"On ne croit plus en Dieu, mais on croit pieusement en M. Gambetta, en MM. Marcou, Naquet, Barodet, Tartempion, etc., et en toute une longue litanie de saints et de dii minores tels que Goutte-Noire, Polosse, Boriasse et Silibat, le héros lyonnais.

"On croit à 'l'immuabilité' de M. Thiers, qui a dit avec aplomb 'Je ne change jamais,' et qui aujourd'hui est à la fois le protecteur et le protégé de ceux qu'il a passé une partie de sa vie à fusilier, et qu'il fusillait encore hier.

'On croit au républicanisme 'immaculé' de l'avocat de Cahors qui a jeté par-dessus bord tous les principes républicains,—qui est à la fois de son côté le protecteur et le protégé de M. Thiers, qui hier l'appelait 'fou furieux,' déportait et fusillait ses amis.

"Tous deux, il est vrai, en même temps protecteurs hypocrites, et protégés dupés.

"On ne croit plus aux miracles anciens, mais on croit à des miracles nouveaux.

"On croit à une république sans le respect religieux et presque fanatique des lois.

"On croit qu'on peut s'enrichir en restant imprévoyants, insouciants et paresseux, et autrement que par le travail et l'économie.

"On se croit libre en obéissant aveuglément et bêtement à deux ou trois coteries.

"On se croit indépendant parce qu'on a tué ou chassé un lion et qu'on l'a remplacé par deux douzaines de caniches teints en jaune.

"On croit avoir conquis le 'suffrage universel' en votant par des mots d'ordre qui en font le contraire du suffrage universel,—mené au vote comme on mène un troupeau au pâturage, avec cette différence que ça ne nourrit pas.—D'ailleurs, par ce suffrage universel qu'on croit avoir et qu'on n'a pas,—il faudrait croire que les soldats doivent commander au général, les chevaux mener le cocher;—croire que deux radis valent mieux qu'une truffe, deux cailloux mieux qu'un diamant, deux crottins mieux qu'une rose.