«La plus profonde tranchée de ce pays est, sans contredit, celle ou coule la Meuse, qui, malgré la dureté des roches d'ardoise et de quartz au travers desquelles elle passe, a coupé le terrain depuis Charleville jusqu'â Givet, à une très-grande profondeur. Dans cette distance, on voit presque par-tout les côtés coupées presque à pic sur la rivière, de deux à trois cents pieds de hauteur perpendiculaire; et comme c'est une règle générale, que plus les côtés sont coupées droites, moins elles sont distantes l'une de l'autre, on conçoit que le canal de la Meuse, dans cette étendue de terrain, doit être fort étroit, eut égard à beaucoup d'autres où il coule un bien moindre volume d'eau. Cela n'empêche pas qu'on n'y aperçoive des marques de la règle général que fait l'eau, et n'y ait taillé des angles saillans et des angles rentrans, qui sont très-grands en certains endroits. Nous verrons que Revin et Fumai, deux lieux principaux des bords de la Meuse, sont situés sur deux de plus grandes de ces ouvertures où se trouvent des platures assez vaste pour permettre, outre un emplacement considérable pour les maisons, l'établissement de beaucoup de jardins, et même des pièces à grain et des prairies. Aussi, quand on arrive sur la tranchée de la Meuse, les lieux et les terrains cultivés qu'on voit dans son fond, paroissent comme séparés sous les autres et comme dans un autre pays.

«Les autres coupures ou ravins de ce pays, quoique moins profonds, offrent cependant cette singularité, remarquée déjà ailleurs, que leurs grandeurs et profondeur ne sont point du tout proportionnées au volume de l'eau qui y coule.

«Le massif sur lequel est situé Beaumont, est coupé presque perpendiculairement à l'ouest, sud-ouest et cette coupe en fait de ce côté-là un rempart inaccessibles, ayant plus de 100 pieds de hauteur. Quand j'ai considéré cette grande coupe, et le détour que fait la petite rivière qui coule au bas de ce massif, je n'ai pus me refuser à croire qu'il n'y avoit en là un bien plus grande courant d'eau, qui a battu et miné ce massif, en s'y brisant avec force; car on ne peut supposer, avec quelque vraisemblance, que cet ouvrage ait été fait par le volume d'eau qui y coule actuellement: et il ne faut pas s'étonner de ce disparate; par-tout vous le trouverez; ce qui démontre évidemment que la quantité d'eau diminue insensiblement, et que la partie solide de notre globe augmente à proportion que la partie liquide diminue; et s'il faut encore étendre ce principe, j'ajouterai, que par-tout vous verrez les bornes de la mer et des rivières reculées; par-tout vous trouverez d'anciens courans d'eau desséchés, et même des rivières considérables, à en juger par les collines ondulées qu'on voit encore. Mais cette partie essentielle de la minéralogie qui est effrayante par les conséquences qu'elle presente, et qui peut influer sur le système général du monde, sera étendue un jour dans un autre memoire, où je décrirai d'anciens cours de rivières de la France, qui n'existent plus. J'espère fair voir alors, appuyé par les faits que me fournira l'histoire, que les rivières et les fleuves actuels ont été plus volumineux qu'ils ne le sont maintenant, et qu'il existoit en France un grande nombre de vastes lacs, comme dans l'Amérique Septentrionale, et dont à peine il nous reste des traces aujourd-hui.»

This opinion of M. Monnet, concerning the diminution of water upon the earth, does not follow necessarily from those appearances which he has mentioned. The surface of the earth is certainly changed by the gradual operations of the running water, and it may not be unfrequent, perhaps, to find a small stream of water in places where a greater stream had formerly run; this will naturally happen upon many occasions, as well as the opposite, by the changes which are produced upon the form of the surface. Likewise the conversion of lakes into plains is a natural operation of the globe, or a consequence of the degradation of the elevated surface of the earth, without there being any reason to suppose that the general quantity of running water upon the land diminishes, or that the boundaries of the various seas are suffering any permanent removal.

Whether we examine the Alps in the Old World, or the Andes in the New, we always find the evidence of this proposition, That the exposed parts of the solid earth are decaying and degraded; that these materials are hauled from the heights to be travelled by the waters over the surface of the earth; and that the surface of the earth is perpetually changing, in having materials moved from one place and deposited in another. But these changes follow rules, which we may investigate; and, by reasoning according to those rules or general laws, upon the present state of things, we may see the operation of those active principles or physical causes in very remote periods of this mundane system, and foresee future changes in the endless progress of time, by which there is, for every particular part, a succession of decay and renovation.

CHAP. XIII.

The same Subject continued.

The Chevalier de Dolomieu, in his most indefatigable search after natural history and volcanic productions, has given us the description of some observations which are much calculated to put this subject in a conspicuous point of view. I give them here as examples of the operation of water wasting the land and forming valleys in a system where every thing is tending to the wisest end or purpose; but they are no less interesting as proper to give us a view of the mineral operations of the globe. That therefore which, according to the order of the subject, ought to be cited in another part of this work, is here necessarily mixed in the narrative of this natural historian.

There is, upon this occasion, such a connection of the facts by which the mineral operations of the earth, either consolidating the materials deposited at the bottom of the sea, or elevating land by the power of subterraneous heat, are to be understood, and of those by which the operations of the surface are to be explained, that while they cannot be separated in this narration, they throw mutual light upon each other. It is in his Mémoire sur les Volcans éteints du Val di Noto en Sicile. Journal de Physique, Septembre 1784.

«Je trouvai les premiers indices de ces volcans, en allant de Syracuse à Sortino, à une lieue de cette ville, au fond du profond vallon qui y conduit. Quelques morceaux de laves entraînés et arrondis par les eaux m'annoncèrent d'avance que j'allois entrer dans un pay volcanique. Mon attention se fixa bientôt après sur un courant de laves que je vis sortir d'une montagne calcaire qui étoit sur ma droite, il étois coupé par une vallon dont les eaux couloient sur un sol calcaire, et alloit se perdre dans le massif également calcaire qui étoit sur ma gauche. Je passai en suite alternativement sur des matières calcaires et volcaniques, pour arriver à Sortino, ville baronale bâtie sur une montagne calcaire qui domine la vallon, et qui lui presente des escarpemens de plus de 200 toises d'élévation, dans lesquels les banc de pierres dure sont horizontaux, et exactement parallèles.»