Il y a un mot que j’ai dit, et dont on voudra m’excuser. Le texte vrai répondra à tout. J’ai dit que les Whigs étaient détestés de l’Europe. Cela est vrai; c’est le motif qui doit nous porter à nous unir les uns et les autres. J’ai dit cela pour faire sentir à la France que les Whigs et nous étions des frères en Jésus-Christ, c’est-à-dire en révolution. J’ai laissé échapper un mot que j’ai repris: c’est que Lord Palmerston était odieux à l’Europe, c’est-à-dire aux trois Cabinets signataires de l’acte de Cracovie. Veillez à ce qu’on n’abuse pas de ce mot.

Quant à moi, j’ai voulu, hier, rendre un service à l’alliance des deux pays, a l’humanité, à la civilisation, que les Whigs, unis aux Libéraux Français, peuvent seuls sauver. Je suis épuisé de fatigue. Je ferai mon devoir jusqu’au bout. Mille et mille amitiés.

A. Thiers.

Répondez-moi que vous avez reçu ce paquet. Pourriez-vous faire que les journaux anglais traduisissent mon discours sur le Moniteur. Je vais faire imprimer mon discours à part; je vous en enverrai des exemplaires.”

In his next letter Thiers indulges in forebodings which, though under the circumstances most reasonable, were fortunately unfulfilled. The trickery of Guizot revealed in his contrivance of the Spanish Marriages, might well give rise to coolness between England and France, but was, happily, not likely to be the foundation of any deep feeling of rancune, still less to be requited by a mauvais tour on the part of the English Cabinet:—

“Mon cher Panizzi,

Je vous écris quelques mots pour vous faire connaître la situation et le changement qu’elle vient de subir. Les discours de votre tribune ont produit ici un effet singulier. Le sentiment de tout le monde c’est que tout est fini; on va jusqu’à dire que vous n’aurez pas de discussion à votre tribune sur l’affaire des mariages. Je vous prie de me dire ce qui en est, et de me le dire par le retour du courrier. Nous passerions pour des boute-feux, et, ce qui est pire, nous le serions, si la querelle s’apaisant nous venions la ranimer. Quant à moi, je reprochais surtout à nos ministres d’avoir rompu l’alliance avec les Whigs, pour la misérable affaire des mariages. Si cette sotte affaire ne nous a pas brouillés, ce dont je m’applaudis fort, notre grief est sans valeur, et il serait ridicule d’attaquer M. Guizot pour une telle chose. Nous aurions une sotte tournure si nous venions faire grave une affaire qui ne l’est pas. Je crains seulement une chose, c’est que la rancune reste au fond, tandis que les termes se seront adoucis. M. Guizot triomphera de la douceur du langage, qui l’autorise à dire qu’il a su résister sans rompre avec l’Angleterre, et nous payerons dans quelque temps, par un mauvais tour de votre Cabinet, le prétendu triomphe des mariages! Ceci parait fort probable. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons, nous, rallumer un feu qui s’éteint. Pour moi, qui trouvais la situation difficile, vu la tournure des choses, je serai charmé d’être dispensé de me mêler à cette discussion. Ecrivez-moi, un mot qui puisse m’arriver mercredi ou jeudi, avant l’ouverture de notre discussion. Dites-moi surtout si, en effet, il n’y aura pas de débat dans votre Parlement sur les affaires espagnoles.

Tout à vous.

Dimanche(1847.)

A. Thiers.”