Cependant il faut savoir la vérité. Il circule les versions les plus contradictoires. La Princesse de Lieven jette tout sur les Whigs, et dit, dans son salon, que rien de pareil n’aurait eu lieu avec Lord Aberdeen. M. Guizot fait dire que Lord Palmerston a manqué aux engagements pris, et qu’il a, dès lors, été délié de ceux qui avaient été contractés à Eu. Voyez Lord Palmerston, puisque vous êtes lié avec lui; dites-lui de vous communiquer à vous, et pour moi, la vérité pure. Il ne faut me dire que des faits d’une exactitude incontestable.

Le danger de la situation, c’est que le ministère va jouer le jeu odieux qu’il reprochait à l’opposition, et que pour ma part je n’ai jamais voulu jouer, celui d’exciter le sentiment populaire contre l’Angleterre. Si le Cabinet Britannique a eu des torts, ce jeu sera facile. Il faut donc savoir exactement la vérité, et dans ces choses-là il ne sert guère de la dissimuler, car elle ressort bien vite des documents. Voici la question sur laquelle il faut être exactement fixé.

Quels engagements avait-on pris réciproquement à Eu?

Etait-on bien convenu de renoncer à un Cobourg, et de ne marier le Duc de Montpensier à l’infante qu’après que la reine aurait eu des enfants?

Serait-il vrai que la diplomatie Anglaise agissait à Madrid contrairement à ce double engagement? Que dès lors le Cabinet Français aurait pu se croire dégagé?

Est-il vrai que M. Guizot aurait adressé à Lord Palmerston une dépêche lui annonçant ses nouveaux projets, lui déclarant qu’il se considérait comme libre, et que Lord Palmerston serait demeuré plus d’un mois sans répondre?

Voilà des points sur lesquels il faut bien savoir la vérité.

Tâchez de savoir ce qu’il y a de vrai dans ce qui s’est passé à Madrid.

Je désire avoir un historique complet et vrai de toute l’affaire. Je désire savoir aussi comment l’Angleterre pose aujourd’hui la question, et où gît la difficulté entre les deux pays. Y a-t-il une solution raisonnable, également honorable pour les deux Cabinets?

Comment les Tories prennent-ils la question? En font-ils une affaire de parti contre les Whigs, ou bien une affaire du pays, commune à tous? Enfin, quel est l’avenir de votre politique intérieure? Lord John Russell se maintiendra-t-il? Pour moi, je fais des vœux en faveur des Whigs. Je suis révolutionnaire (dans le bon sens du mot) et je souhaite en tout pays le succès de mes analogues. Adieu, et mille amitiés. Je vous prie de m’écrire pas moins que vingt pages sur tout cela. Comme je n’aime pas que l’on colporte mes lettres, je vous prie de garder celle-ci pour vous et de me répondre par la poste, ou à Lille jusqu’au 25 Octobre, ou à Paris si vous mettez votre lettre à la boîte passé le 25. Je crois que la poste seule est sûre. Adieu encore, et mille amitiés.