"Oui, mais son inconstance.
Moine, roi, cardinal,
Le fit venir en France
Mourir à l'hôpital.
COULANGES.
"Le diable vous emporte.
Monsieur, et vos raisons!
Je vivrois de la sorte
Et ferai des chansons."
[69]At the time of the dauphin's marriage, when madame de Coulanges was presented to the dauphine, the latter received her with a compliment on her wit and letters, of which she had heard in Germany. At this time madame de Sévigné writes,—"Madame de Coulanges is at St. Germain: she does wonders at court: she is with her three friends (mesdames de Richelieu, de Maintenon, and de Rochefort) at their private hours. Her wit is a qualification of dignity at court."—April 5. 1680.
[70]The best known of his couplets are the following philosophic ones:—
"D'Adam nous sommes tous enfans:
La chose est très-connue,
Et que tous nos premiers parens
Ont mené la charrue;
Mais, las de cultiver enfin
Sa terre labourée,
L'un a dételé le matin,
L'autre l'après-dînée."
[71]Turning over her pages, we frequently find reflections such as the following, which, from its gentleness and feeling, is singularly characteristic of the amiable writer:—"Vous savez que je suis toujours un peu entêtée de mes lectures Ceux à qui je parle ont intérêt que je lise de bons livres: celui dont il s'agit présentement, c'est cette Morale de Nicole: il y a un traité sur les moyens d'entretenir la paix entre les hommes, qui me ravit: je n'ai jamais rien vu de plus utile, ni si plein d'esprit et de lumières. Si vous ne l'avez pas lu, lisez-le; si vous l'avez lu, relisez-le avec une nouvelle attention: je crois que tout le monde s'y trouve; pour moi, je suis persuadée qu'il a été fait à mon intention; j'espère aussi d'en profiter; j'y ferai mes efforts. Vous savez que je ne puis souffrir que les vieilles gens disent, 'Je suis trop vieux pour me corriger:' je pardonnerois plutôt aux jeunes gens de dire, 'Je suis trop jeune.' La jeunesse est si aimable, qu'il faudrait l'adorer, si l'âme et l'esprit étoient aussi parfaits que le corps; mais quand on n'est plus jeune, c'est alors qu'il faudrait se perfectionner, et tâcher de regagner par les bonnes qualités ce qu'on perd du côté des agréable. Il y a longtemps que j'ai fait ces réflexions, et pour cette raison je veux tous les jours travailler à mon esprit, à mon âme, à mon cœur, à mes sentimens. Voilà de quoi je suis pleine, et de quoi je remplis cette lettre, n'ayant pas beaucoup d'autres sujets."—Aux Rochers, 7. Oct. 1671. With regard to the book that gave rise to these reflections, M. de Sévigné, her son, who had a more enlightened taste as to style, by no means approved it. He says, "Et moi, je vous dirai que le premier tome des Essais de Morale vous paroitroit tout comme à moi, si la Marans et l'abbé Têtu ne vous avoient accoutumée aux choses fines et distillées. Ce n'est pas aujourd'hui que le galimathias vous parois clair et aisé: de tout ce qui a parlé de l'homme, et l'intérieur de l'homme, je n'ai rien vu de moins agréable; ce ne sont point là ces portraits où tout le monde se reconnoit. Pascal, la logique de Port Royal, et Plutarque, et Montaigne, parlent autrement: celui-ci parle parce qu'il veut parler, et souvent il n'a pas grand' chose à dire."
[72]Take, for instance, the following extracts on the subject of his death:—"Ne croyez point, ma fille, que le souvenir de M. de Turenne soit déjà finit dans ce pays-ci; ce fleuve, qui entraine tout, n'entraine pas sitôt une telle mémoire; elle est consacrée à l'immortalité. J'étais l'autre jour chez M. de la Rochefoucauld, avec madame de Lavardin, madame de la Fayette, et M. de Marsillac. M. le Premier y vint. La conversation dura deux heures sur les divines qualités de ce véritable héros: tous les yeux étaient baignés de larmes, et vous ne sauriez croire comme la douleur de sa perte est profondément gravé dans les cœurs. Nous remarquions une chose, c'est que ce n'est pas depuis sa mort que l'on admire la grandeur de son cœur, l'étendue de ses lumières, et l'élévation de son âme; tout le monde en étoit plein pendant sa vie, et vous pouvez penser ce que fait sa perte par-dessus ce qu'on étoit déjà: enfin, ne croyez point que cette mort soit ici comme celle des autres. Vous pouvez en parler tant qu'il vous plaira, sans croire que la dose de votre douleur l'emporte sur la nôtre. Pour son âme, c'est encore un miracle qui vient de l'estime parfaite qu'on avoit pour lui; il n'est pas tombé dans la tête d'aucun dévot qu'elle ne fut pas en bon état: on ne sauroit comprendre que le mal et le péché pussent être dans son cœur: sa conversion si sincère nous a paru comme un baptême; chacun conte l'innocence de ses mœurs, la pureté de ses intentions, son humilité, éloignée de toute sorte d'affectation; la solide gloire dont il étoit plein, sans faste et sans ostentation; aimant la vertu pour elle-même, sans se soucier de l'approbation des hommes; une charité généreuse et chrétienne. Vous ai-je dit comme il l'habilla ce régiment anglois? il lui coûta quatorze mille francs, et il resta sans argent. Les Anglois ont dit à M. de Lorges qu'ils achéveroient de servir cette campagne, pour venger la mort de M. de Turenne, mais qu'après cela ils se retireroient, ne pouvant obéir à d'autres que lui. Il y avoit de jeunes soldats qui s'impatientoient un peu dans les marais, où ils étoient dans l'eau jusqu'aux genoux; et les vieux soldats leur disoient 'Quoi, vous vous plaignez!' On voit bien que vous ne connoissez pas M. de Turenne: il est plus fâché que nous quand nous sommes mal; il ne songe, à l'heure qu'il est, qu'à nous tirer d'ici; il veille quand nous dormons; c'est notre père: on voit bien que vous êtes jeunes. Et c'est ainsi qu'ils les rassuroient. Tout ce que je vous mande est vrai; je ne me charge point des fadaises dont on croit faire plaisir aux gens éloignés: c'est abuser d'eux, et je choisis bien plus ce que je vous écris, que ce que je vous dirois, si vous étiez ici. Je reviens à son âme: c'est donc une chose à remarquer, que nul dévot ne s'est avisé de douter que Dieu ne l'eût reçue à bras ouverts, comme une des plus belles et des meilleures qui soient jamais sorties de ses mains. Méditez sur cette confiance générale sur son salut, et vous trouverez que c'est une espèce de miracle qui n'est que pour lui. Vous verrez dans les nouvelles les effets de cette grande perte."—15 Août, 1675.
"M. de Barillon soupa ici hier: on ne parla que de M. de Turenne, il en est véritablement très-affligé. Il nous contoit la solidité de ses vertus, combien il étoit vrai, combien il aimoit la vertu pour elle-même, combien pour elle seule il se trouvoit récompensé, et puis finit par dire que l'on ne pouvoit pas l'aimer, ni être touché de son mérite, sans en être plus honnête homme. Sa société communiquoit une horreur pour la friponnerie, pour la duplicité, qui mettoit ses amis au-dessus des autres hommes. Bien de siècles n'en donneront pas un pareil. Je ne trouve pas qu'on soit tout-à-fait aveugle en celui-ci, au moins les gens que je vois. Je crois que c'est vanter d'être en bonne compagnie."—28 Août, 1675.
[73]"Voici un changement de scène qui vous paroitra aussi agréable qu'à tout le monde. Je fus samedi à Versailles avec les Villars. Vous connoissez la toilette de la reine, la messe, le dîner: mais il n'est pas besoin de se faire étouffer pendant que leurs majestés sont à table; car à trois heures le roi, la reine, monsieur, madame, mademoiselle, tout ce qu'il y a de princes et de princesses, madame de Montespan, toute sa suite, tous les courtisans, toutes les dames, enfin ce qui s'appelle la cour de France, se trouve dans ce bel appartement du roi que vous connoissez. Tout est meublé devinement—tout est magnifique. On ne sait ce que c'est d'y avoir chaud; on passe d'un lieu à l'autre sans avoir presse nulle part. Un jeu de reverse donne la forme, et fixe tout. Le roi est auprès de madame de Montespan, qui tient la carte; monsieur, la reine, et madame de Soubise, Dangeau et compagnie, Langlée et compagnie. Mille louis sont répandus sur le tapis. Il n'y a point d'autres jetons. Je voyois Dangeau, et j'admirois combien nous sommes sots au jeu auprès de lui. Il ne songe qu'à son affaire, et gagne où les autres perdent: il ne néglige rien, il profite de tout; il n'est point distrait: en un mot, sa bonne conduite défie la fortune; aussi les deux cent mille francs en deux jours, les cent mille écus en un mois, tout cela se met sur le livre de sa recette. Il dit que je prenois part à son jeu, de sorte que je fus assise très-agréablement et très-commodément. Je saluai le roi, ainsi que vous me l'avez appris: il me rendit mon salut, comme si j'avois été jeune et belle. La reine me parla aussi longtemps de ma maladie que si c'eût été une couche. M. le duc me fit mille de ces caresses, à quoi il ne pense pas. Le maréchal de Lorges m'attaqua sous le nom du chevalier de Grignan, enfin tutti quanti. Vous savez ce que c'est que de recevoir un mot de tout ce que l'on trouve en son chemin. Madame de Montespan me parla de Bourbon: elle me pria de lui conter Vichi, et comment je m'en étois portée. Elle me dit que Bourbon, au lieu de guérir un genou, lui a fait mal aux deux. Je lui trouvai le dos bien plat, comme disoit la maréchale de la Meilleraie; mais sérieusement, c'est une chose surprenante que sa beauté; sa taille n'est pas la moitié si grosse qu'elle étoit, sans que son teint, ni ses yeux, ni ses lèvres en sont moins bien. Elle étoit habillée de point de France, coiffée de mille boucles: les deux des tempes lui tombent fort bas sur les joues; des rubans noirs à sa tète, des perles de la maréchale d'Hôpital, embellies de boucles et de pendeloques de diamants de la dernière beauté, trois ou quatre poinçons, point de coiffe; en un mot, une triomphante beauté, à faire admirer tous les ambassadeurs. Elle a su qu'on se plaignoit qu'elle empèchoit à toute la France de voir le roi; elle l'a redonné, comme vous voyez; et vous ne sauriez croire la joie que tout le monde en a, ni de quelle beauté cela rend la cour. Cette agréable confusion, sans confusion, de tout ce qu'il y a de plus choisi, dure depuis trois heures jusqu'à six. S'il vient des courriers, le roi se retire un moment pour lire ses lettres, puis revient. Il y a toujours quelque musique qu'il écoute, et qui fait un très bon effet. Il cause avec les dames qui ont accoutumé d'avoir cet honneur. Enfin, on quitte le jeu à six heures. On n'a point du tout de peine à faire les comptes—il n'y a point de jetons ni de marques. Les poules sont au moins de cinq, six, à sept cent louis, les grosses de mille, de douze cents. On parle sans cesse, et rien ne demeure sur le cœur. Combien avez-vous de cœurs? J'en ai deux, j'en ai trois, j'en ai un, j'en ai quatre: il n'en a donc que trois, que quatre; et Dangeau est ravi de tout ce caquet: il découvre le jeu, il tire ses conséquences, il voit à qui il a affaire; enfin, j'étois bien aise de voir cet excès d'habilité: vraiment c'est bien lui qui sait le dessous des cartes. On monte donc à six heures en calèches, le roi, madame de Montespan, M. et madame de Thianges, et la bonne d'Hendicourt sur le strapontin, c'est-à-dire comme en paradis, ou dans la gloire de Niquée. Vous savez comme ces calèches sont faites: on ne se regarde point, on est tourné du même côté. La reine étoit dans une autre avec les princesses, et ensuite tout le monde attroupé selon sa fantaisie. On va sur le canal dans des gondoles; on trouve de la musique; on revient à dix heures, on trouve la comédie; minuit sonne, on fait media noche. Voilà comme se passe le samedi. De vous dire combien de fois on me parla de vous, combien on me fit de questions sans attendre la réponse, combien j'en épargnai, combien on s'en soucie peu, combien je m'en souciois encore moins, vous reconnoitrez au naturel l'iniqua corte. Cependant il ne fut jamais si agréable, et on souhaite fort que cela continue."