C'est donc en parfaite connoissance du véritable siége du mal, que le mémorandum du 3 février a cherché le remède dans le renfort de l'action tutélaire du Gouv. par un employé sultanique spécial d'un rang assez élevé pour être placé à côté des Musselims; employé qui serait chargé directement de tout ce qui aurait rapport aux lieux saints et aux pèlerins—qui serait mis en contact avec les Représentans des Gouvernement Chrétiens nommés ad hoc, sous la dénomination de procureurs et qui ne recevrait d'ordres que de Constantinople où les plaintes élevées contre lui seraient portées à la connoissance du Gouvernement dans la voie diplomatique.
Le mémoire prussien tendant à établir sur les lieux une représentation de l'église évangélique et sa participation aux fondations existantes, suscite une question toute nouvelle, dont la portée n'est pas à calculer.
Sans considérer l'opposition de Rome, du St. Synode de St. Pétersbourg, et du Patriarchat grec à Constantinople le mémoire suggère des moyens qui, loin de porter remède au mal existant, feraient naître des nouvelles complications et accroître la désunion parmi les confessions chrétiennes. Ce regrettable résultat serait surtout amené par les points suivans du mémoire prussien:
A. La propriété des lieux saints à Jérusalem, Bethléhem et Nazareth passerait aux cinq grandes Puissances.
Mais cette propriété est aux différentes confessions, qui déjà jalouses de la partager entre trois, ne voudraient certainement pas faire une cession de droits acquis, en faveur d'une quatrième prétendant.
B. Les Chrétiens évangéliques auraient dans l'église du St. Sépulcre à Jérusalem et dans celle de Bethléhem des parties spécialement destinées à leur usage.
Mais dans ces deux églises chaque pouce de terrain est disputé par les trois confessions. Toute la Basilique de Bethléhem fut adjugée, il y a 80 ans, aux Grecs; en vertu d'un firman obtenu par des sommes considérables, eux et les Arméniens possèdent seuls la propriété de la Grotte de la Nativité; les moins franciscains n'osent point y dire la messe, et il n'y a que l'autel de la Ste. Crèche qui appartienne à ces derniers. Dans le temple de Jérusalem existent les mêmes subdivisions exclusives. Chaque chapelle forme pour ainsi dire une monopole; celle du Calvaire est partagée en deux—l'autel des Grecs occupant la place de l'exaltation de la croix, celui des Catholiques celle du crucifiement. Comment faire entrer une quatrième confession dans un partage déjà si contesté? La répartition toute faite de localités dont la propriété est aussi hautement appréciée par la confession qui la possède qu'enviée par la confession qui voudrait l'usurper, s'opposerait du reste à une pareille entreprise.
C. Chaque Puissance, qui nommerait un résident, mettrait à sa disposition 60 soldats.
A part d'autres considérations qui rendent ce moyen inadmissible, il fournirait des armes à une guerre de religion en petit qui, vu les élémens de jalousie et de discorde déjà existans, ne manquerait pas d'éclater.
(F.O. Docs. 7/302.)