Sentence de mort ayant esté prononcée à l'encontre de Collette Du Mont, veuve de Jean Becquet, Marie, sa fille, femme de Pierre Massy, et Isbel Becquet, femme de Jean Le Moygne, auroyent icelles confessé comme suit:—
CONFESSION DE COLLETTE DU MONT.
Premier, la diste Collette immediatement appres la dyte sentence donnée, et avant que de sortir de l'auditoire, a librement recognu qu'elle estoit Sorciere; toutesfois ne voulant particularizer les crimes qu'auroit commis a esté conduite avec les autres en la Maison de la Question, et la dite question luy estant applicquée, a confessé qu'elle estoit encore jeune lors que le Diable en forme de chat: s'aparut à elle: en la Paroisse de Torteval: lors qu'elle retournoit de son bestiall, estant encore jour, et qu'il print occasion de la seduire, par l'inciter à se venger d'un de ses voisins avec lequell elle estoit pour lors en querelle pour quelque domage qu'elle auroit receu par les bestes d'yceluy; que depuis lors qu'elle avoit eu querelle avec quelcun, ill se representoit à elle en la susdite forme: et quelquefois en forme de chien: l'induisant à se venger de ceux contre lesquels elle estoit faschée: la persuadant de faire mourir des personnes et bestes.
Que le Diable l'estant venue querir pour aller au Sabat, l'appelloit sans qu'on s'en apperceust: et luy bailloit ung certain onguent noir, duquel (appres s'etre despouillée) elle se frotoit le dos, ventre et estomac: et s'estant revestuë, sortoit hors son huis, lors estoit incontinent emportée par l'air d'une grande vitesse: et se trouvoit a l'instant au lieu du Sabat, qui estoit quelquefois pres le cimetiere de la paroisse: et quelques autres fois pres le rivage de la mer, aux environs du Chateau de Rocquaine: là où estant arivée s'y rencontroit souvent quinze ou saize Sorciers et Sorcieres avec les Diables, qu'y estoient là en forme de chiens, chats, et lievres: lesquels Sorciers et Sorcieres elle n'a peu recognoistre, parce qu'ils estoyent tous noircis et deffigurés: bien est vray avoir ouy le Diable les evocquer par leur noms, et se souvaient entre autres de la Fallaise, et de la Hardie; dit confesse qu'a l'entrée du Sabath: le Diable les voulant esvosquer commencoit par elle quelquefois. Que sa fille Marie, femme de Massy, à present condamnée pour pareill crime, est Sorciere: et qu'elle la menée par deux fois au Sabath avec elle: ne scait par où le Diable la merchée: qu'au Sabath appres avoir adoré le Diable, lequell se tenoit debout sur ses pieds de derriere, ils avoient copulation avec luy en forme de chien; puis dansoyent dos a dos. Et appres avoir dansé, beuvoyent du vin (ne scait de quelle couleur), que le Diable versoit hors d'un pot en ung gobelet d'argent ou d'estrain; lequell vin ne luy sembloit sy bon que celuy qu'on boit ordinarement; mangeoist aussy du pain blanc quj leur presentoit—n'a jamais veu de sell au Sabath.
Confesse que le Diable luy avoit donné charge d'appeler en passant Isebell le Moygne: lors quelle viendroit au Sabath, ce qu'elle a fait diverses fois. Qu'au partir du Sabath le Diable l'incitoit à perpetrer plusieurs maux: et pour cest effect luy bailloit certaines pouldres noires, qu'il lui commandoit de ietter sur telles personnes et bestes qu'elle voudroit; avec laquelle pouldre elle a perpetré plusieurs maux desquels ne se souvient: entres autres en ietta sur Mes Dolbell, ministre de la paroisse: et fut occasion de sa mort par ce moyen. Par ceste mesme pouldre ensorcela la femme de Jean Maugues: toutesfois nie qu'elle soit morte par son sort: qu'elle toucha par le costé, et ietta de ceste pouldre sur la femme defuncte de Mr Perchard, successeur ministre du dit Dolbell, en ycelle paroisse, ycelle estant pour lors enceinte, tellement qu'elle la fist mourir et son fruit—ne scait quelle occasion luy fut donnée par la dite femme.
Que sur le refus que la femme de Collas Tottevin luy fist de luy donner du laict: elle fist assecher sa vache, en iettant sur ycelle de ceste pouldre: laquelle vache elle regarit par appres en luy faisant manger du son, et de l'herbe terrestre que le Diable lui bailla.
[TRANSLATION.]
Sentence of Death having been pronounced against Collette Du Mont, widow of Jean Becquet; Marie, her daughter, wife of Pierre Massy; and Isabel Becquet, wife of Jean Le Moygne; the same have confessed as follows:—
CONFESSION OF COLLETTE DU MONT.
First, the said Collette immediately after the said sentence was pronounced, and before leaving the Court, freely admitted that she was a Witch; at the same time, not wishing to specify the crimes which she had committed, she was taken, along with the others, to the Torture Chamber, and the said question being applied to her, she confessed that she was quite young when the Devil, in the form of a cat: appeared to her: in the Parish of Torteval: as she was returning from her cattle, it being still daylight, and that he took occasion to lead her astray by inciting her to avenge herself on one of her neighbours, with whom she was then at enmity, on account of some damage which she had suffered through the cattle of the latter; that since then when she had a quarrel with anyone, he appeared to her in the aforesaid form: and sometimes in the form of a dog: inducing her to take vengence upon those who had angered her: persuading her to cause the death of persons and cattle.