«Cette excavation est, en petit, une modèle des vastes Quebradas ou profondeurs, et fait comprendre leur origine: elles ne pouvoient être que semblables à celle-ci: tout s'y est passé de même, ou plus tôt ou plus tard. Les flancs en ont été plus ou moins perpendiculaires, jusqu'au moment où ils se sont affaissées, et ont formé des plains inclinés, lorsque l'eau faisant de plus profondes excavations, eut miné la base qui les soutenoit. Ne pouvant plus alors persévérer dans leur premier état, les terrains ont croulé, et ont pris l'inclinaison qu'ils ont conservée depuis. La même chose arrivera nécessairement à ce passage de Conaïca lorsqu'avec le laps du tems, les effets des pluies, de gelées, des rayons solaires, auront fait tomber en ruine ces parois, quoique de roche rive; car ses agens puissans font sentir leur énergie aux corps les plus durs. Ainsi les bords du Chapilancas perdront insensiblement la régularité de leur distance, de leurs côtés rentrans et saillans, après l'avoir peut-être conservée plus long tems que d'autres excavations, parce que c'est une pierre dure, qui n'est mêlée d'aucune veine de terre movible. Nous pouvons le croire sans hésiter; car ce n'est que le seul frottement de l'eau qui a excavé ce lit jusqu'à la profondeur qu'il a. Mais le tems, qui réduit les roches les plus dures en sablon, ira toujours en élargissant la partie inférieure, par son action continuelle et insensible: aussi voit-on ce ruisseau rouler de petites pierres qui se détachent sous les eaux, comme on en apperçoit dans la plaine où il les entraîne, en sortant de la montagne, pour se décharger dans une terrain plus spatieux.
«Que ce canal ait été excavé à cette profondeur par l'effet continuel du frottement des eaux, ou qu'il a été ouvert par une secousse de tremblement de terre qui fit fendre la montaigne, de sorte que le ruisseau qui couloit d'un autre côté, se soit jetté de celui-ci. il est certain que cette ouverture profonde est postérieure à l'arrangement que les terrains eurent après le déluge; et que c'est ainsi que ces énormes Quebradas de la partie méridionale de l'Amérique, se sont formées avec le tems, par le frottement du cours rapide des eaux. En effet, on observe que la force avec laquelle s'écoulent toutes les eaux de cette partie du globe, suffit pour arracher des roches d'une masse extraordinaire. C'est pourquoi l'on voit en certaines parages des marques évidentes de leurs excavations profondes au milieu même des lits de ces eaux. Ce sont des cubes d'une grandeur énorme, qui n'ont pu être détachés avec la même facilité que les parties contiguës. La rivière d'Iscutbaca, qui coule près d'une hameau de même nom, nous présente dans son lit une de ces masses, dont la forme est précisément celle d'une cube. Lorsque l'eau est basse, ce cube s'élève à sept ou huit varas au-dessus du courant: chaque côté porte douze varas de face. Mais ces masses, et autres moindres de différentes formes, qui se voient dans les eaux, ne peuvent être arrivées à cet état, sans que l'eau les ait dégarnies peu-à-peu des pierres, des sables que les envelopoient, et qu'elle a arrachés de tous côtés pour les laisser isolées; or elles se maintiendrons dans cette position, jusqu'à ce que les eaux, cavant de plus en plus, rencontrent enfin à la base des veines de matières friables et dissolubles, qu'elles pénétreront et qu'elles emporteront, en détruisant l'assiette sur laquelle posent ces masses jusqu'alors inamovibles. Une crue d'eau considérable, et qui ne laissera plus paroître qu'une varas de cette masse, pourra dans ce tems-là l'arracher, et la faire rouler; mais ce mouvement, et les chocs qu'elle éprouvera de la part d'autres masses moins grosses, suffiront pour en briser les parties saillantes, et la réduire en parties moins volumineuses, qui rouleront avec plus de facilité; et qui par cette seul cause diminueront encore. C'est à cette cause qu'on doit attribuer ces quantités prodigieuses de pierres répandues ça et là sur les bords de ces eaux, de même que ces roches enormes qu'on y voit détachées, et que jamais les forces humaines n'auroient pu mettre en mouvement.
«Mais pour donner une idée quelconque de la profondeur de ces excavations, relativement au terrain ou au sol habitable de la partie haute de l'Amérique, il est à propos de rapporter quelques expériences.
«Guancavelica est une bourgade, ou un corps municipal, situé dans une de ces profondeurs, formées par différentes suites d'éminences. Le mercure du baromètre y descend, et s'arrête à dix-huit pouces une ligne et demie. Sa plus grande variation y est de 1-1/4 à 1-3/4. Sa hauteur est donc de 1949 toises, ou 4536-2/3 varas au-dessus du niveau de la mer. Au haut du mont où se trouve la mine de mercure, mont qui est habitable par-tout, et qui est immédiatement surmonté par d'autres, autant qu'il s'élève au-dessus de Guancavelica, le mercure descend et s'arrête à 16 pouces 6 lignes. Sa hauteur est donc de 2337-2/3 toises, ou de 5448 varas au-dessus du niveau de la mer. Ainsi les eaux ont encore fait cet autre excavation comme il est facile de le voir par des indices manifestes. On remarque en effet dans la partie voisine de leur lit, des roches détachées, toutes semblables à celles qui sont au milieu des eaux; ce qui prouve que les eaux ont été au même niveau à une époque beaucoup plus ancienne, et qu'elles ont excavé le sol, a force d'en arracher les parties agrégées.
«Ces terrains sont couverts par un si grand nombre de courans, qu'il n'en est aucun ou l'on n'en aperçoive, soit dans des ravins, soit entre des montagnes. J'ai observé que la superficie des terrains qui en avoisine les lits, est plus unie aux confluens, où plusieurs de ces courans se réunissent. Cela vient de ce que l'éminence, qui se trouve au confluent, paroît avoir été diminuée à la partie où elle a du former une pointe saillante, à mesure que les eaux l'ont rongée de l'un ou de l'autres côté, en continuant leurs excavation. Ces surfaces planes sont comme par étages, les unes plus hautes que les autres, et se sont insensiblement formées, selon que l'eau s'est plus ou moins arrêtée à différente hauteur, pendent qu'elle creusoit ces lits. On observe, au contraire, que les bords élevés dans ces courans, n'ont presque point de largeur dans les endroits où l'eau a pu suivre son cours très-directement. C'est cependant sur ces bords étroits et escarpées que se trouvent pratiqués les chemins par où l'on passe. Le danger y est très grand: car à peine un animal peut-il poser le pied. Toutes les fois que le courant fait un détour, la surface des bords a plus de largeur; cependant moins que lorsque plusieurs se réunissent. Un voit facilement pourquoi. L'eau forcée de se détourner, s'éloigne plus de la rive que quand elle va en ligne droite, et ronge ainsi le côté saillant sur lequel elle fait son détour, et qui en devient comme le centre.
«On peut conclure de ce que je viens de dire, à quelle élévation est la partie haute ou montagneuse de l'Amérique, relativement à la partie basse, et qu'il y a des excavations extrêmement profondes; car elles ont, comme je l'ai déjà dit, 1769-2/3 varas perpendiculaires, ou même d'avantages: cependant elles ont assez de surface pour devenir le local de nombre d'habitations fort peuplées, qui en tirent tous les produits nécessaires à la vie. Parmi ces Quebradas, il en est de plus étendues ou de moins profondes que les autres. Or, c'est en ceci que cette partie du monde se distingue de toutes les autres.
«Mais il est indifférent pour mes vues que ces vastes ouvertures soient l'effet des courans d'eau, ou de toute autre cause. Ce que je me propose, est uniquement de montrer qu'elles sont d'autant plus profondes et plus vastes, que ces terrains sont immensément hauts.»
M. Monnet considers the natural operations of water, upon the surface of the earth, as truly forming the shape of that surface; but he draws some very different conclusions from those which I have formed. It is in his Nouveau Voyage Minéralogique, fait dans cette partie du Hainault connue sou le nom de Thiérache. Journal de Physique, Aoust 1784.
«Il ne faut pas s'attendre à trouver dans ce pays des hautes montagnes qui frappent la vue de loin; c'est seulement un pays dont l'élévation est générale sur tout ce qui l'entoure, et est coupé profondément par des vallées ou ravin, ouvrage des eaux, qui, la comme ailleurs, ont use et coupé peu-à-peu les terrains et les roches les plus dures, pour s'ouvrir un passage; et peut-être pourroit-on dire; si la diminution des eaux n'étoit pas trop sensible, qu'un jour ce pays offrira des montagnes hautes est escarpées comme tant d'autres, après que les eaux auront creusé, pendant des milliers de siècles, ses gorges, ses ravins, et diminué la largeur des masses de terrain qui sont entr'eux.
«Quant à present, on ne peut y voir que de petites montagnes, ou plutôt des bosses de terre, avec des platures plus ou moins considérables à leurs sommets, avec de côtés coupées plus ou moins obliquement, ou plus ou moins droites. Ce qu'on y trouve de singulier c'est que ces petites montagnes sont presque toutes plus basses que les plaines qui les avoisinent, encore ne sont elles que dans la partie calcaire.