Doc. Inéd., p. 32.: Corresp. vol. 28, p. 334.

AU MARÉCHAL NEY.

Mon cousin, je vous envoie mon aide de camp, le général Flahaut, qui vous porte la présente lettre. Le major général a dû vous donner des ordres; mais vous recevrez les miens plus tôt, parce que mes officiers vont plus vite que les siens. Vous recevrez l’ordre de mouvement du jour, mais je veux vous en écrire en détail parce que c’est de la plus haute importance. Je porte le maréchal Grouchy avec les 3e et 4e corps d’infanterie sur Sombref. Je porte ma garde à Fleurus et j’y serai de ma personne avant midi. J’y attaquerai l’ennemi si je le recontre, et j’éclairerai la route jusqu’ à Gem bloux. Là, d’après ce qui se passera, je prendrai mon parti, peut-être à trois heures après midi, peut-être ce soir. Mon intention est que, immédiatement après que j’aurai pris mon parti, vous soyez prêt à marcher sur Bruxelles. Je vous appuierai avec la Garde, qui sera à Fleurus ou à Sombref, et je désirerais arriver à Bruxelles demain matin. Vous vous mettriez en marche ce soir même, si je prends mon parti d’assez bonne heure pour que vous puissiez en être informé de jour et faire ce soir 3 ou 4 lieues et être demain à 7 heures du matin à Bruxelles. Vous pouvez donc disposer vos troupes de la manière suivante. Première division à deux lieues en avant des Quatre-Chemins, s’il n’y a pas d’inconvénient. Six divisions d’infanterie autour des Quatre-Chemins et une division à Marbais, afin que je puisse l’attirer à moi à Sombref, si j’en avais besoin. Elle ne retarderait d’ailleurs pas votre marche. Le corps du comte de Valmy, qui a 3,000 cuirassiers d’élite, à l’intersection du chemin des Romains et de celui de Bruxelles, afin que je puisse l’attirer à moi, si j’en avais besoin; aussitôt que mon parti sera pris, vous lui enverrez l’ordre de venir vous rejoindre. Je désirerais avoir avec moi la division de la Garde que commande le général Lefebvre Desnoëttes, et je vous envoie les deux divisions du corps du comte de Valmy pour la remplacer. Mais, dans mon projet actuel, je préfère placer le comte de Valmy de manière à le rappeler si j’en avais besoin, et ne point faire faire de fausses marches au général Lefebvre Desnoëttes, puisqu’il est probable que je me déciderai ce soir à marcher sur Bruxelles avec la Garde. Cependant, couvrez la division Lefebvre par les deux divisions de cavalerie d’Erlon et de Reille, afin de ménager la Garde; s’il y avait quelque échauffourée avec les Anglais, il est préférable que ce soit sur le ligne que sur la garde. J’ai adopté comme principe général pendant cette campagne, de diviser mon armée en deux ailes et une réserve. Votre aile sera composée des quatre divisions du 1er corps, des quatre divisions du 2e corps, de deux divisions de cavalerie légère, et de deux divisions du corps du Comte de Valmy. Cela ne doit pas être loin de 45 à 50 mille hommes.

Le maréchal Grouchy aura à peu près la même force, et commandera d’aile droite. La Garde formera la réserve, et je me porterai sur l’une ou l’autre aile, selon les circonstances. Le major général donne les ordres les plus précis pour qu’il n’y ait aucune difficulté sur l’obéissance à vos ordres lorsque vous serez détaché; les commandants de corps devant prendre mes ordres directement quand je me trouve présent. Selon les circonstances, j’affaiblirai l’une ou l’autre aile en augmentant ma réserve. Vous sentez assez l’importance attachée a la prise de Bruxelles. Cela pourra d’ailleurs donner lieu a des incidents, car un mouvement aussi prompt et aussi brusque isolera l’armée anglaise de Mons, Ostende, etc. Je désire que vos dispositions soient bien faites pour qu’au premier ordre, vos huit divisions puissent marcher rapidement et sans obstacle sur Bruxelles.

Charleroi, le 16 juin 1815.
N.


XIX.
COUNT REILLE’S LETTER TO NEY: June 16, 1815.

Doc. Inéd., p. 37.

A M. LE MARÉCHAL Prince de la Moskowa.