L’Auteur devenu plus hardi, parce que personne ne le contredit lorsqu’il est seul (& en vérité il est seul bien souvent), entreprend de réconcilier le genre humain avec les taxes, au moyen d’une première décomposition de l’impôt; il abandonne à la vérité une de ses parties comme onéreuse, (il est fâcheux réellement qu’elle soit indispensable, heureusement c’est la moindre;) mais il défend hautement l’autre partie, comme une ressource très-précieuse pour cette portion du peuple qui mérite le plus de captiver l’intérêt du Gouvernement.
Malgré toutes les précautions que l’Auteur a prises jusqu’ici pour ne pas effaroucher ses Lecteurs, il lui reste un tel pas à franchir, qu’on le voit presque à genoux pour supplier qu’on lui permette de le franchir en vingt fois s’il n’y réussit pas en dix; c’est-à-dire, qu’il desire beaucoup que son Ouvrage ne soit pas condamné définitivement, avant d’avoir été lu jusqu’à la fin; en effet il n’est pas impossible qu’une proposition détachée, dont le ridicule est frappant à l’exposition, devienne cependant très-raisonnable lorsqu’elle aura été successivement rapprochée de toutes celles qui doivent la suivre.—
Un Editeur doit encore plus au Public qu’à un Ouvrage auquel il seroit même assez flatté de procurer une petite fortune; je crois donc être obligé (in foro conscientiæ) de prévenir que ce n’est qu’après avoir parcouru cinquante & quelques pages qu’on soupçonne pourquoi l’Auteur n’a pas annoncé dès la première, les singularités qu’il se proposoit insidieusement d’établir pied à pied dans sa brochure: mais enfin on peut alors pressentir ce qu’on doit attendre d’un homme qui vient de conter que les taxes ne sont qu’un petit mal, que la Thésaurisation en seroit un très-grand, qu’un remboursement est au moins inutile,—& qui aussi-tôt annonce modestement qu’il pourra bien, par la suite, lui échapper quelques bizarreries,—comme s’il pouvoit y en avoir de plus complettes que les trois propositions dont je viens de rendre compte.
Cependant il ne faut pas être trop sévère;—le Lecteur a-t-il été seulement amusé par le coin du Tableau jusques-là découvert?—qu’il se prête à la petite manie de l’Auteur; on renonceroit à montrer des curiosités, si l’on n’avoit pas la liberté de lever le rideau à sa fantaisie, si l’on n’avoit pas le droit de ne montrer, à chaque annonce, que la petite partie de la curiosité, sur laquelle on veut fixer pour le moment les yeux du Spectateur:—
Mais si le Lecteur n’a pas encore observé la moindre variation dans le compas malgré la différence des positions; s’il n’a pas été un peu ébranlé par les raisonnemens dont on l’aura bercé jusqu’alors,—qu’il jette la brochure au feu; car l’Auteur, dont je ne prétends point imiter la circonspection, ou adopter les craintes, ou justifier l’audace, ou partager le délit, n’entreprend rien moins que d’engager toute l’Europe, (toute Europe!) à examiner:
1ᵒ.
S’il seroit possible qu’il en coutât à l’Angleterre au-delà de 5 millions sterling, une fois trouvés, pour assurer, à perpétuité, de la façon la plus solide, le paiement de l’intérêt d’une dette de 238 millions, cet intérêt fixé à 9 millions même monnoie.
2ᵒ.
S’il n’y a pas sans qu’on l’imagine, dans le Systême de Finance de l’Angleterre, quelquesunes des imperfections si bien observées, si justement, si amèrement critiquées dans celui de la France; & si un remboursement national n’est pas le plus facile de tous les jeux avec lesquels un Ministre de Finance peut amuser la Société, sans la servir.
3ᵒ.