ASSUÉRUS, HYDASPE, ASAPH, SUITE D'ASSUÉRUS.
ASSUÉRUS.
Ainsi donc, sans cet avis fidèle,
Deux traîtres dans son lit assassinaient leur roi?
Qu'on me laisse, et qu'Asaph seui demeure avec moi.
SCÈNE III.
ASSUÉRUS, ASAPH.
ASSUÉRUS, assis sur son trône.
Je veux bien l'avouer: de ce couple perfide
J'avais presque oublié l'attentat parricide; 530
Et j'ai pâli deux fois au terrible récit
Qui vient d'en retracer l'image à mon esprit.
Je vois de quel succès leur fureur fut suivie,
Et que dans les tourments ils laissèrent la vie.
Mais ce sujet zélé qui, d'un oeil si subtil, 535
Sut de leur noir complot développer le fil,
Qui me montra sur moi leur main déjà levée,
Enfin par qui la Perse avec moi fut sauvée,
Quel honneur pour sa foi, quel prix a-t-il reçu?
ASAPH.
On lui promit beaucoup: c'est tout ce que j'ai su. 540
ASSUÉRUS.
O d'un si grand service oubli trop condamnable!
Des embarras du trône effet inévitable!
De soins tumultueux un prince environné
Vers de nouveaux objets est sans cesse entraîné;
L'avenir l'inquiète, et le présent le frappe, 545
Mais plus prompt que l'éclair, le passe nous échappe;
Et de tant de mortels, à toute heure empressés
A nous faire valoir leurs soins intéressés,
Il ne s'en trouve point qui, touchés d'un vrai zèle,
Prennent à notre gloire un intérêt fidèle, 550
Du mérite oublié nous fassent souvenir;
Trop prompts à nous parler de ce qu'il faut punir.
Ah! que plutôt l'injure échappe à ma vengeance,
Qu'un si rare bienfait à ma reconnaissance!
Et qui voudrait jamais s'exposer pour son roi? 555
Ce mortel qui montra tant de zèle pour moi,
Vit-il encore?