Cest article ne peult avoir lieu si ce que est dict cy dessus sur larcle 3 nest execute. Item puis que ceulx qui ont tué de sang froid Monseigneur le Prince de Condé et contre la loy de la guerre. Ceulx qui ont emprisonne Monsieur d’Andelot et ce trahistre qui a tué le sr de Mouy ont este hault esleuez et renumirez Messieurs leurs enfans ne peuvent estre remis en leurs honneurs sinon que punition exemplaire soit faicte de si pernicieux hommes de leurs complices & adherens que si Dieu mesmes a desja faict la vangeance d’aucuns (comme il la faict) si leur memoire nest condamne.

Et pour gratifier particulierement lesditz Princes & ceulx de la noblesse qui auront estatz charges & pensions de sadite Mate le Roy les remectra en sesditz estatz charges et pensions pour en jouir ainsy comme dessus est dit.

Cest article ne tend qu’a diviser les grands davec les petis pour les opprimer les ungs apres les autres.

Et quant au faict de la religion le Roy, leur permectra de demeurer & vivre paisiblement dedans son Royaulme en entiere liberté de leur conscience sans estre recerchez en leurs maisons ny les abstreindre a faire chose pour le regard de ladite religion contre leur volunté. Et encores pour plus grande seureté sadite Mate leur accordera deux villes lesquelles le sr de Biron leur nommera, dedans lesquelles ilz pourront faire tout ce que bon leur semblera et quilz vouldront sans estre recerchez. Et neantmoins en chascune desdites villes sadite Mate aura ung Gentilhomme capable & ydoine pour avoir loeil a ce quil ne soit faict chose qui contrevienne a son auctorité & repos de son Royaulme et qui mainctienne ung chacun en paix et repos. Ne voulant sadite Mate quil y ayt au reste de tout son Roiaulme aucun ministre ne quil soit faict autre exercice de religion que de la sienne.

Dautant que cest arcle est le noud de la matière il est aussy captieux en toutes ses parties.

Premièrement il est couché si a propos quon ne scavoit recueillir sil s’entend seulement des Princes et de la noblesse oubien generallement de tous. Et on scait comment on sest servy par cydevant de telles facons de parler.

Secondement il y a de la contradiction manifeste en ce quil est dict expres, quil y aura entiere liberté de conscience et neantmoins quil ny aura point de ministres en France.

Tiercement de limpossibilité, car quelle peut estre la liberté de la conscience ou il n’y a point dexercice de religion? Le Cardinal de Lorraine pense que liberte de conscience et stupidite de conscience soit ung. Or la liberte de conscience est en la liberté de la foy qui est en Christ comment se peut engendrer entretenir et augmenter la foy que par la parolle delaquelle estans privez il ne reste aucune liberté. Le Cardinal se trompe en ce quil pense que la liberté gise a avoir congé de n’aller point a la Messe, de n’aller point aux pardons et choses semblables, mais la liberte de la conscience ne gist point a ne point faire ce qui est mauvais, mais a faire ce qui est bon. La verite dict qui oyt ma parolle et qui la mect en effect est bien heureux. Il sensuyt doncq que qui ne loyt point est malheureux Il ne dit point qui ne va point a la Messe. En somme notre liberte nest point composee de negatives, mais fondee sur propositions affirmatives quil fault faire. Item si le Cardinal ne peut comprendre quelle est ceste liberté des Chrestiens, comme il ne peult ne luy ne quiconques soit en ce monde sil n’est regendre denhault, au moins peult il bien entendre que quand nous n’avons moyen de contracter mariages, baptizer les enfans, et enterrer noz mortz que nous n’avons aucune liberté en noz consciences, mainctenant quil me dise comment (ayans en horrer les actes de la papauté) nous pouvons faire ces choses estans privez du ministere de la parolle de Dieu, et consequemment de pasteurs legitimes, mais il semble que nous sommes comme luy cest adire que la religion ne nous est que jeu et que nous serions contentz que tous le monde vinst en Atheisme comme il est certain que si cest arcle avoit lieu avant peu de temps la France seroit pleine de Payens et en peu de temps il seroit a craindre comme desja il est de trop, que ce mauvais conseil ne fust dommageable a ceulx qui l’ont donné et mesmes a tout lestat en general.

Quartement, cest arcle est ung piege pour attrapper tous ceulx qu’on vouldra exposer a la mercy dung juge de village, car jusques on sestendra ceste liberté? Si ung homme prie soir et matin ou a quelque autre heure du jour, on dire quil aura faict acte de ministere comme on trouvera desja assez de gens condamnez voire a la mort et executez pour avoir prie Dieu, si on chante ung pseaume en sa maison ou en sa bouticque on en sera recerché car on dira comme il a esté desja souvent juge que cest autre exercice que de la religion du Roy cest adire de ceulx qui sont prez de sa personne qui toutesfois nen ont point du tout. Si on lit en la bible ou en quelque bon livure si ung maistre apprend a ung enfant a lire dedans ung nouveau testament, si on luy apprend son oraison en francoys on sera en peine. Brief, accorder aux hommes une telle liberté de conscience est autant comme qui osteroit les fers a ung homme et neantmoins on luy osteroit aussy tous les moyens de recouvrer pain et vin et le laisserait en mourir de faim.

Finallement quant aux villes qui nommera le Sr de Biron, on verra quils nommera ou des bicocques ou sil nomme de bonnes villes que ce sera pour praticquer de les aliener de la cause commune soubz lumbre de quelque promesse; mais quoy quil y ayt, comment se peult accorder que dedans ces villes on fera ce quon vouldra, et quil y ayt ung Gentilhomme qui y commande, il est aise a juger que mectre ung homme de Commandement dedans une place, cest lavoir a se devotion toutesfois et quantes et quand cela ne sera point, quest ce que deux villes en France quelques grandes et fortes quelles puissent estre les forces estans une fois rompues et divisees, et mesmes en ung si grand Royaulme quelle commodite pourraient apporter deux villes a ceulx qui en seraient infiniment eslougnez, mais le but de tout cela est faictes comme en lan 1568, et on vous traictera aussy de mesmes.