Je suis assez proche géographiquement de la société Lernout & Hauspie, qui est tombée en faillite. C'était le leader en matière de reconnaissance vocale… Donc, je ne suis pas très optimiste dans ce secteur non plus, pas avant de plus larges bandes passantes et/ou les processeurs ultra-puissants qu'on nous annonce donc pour très bientôt.

= Comment définissez-vous le cyberespace?

Lequel? Celui des Gibson, inventeur de la formule, des Spinrad ou des Clarke, utopies scientifiques pas toujours traitées comme elles devraient l'être? Ou celui des AOL/Time-Warner, des Microsoft ou des… J6M-Canal/Universal…

Tout ce qu'on peut dire à l'heure actuelle, c'est que ce qu'on peut encore appeler le cyberspace est multiforme, et qu'on ne sait pas qui le domptera. Ni s'il faut le dompter d'ailleurs… En tout cas, les créateurs, artistes, musiciens, les sites scientifiques, les petites "start-up" créatives, voire les millions de pages perso, les chats, les forums, et tout ce qui donne au net sa matière propre ne pourra être ignoré par les grands mangeurs de toile. Sans eux, ils perdraient leurs futurs "abonnés". Ce paradoxe a son petit côté subversif qui me plaît assez.

= Et la société de l'information?

Dans l'idéal, un lieu d'échange, le fameuse agora du village global. Mais l'idéal… Tant que le débat existe entre les fous du net, et les VRP de la VPC, il y a de l'espoir. Le jour où les grands portails se refermeront sur la liberté d'échanger des infos en ligne, ça risque plutôt d'être la société de la désinformation. Ici aussi, des confusions sont soigneusement entretenues. Quelle information, celles du 20 heures à relayer telles quelles sur le net? Celles contenues sur ces fabuleux CD, CD-Rom, DVD chez vous dans les 24 h chrono? Ou toutes les connaissances contenues dans les milliards de pages non répertoriées par les principaux moteurs de recherche. Ceux qui ont de plus en plus tendance à mettre en avant les sites les plus visités, qui le sont dès lors de plus en plus. Là, on ne parle même plus de désinformation, de complot de puissances occultes (financières, politiques ou autres…), mais de surinformation, donc de lassitude, de non-information, et finalement d'uniformisation de la pensée. Sans avoir de définition précise, je vois qu'une société de l'information qui serait figée atteindrait le contraire de sa définition de base. Du mouvement donc…

= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?

Incontestablement quand apparaissent mes propositions de mails ou de design de site sur le web. Quand je revois les préparatifs, les brouillons, et que je vois ce que ça donne, c'est comme un flash. Au fond, c'est le même plaisir lorsque sur des Napster ou Gnutella, on trouve enfin LE morceau introuvable qu'on avait perdu d'ouïe depuis dix ans, on le charge, on attend, 1%>50%>99%>file complete, on le lance. Raaaah…

= Et votre pire souvenir?

C'était au tout début, une de mes premières utilisations du médium. Je recherchais dans le cadre d'un projet des sites un peu rebelles, anarchisants, des trucs comme ça. Je tape "cyberpunk" dans Yahoo!, s'affiche la classique liste de sites. "Anarchy on the net, cyberpunk rock the web", ce genre… J'essaye d'en ouvrir quelques uns… Surprise! Un banner "NetNanny" m'interdit l'accès aux sites. Emanation d'un groupuscule de la "majorité morale" américaine, ce "NetNanny" s'autorisait à interdire les sites qui ne lui plaisent pas… Je ne l'ai plus jamais rencontré depuis, mais quelle saleté, ce truc. Enfin, à l'autre extrémité, il y a bien le procédé dit de "l'exit console" où, au moment de sortir d'un site, on vous "propose" une autre page, puis une autre, puis une autre, impossible de sortir. Ça, je n'en ai pas fait l'expérience, mais ça doit être hard. C'est d'ailleurs un procédé de site hard, ai-je lu quelque part…