[46] “Quand il s’agit de représenter dans une autre langue les choses, les pensées, les expressions, les tours, les tons d’un ouvrage; les choses telles qu’elles sont sans rien ajouter, ni retrancher, ni déplacer; les pensées dans leurs couleurs, leurs degrés, leurs nuances; les tours, qui donnent le feu, l’esprit, et la vie au discours; les expressions naturelles, figurées, fortes, riches, gracieuses, délicates, &c. le tout d’après un modele qui commande durement, et qui veut qu’on lui obéisse d’un air aisé; il faut, sinon autant de génie, du moins autant de gout pour bien traduire, que pour composer. Peut-être même en faut il davantage. L’auteur qui compose, conduit seulement par une sorte d’instinct toujours libre, et par sa matiere qui lui présente des idées, qu’il peut accepter ou rejetter à son gré, est maitre absolu de ses pensées et de ses expressions: si la pensée ne lui convient pas, ou si l’expression ne convient pas à la pensée, il peut rejetter l’une et l’autre; quæ desperat tractata nitescere posse, relinquit. Le traducteur n’est maitre de rien; il est obligé de suivre partout son auteur, et de se plier à toutes ses variations avec une souplesse infinie. Qu’on en juge par la variété des tons qui se trouvent nécessairement dans un même sujet, et à plus forte raison dans un même genre.——Quelle idée donc ne doit-on pas avoir d’une traduction faite avec succès?”—Batteux de la construction Oratoire, par. 2.
[47] ΓΝ. Τι τοῦτο; παιεις ω Τιμων; μαρτυρομαι· ω Ηρακλεις· ιου, ιου. Προκαλοῦμαι σε τραυματος εις Αρειον παγον· Τιμ. Και μεν αν γε μακρον επιβραδυνης, φονον ταχα προκεκληση με. Lucian, Timon.
[48] Και ὅλως πανσοφον τι χρημα, και πανταχοθεν ακριβες, και ποικιλως εντελες· οιμωξεται τοιγαρουν ουκ εις μακραν χρηστος ων. Lucian, Timon.
[49] Αντι του τεως Πυρριου, η Δρομωνος, η Τιβιου, Μεγακλης, Μεγαβυζος, η Πρωταρχος μετονομασθεις, τους ματην κεχηνοτας εκεινους εις αλληλους αποβλεποντας καταλιπων, &c. Lucian, Timon.
[50] The following apology made by D’Ablancourt of his own version of Tacitus, contains, however, many just observations; from which, with a proper abatement of that extreme liberty for which he contends, every translator may derive much advantage.
Of Tacitus he thus remarks: “Comme il considere souvent les choses par quelque biais étranger, il laisse quelquefois ses narrations imparfaites, ce qui engendre de l’obscurité dans ses ouvrages, outre la multitude des fautes qui s’y rencontrent, et le peu de lumière qui nous reste de la plupart des choses qui y sont traitées. Il ne faut donc pas s’étonner s’il est si difficile à traduire, puisqu’il est même difficile à entendre. D’ailleurs il a accoutumé de méler dans une même période, et quelquefois dans une même expression diverses pensées qui ne tiennent point l’une à l’autre, et dont il faut perdre une partie, comme dans les ouvrages qu’on polit, pour pouvoir exprimer le reste sans choquer les délicatesses de notre langue, et la justesse du raisonnement. Car on n’a pas le même respect pour mon François que pour son Latin; et l’on ne me pardonneroit pas des choses, qu’on admire souvent chez lui, et s’il faut ainsi dire, qu’on revere. Par tout ailleurs je l’ai suivi pas à pas, et plutôt en esclave qu’en compagnon; quoique peut-être je me pusse donner plus de liberté, puisque je ne traduis pas un passage, mais un livre, de qui toutes les parties doivent être unies ensemble, et comme fondues en un même corps. D’ailleurs, la diversité qui se trouve dans les langues est si grande, tant pour la construction et la forme des périodes, que pour les figures et les autres ornemens, qu’il faut à touts coups changer d’air et de visage, si l’on ne veut faire un corps monstrueux, tel que celui des traductions ordinaires, qui sont ou mortes et languissantes, ou confuses et embrouillées, sans aucun ordre ni agrément. Il faut donc prendre garde qu’on ne fasse perdre la grace à son auteur par trop de scrupule, et que de peur de lui manquer de foi en quelque chose, on ne lui soit infidèle en tout: principalement, quand on fait un ouvrage qui doit tenir lieu de l’original, et qu’on ne travaille pas pour faire entendre aux jeunes gens le Grec ou le Latin. Car on fait que les expressions hardies ne sont point exactes, parce que la justesse est ennemie de la grandeur, comme il se voit dans la peinture et dans l’ecriture; mais la hardiesse du trait en supplée le défaut, et elles sont trouvées plus belles de la sorte, que si elles étoient plus régulières. D’ailleurs il est difficile d’etre bien exact dans la traduction d’un auteur qui ne l’est point. Souvent on est contraint d’ajouter quelque chose à sa pensée pour l’eclaircir; quelquefois il faut en retrancher une partie pour donner jour à tout le reste. Cependant, cela fait que les meilleures traductions paroissent les moins fideles; et un critique de notre tems a remarqué deux mille fautes dans le Plutarque d’Amyot, et un autre presqu’autant dans les traductions d’Erasme; peut-être pour ne pas savoir que la diversité des langues et des styles oblige à des traits tout differens, parce que l’Eloquence est une chose si delicate, qu’il ne faut quelquefois qu’une syllabe pour la corrompre. Car du reste, il n’y a point d’apparence que deux si grands hommes se soient abusés en tant de lieux, quoiqu’il ne soit pas étrange qu’on se puisse abuser en quelque endroit. Mais tout le monde n’est pas capable de juger d’une traduction, quoique tout le monde s’en attribuë la connoissance; et ici comme ailleurs, la maxime d’Aristote devroit servir de regle, qu’il faut croire chacun en son art.”
[51] A striking resemblance to this beautiful apostrophe “Ahi padri irragionevoli,” is found in the beginning of Moncrif’s Romance d’Alexis et Alis, a ballad which the French justly consider as a model of tenderness and elegant simplicity.
Pourquoi rompre leur mariage,
Mechans parens?
Ils auroient fait si bon menage