The concluding letter of Thiers on the great question shows that, however open he may have been to our charge (which may be unfounded) of a natural abhorrence of the English, yet that such dislike was by no means inconsistent with a full appreciation and staunch recognition of the advantages to be derived from their political co-operation. He appears, in this letter, to attribute just a little too much importance to Mr. Greville’s so-called mission. This was scarcely a matter of sufficient consequence to excite the suspicion of so experienced a statesman.

“Paris, ce Dimanche, 7 Février, 1847.

“Mon cher Panizzi,

Voilà notre discussion sur les mariages espagnols terminée. On a beaucoup attaqué l’Alliance Anglaise, mais je l’ai plus vivement défendue; j’ai cherché surtout à la populariser en lui donnant son véritable motif, la défense de la liberté du peuple, et de l’indépendance des Etats Européens. Je crois pouvoir dire que dans la Chambre des Députés l’immense majorité comprend et souhaite l’Alliance Anglaise, et déplore la conduite de M. Guizot. Son imprudent discours d’avant-hier a confondu tout le monde; son attaque si rude contre Lord Palmerston (imprudemment, coupablement), son démenti de mauvais goût à Lord Normanby, ont généralement surpris. De toutes parts on se demandait ce qu’il voulait, et par quels motifs il était dirigé. Alors on est revenu sur l’origine même du débat, et sur la faute qu’il avait commise, lorsque je lui offrais de ne pas discuter, de vouloir lui-même une discussion. Craignant en effet de jouer le rôle de boute-feu, qui n’est et ne fut jamais le mien, j’avais précisé entre lui et moi la situation.—Convenons, avais-je dit, que nous nous tairons, pour ne pas provoquer entre la France et l’Angleterre plus d’irritation qu’il n’y en a, et qu’il soit clair que ni l’un ni l’autre ne recule.—Pas du tout: M. Guizot n’a rien voulu admettre, et s’est obstiné à répondre qu’il n’invoquait pas mon silence, et qu’il était prêt à discuter. Alors j’ai été forcé d’ouvrir la lutte pour ne pas paraître reculer. Aujourd’hui que tout le monde comprend la gravité de ce qu’il a dit, on lui reproche son imprudente morgue, et l’aveuglement avec lequel il s’est jeté dans le débat. On est fort impatient de savoir comment tout cela va tourner chez vous. Beaucoup de gens croyaient et disaient que M. Guizot avait l’espérance de la retraite de Lord Palmerston, et d’une désunion dans le Cabinet Whig; d’autres affirment (et je suis sûr que ceux-ci ont raison) qu’il a voulu venger le Roi des attaques dont il est l’objet en Angleterre, afin de se l’attacher. Voici en effet ce qui est certain. Le Roi est devenu fort douteux pour M. Guizot. M. Guizot lui-même, malgré sa morgue, commence à douter de la solidité de l’appui royal. Je suis certain de ce que je vous dis ici. Des confidences très-sûrement informées ne m’ont laissé aucun doute à cet égard. Avant-hier j’ai pu me convaincre d’un changement notable par mes propres yeux. J’étais invité au spectacle de la Cour avec 7 ou 800 personnes, par conséquent sans faveur aucune; mais j’ai reçu un accueil qu’on ne m’avait pas fait depuis bien des années, et c’est toujours ainsi quand on commence à s’ébranler. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas un homme sage qui ne trouve insensé le langage de M. Guizot.

Je voulais, dans ma dernière, vous dire un mot de M. Gréville. Je ne sais ce qu’il est venu faire ici, mais il a fini par m’être très-suspect. Je l’ai un peu raillé le jour de son départ, et il en était piqué. Il a passé sa vie chez Mme. de Lieven, chez M. Guizot, et tenait ici le langage d’un pur Guizotin. M. Guizot était, suivant lui, un personnage inviolable, et il fallait n’en rien dire. Je lui ai dit: “Mon cher Monsieur Gréville, vous êtes une éponge tombée dans le liquide Lieven, et quand on vous presse, il n’en sort que ce liquide. Prenez garde! ce n’est que du liquide de vieille femme.”—Je crois franchement que M. Gréville n’est pas bien sûr, et qu’il avait quelque commission particulière, je ne sais pour qui, mais qui n’irait pas dans le sens des vieux révolutionnaires comme vous et moi.

Je fais toujours des vœux pour que la coterie Européenne dont M. Guizot est l’instrument, et qui a pour but de comprimer Suisses, Allemands, Italiens, soit battue partout, à Paris et à Londres. Mille et mille amitiés.

A. T.

J’espère que vous ne mettrez plus M. Gréville au nombre de mes agents diplomatiques.

Avez-vous reçu un paquet affranchi de Moniteurs? Répondez-moi bien vite et dites-moi ce qui en est d’un bruit répandu ici par le Ministère et les Holland, que le Cabinet Whig est divisé. Tout à vous.

Nos petits scissionnaires qui avaient fait un système pour la circonstance, dirigé contre l’Angleterre, ont été battus à plate-couture; ils sont couverts de ridicule.