Guy Bertrand: Il est très important de respecter le droit des auteurs et c'est aux auteurs de décider de ce qu'ils veulent en faire. Le web accorde une place de plus en plus grande à la gratuité des usages. Les auteurs ne sont pas tenus de s'y plier, mais de plus en plus d'auteurs s'y adaptent volontairement et avec profit. Les modèles d'affaires sur le web évoluent très rapidement et n'ont pas fini de le faire. De nouveaux modèles d'affaires se développeront et la place de la gratuité y sera forte, mais les droits des auteurs devront être respectés de façon innovatrice de la part des auteurs et des fournisseurs de services et de contenus.
Cynthia Delisle: Les droits d'auteur devraient idéalement faire l'objet du même respect sur le web que dans d'autres médias, la radio ou la presse par exemple. Cela dit, internet pose à ce niveau des problèmes inédits à cause de la facilité avec laquelle on peut (re)produire et (re)distribuer l'information à grande échelle, et aussi en raison de la tradition de gratuité du réseau. Cette tradition fait, d'une part, que les gens rechignent à débourser pour des produits et services qu'ils trouveraient tout naturel de payer dans d'autres contextes et, d'autre part, qu'ils ont peut-être moins d'états d'âme, dans le contexte du net, à utiliser des produits piratés. La problématique du respect des droits d'auteur constitue, à mon sens, un des enjeux majeurs pour l'évolution du réseau, et il sera certainement très intéressant de voir les solutions qui seront mises de l'avant à cet égard.
= Comment voyez-vous l'évolution vers un internet multilingue?
Guy Bertrand: Depuis 1998, le commerce électronique international s'est beaucoup développé et les vendeurs veulent de plus en plus communiquer dans les langues préférées par les acheteurs, ce qui augmentera encore le caractère multilingue du web. Le commerce électronique ne dominera pas le web, mais son importance augmente ainsi que se marque le caractère multilingue du web. Les outils pour le multilinguisme sur le web sont, hélas!, toujours en retard.
Cynthia Delisle: Je pense que la tendance déjà amorcée en 1998 s'est confirmée depuis et que l'avenir d'internet passe irrémédiablement par le multilinguisme. Internet s'internationalise, et on voit mal comment ce phénomène pourrait se réaliser sans s'accompagner d'une diversification linguistique et culturelle du réseau. Même si l'anglais demeurera sans doute toujours la langue la plus utilisée sur internet, le pourcentage de sites et de documents offerts en d'autres langues continuera régulièrement d'augmenter, jusqu'à ce qu'un certain "équilibre" soit atteint.
Par ailleurs, je suis entièrement d'accord avec M. Bertrand lorsqu'il souligne que les outils aptes à traiter cette diversité linguistique ne sont pas encore au point. La traduction automatique, par exemple, piétine dangereusement depuis nombre d'années… Pourtant, les besoins ne cesseront de croître, d'où la nécessité de multiplier les efforts de R&D (recherche et développement) dans ces secteurs.
= Quel est votre meilleur souvenir lié à l'internet?
Guy Bertrand: Ma première expérience avec le site www.neuromedia.com.
Cynthia Delisle: Le maintien régulier et à moindre coût, grâce au courriel, du contact avec mes proches lors de séjours prolongés à l'étranger.
= Et votre pire souvenir?