu avoir lieu que dans des tems très-reculés, et avant l'entière excavation des vallées. Peut-être paroîtra-t-il naturel d'imaginer que les masses out été produites par le conflit des eaux qui se précipitoient des montagnes et des flots de la mer, lorsqu'elle recouvroit encore les plaines, etc.
«Je ne fatiguerai point le lecteur du dénombrement inutile de tous les bancs pierreux de ces substances qui se succèdent le long de la vallée, et prenant seulement le résultat de mes observations, je me bornerai à dire que depuis Lourde jusqu'à Luz, les parois de la gorge sont alternativement composées de matières argilleuses et calcaires, quelquefois sous la forme de couches diversement inclinées, mais plus souvent fissiles, montrant de feuillets de différentes grandeurs et d'un tissu plus ou moins compacte. Ces schistes hétérogènes sont presque toujours entassés et superposés dans la même montagne, mais en plusieurs endroits un seul genre prédomine, etc. L'espèce d'uniformité qui semble exister dans la composition de ces masses, ne se trouve nullement dans leurs disposition; on chercheroit en vain dans leurs couches une direction et une inclinaison générale et constante, on pourroit tout au plus hazarder à ce sujet de légères conjectures; mais si l'ordre primitif de ces montagnes est dérobé à l'oeil de l'observateur, on trouve à chaque pas des indices certains, des marques évidentes de la manière dont il a été altéré ou détruit.
«Je reconnus d'abord que les mêmes cailloux, les mêmes débris de marbre et d'ardoise qui couvraient le fond de la vallée, et que le Gave entraîne et remplace sans cesse, se trouvent aussi à plusieurs toises au-dessus de son niveau. Je voyois quelquefois les sédimens fluviatiles recouverts et ensevelis sous des grandes masses de pierre feuilletée adhérente à la montagne; levant ensuite les yeux, j'observai que de l'un ou de l'autre côté du torrent, les flancs des montagnes étoient souvent couverts et comme plaqués de semblables masses de schiste, dont les couches et les feuillets offroient toujours des directions contraires à celles des schistes de même nature, auxquels ils étoient adossés. Les eaux du torrent, qui ont sans doute renversé ces couches sur elles-mêmes, y ont déposé des marques de leur passage; elles ont abandonné, engagé sous ces débris mêmes, à des grandes hauteurs, des blocs énormes de granit que le voyageur surpris voit pendre sur sa tête; de pareils blocs arrondis et usés couvrent le fond de la vallée, et opposent quelquefois au torrent une digue qui le fait jaillir et retomber en écume; enfin j'ai suivi les traces de ce courant aux différentes hauteurs des parois du canal où il coule aujourd'hui à plusieurs centaines de toises de profondeur. Il a dû les parcourir toutes successivement en creusant et rétrécissant sont lit et augmentant sa vitesse.
«Les crêtes des sommités qui forment les bords les plus élevés de la gorge, sont escarpées dans la direction du courant. J'ai aperçu quelquefois des portions de montagnes séparées de la crête, ou du sommet principal, et dont les eaux semblent en avoir fait des espèces d'îles, en creusant autour d'elles un fossé profond, où l'on voit fort bien les angles saillans de l'île correspondre aux angles rentrans de la montagne, etc.
«Dans la partie de la vallée où s'observent ces phénomènes, on marche toujours entre deux montagnes resserrées, dont les nuage dérobent souvent les cimes, mais par-tout où les eaux de quelque torrent considérable viennent se réunir à celles du Gave, il s'est formé un bassin d'une étendue moyenne, qui ne fut d'abord vraisemblablement qu'une grande mare d'eau semblable à ces lacs qui existent encore dans le sein des Pyrénées et des Alpes. Ainsi on voit, à une lieu avant Argelès, les montagnes s'écarter, se replier en un vaste circuit, et entourer, comme d'une muraille stérile et ruineuse, des prairies arrosées par mille canaux et par le brouillard des cascades; des coteaux, où l'on voit s'élever, parmi les vergers et les bois, des villages ornés de marbre, des châteaux majestueux et les délicieuses habitations de quelques moines fortunés.
«Le penchant qui borde ce vallon du côté de l'est n'est creusé que par quelques ravins très-inclinés, dont les eaux se précipitent en écume et disparoissent, avant d'arriver au bas de la montagne, sous l'ombre des bois et d'une foule d'habitations rustiques: mais le penchant de l'ouest, plus profondément excavé par les torrens, présentent les issues de trois autres vallées, dont les deux principales vont prendre leurs origine aux limites de l'Espagne; l'autre, plus voisine de la plaine, est à-peu-près dirigée de l'est à l'ouest. Elles s'appelle Estrem de Sales, et joint ses eaux à celles du Gave un peu au-dela de l'extrémité intérieure de ce grand bassin qu'elle a concouru à former. C'est au centre du bassin, auprès du village d'Argelés, que le Gave d'Azun arrive avec fracas, et c'est à son extrêmité supérieure que le Gave de Cautrês s'y précipite en sortant d'une gorge dont l'aspect frappe d'étonnement et d'horreur. Le cours de ces deux Gaves est auprès de leur embouchure oblique à celui du Gave principal; mais ils se replient ensuite vers le centre de la chaîne et deviennent presque parallèles. Auprès de Luz se découvre un autre bassin où se joignent les eaux du Gave à celles du torrent de la Lise, qui n'a creusé qu'un ravin, et à celles du Bastan qui descend d'un vallon très-évasé dans la direction de l'est à l'ouest, où se trouvent les eaux minérales de Barèges. Ce nouveau bassin n'offre que le spectacles d'une vaste prairie bordée de montagnes prodigieuses. Je n'entreprendrai point de rien ajouter ici touchant ces diverses branches de la vallée du Gave Béarnois; chacune d'elles exigeroit une description détaillé, soit à cause de son étendue, soit à cause de la variété de ses phénomènes.
«De Luz à Gavarnie le Gave se trouve de nouveau resserré dans une gorge étroite où les montagnes paroissent encore s'élever et les abîmes s'enfoncer; ses eaux ne coulent plus qu'en cascades bruyantes, et quelquefois le voyageur, qui les voit écumer sous ses pieds du haut du sentier tracé sur la montagne, entend à peine un murmure lointain. On y remarque de nouveau les phénomènes, décrit ci-devant, des pierres feuilletées renversées de leur première direction, des bancs entiers courbés et brisés dans leur chûte, des débris granitiques arrondis par les eaux, déposès à de très-grandes hauteurs dans le fond des ravins où le courant n'existe plus, etc.
«A Gèdre le Gave reçoit les eaux de Héas, lieu devenu célèbre et enrichi par la dèvotion Espagnole. A peine a-t-on passé le torrent, que le granit commence à paroître. Le Gave roule ses eaux sur cette base qu'il entame difficilement: aussi son lit est-il plus large et la gorge moins profonde: le granit se montre enterré sous de grandes montagnes calcaires. Du côté de l'ouest il est presque toujours recouvert de ces masses qu'on distingue de loin à leur teinte grise et blanchâtre mêlée de sillons d'un rouge peu foncé. A l'est les montagnes calcaires laissent le granit à découvert, et lui demeurent comme adossées. Celles qui leur succèdent offrent des marques, effrayantes de décrépitude; leurs crêtes sont démantelées, et leurs flancs sont lésardés et hérissés de rochers suspendus. Le fond de la vallée semble enseveli sous les débris de cette montagne à demi écroulées. On trouve, parmi les ruines, des blocs de plusieurs milliers de pieds cubes. Le Gave les couvre quelquefois de ses eaux, se précipite dans les intervalles qu'ils laissent entr'eux, et renaît comme sous une voûte affaissée. Plusieurs de ces lambeaux affectent sur leurs plans la forme de parallélogrammes et de rectangles; mais ceux que l'on voit encore attachés au corps de la montagne, sont pour la plupart pyramidaux, et sa crête est formée d'une suite de ces pyramides granitiques. Toutefois on ne peut pas se refuser à voir que le granit est ici disposé en couches très-distinctes qui paroissent surmontées dans quelques points des sommités, de bancs calcaire. La direction de ces couches granitiques n'est pas constante dans toute la masse; elles semblent s'incliner vers le sud-ouest du côté de Gavernie, et vers le nord-est du côté de Gèdre. Quoique leurs substance soit mêlées de plusieurs roches hétérogènes, elle est généralement composées de quartz, de feld-spath, et de mica; mais ces deux substances y sont dans un état frappant de décomposition, et semblent quelquefois réduites en chaux de fer.