[92:1] Private Correspondence of David Hume with several distinguished persons, between the years 1761 and 1776. London, 1820, 4to.

[93:1] Private Correspondence, p. 269.

[94:1] MS. R.S.E.

[97:1] Depuis long-tems, Monsieur, je suis combattue par des sentimens contraires. L'admiration que me cause votre sublime ouvrage, et l'estime qu'il m'inspire pour votre personne, vos talents, et votre vertu, m'ont fait naître souvent le désir de vous écrire, pour vous exprimer les sentimens dont je suis profondément pénétrée. D'un autre côté, considérant que je vous suis inconnue, le peu de prix que doit avoir mon suffrage, la réserve et l'obscurité même qui convient à mon sexe: j'ai craint d'être accusée de présomption, et de me faire connoître à mon désavantage, d'un homme de qui je regarderai toujours la bonne opinion comme le bien le plus flatteur et le plus précieux. Néanmoins, puisque les réflexions que j'ai faites à cet égard ne paroissent avoir beaucoup de force, un penchant irrésistible les rend infructueuses, et je vais ajouter mon exemple à mille autres, pour justifier la vérité de cette remarque que j'ai lue dans votre histoire de la Maison de Stuard,—"Men's views of things are the result of their understanding alone; their conduct is regulated by their understanding, their temper, and their passions,"—puisque quand ma raison me dit que je devrais me tenir dans le silence, l'enthousiasme, où je suis, m'empêche de le pouvoir garder.

Quoique femme, et dans un âge qui n'est pas encore avancé, et malgré la dissipation de la vie qu'on tient dans ce pays, ayant toujours aimé la lecture, il est peu de bons livres, en quelque langue et en quelque genre que ce soit, que je n'ai lus, ou dans l'original, ou dans les traductions; et je puis vous assurer, monsieur, avec une sincérité qui ne doit pas vous être suspecte, que je n'ai trouvé aucun qui réunit à mon jugement, autant de perfections que le vôtre. Je ne sais point de termes qui puissent vous rendre ce que j'aprouve en lisant cet ouvrage. Je me suis attendrie, transportée, et l'émotion qu'il me cause est en quelque façon pénible par sa continuité. Il élève l'âme, il remplit le cœur de sentimens d'humanité et bienfaisance. Il éclaire l'esprit, et en lui montrant la véritable félicité intimement liée à la vertu, il lui découvre par le même rayon le seul et unique but de tout être raisonnable. Au milieu des calamités qui environnent de toutes parts le Roi Charles Premier, l'on voit la paix et la sérénité briller avec éclat et l'accompagner sur l'échafaud; tandis que le trouble et les remords, cortége inséparable du crime, suivent les pas de Cromwell et s'asseyent sur le trône avec lui. Votre livre apprend encore combien l'abus est voisin des meilleures choses, et les réflexions qu'il fait faire à ce sujet, doit [doivent] augmenter la vigilance et la défiance de soi-même. Il anime d'une noble émulation, il inspire l'amour de la liberté, et instruit en même tems à la soumettre au gouvernement sous lequel on est obligé de vivre. En un mot c'est un terra fecunda de morale et d'instructions présentées avec des couleurs si vives qu'on croit les voir pour la première fois.

La clarté, la majesté, la simplicité touchante de votre style, me ravit. Les beautés sont si frappantes, que malgré mon ignorance dans la langue Angloise, elles n'ont pu m'échapper. Vous êtes, Monsieur, un peintre admirable. Vos tableaux ont une grâce, un naturel, une énergie, qui surpasse ce que l'imagination même peut attendre.

Mais quelles expressions employerai-je pour vous faire connoitre l'effet que produit sur moi votre divine impartialité? J'avois besoin en cette occasion de votre propre éloquence, pour bien rendre ma pensée. En vérité je crois avoir devant les yeux l'ouvrage de quelque substance céleste, dégagé des passions, qui pour l'utilité a daigné écrire les évènemens de ces derniers tems.

Je n'ose ajouter, que dans tout ce qui sort de votre plume vous vous montrez un philosophe parfait, un homme d'état, un historien plein de génie, un politique éclairé, un vrai patriote, toutes ces sublimes qualités sont si fort au dessus des connoissances d'une femme, qu'il me convient peu d'en parler; et j'ai déjà grand besoin de votre indulgence pour les fautes que j'ai commises centre la discrétion et la bienséance par l'excès de ma vénération pour votre mérite. Je vous la demande, Monsieur, et en même tems le plus profond secret. La démarche que je fais a quelque chose d'extraordinaire. Je craindrois qu'elle ne m'attirât le blâme, et je serois fâchée que le sentiment qui me l'a dictée pût être inconnu. J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissante servante,

Hyppolyte de Saujon, Comtesse de Boufflers.

On me dit, Monsieur, que vous avez en vue de venir en France, à Paris. Je souhaite bien vivement que vous exécutiez cette résolution, et pouvoir contribuer à vous en rendre le séjour agréable.