Ode a la Liberte.
By Citizen Pichon, read at the late dinner given to Citizen
Genet, by the French of this City.
O toi, dont l'auguste lumiere
Si long tems avait fui nos yeux!
Toi, jadis l'idole premiere
De mes invincibles ayeux,
Liberte, qu'un tyran sauvage,
A l'instant meme qu'il t'outrage
Honore par des vœux secrets;
A mes accens prete l'oreille,
Aujourdhui ma muse reveille
L'antique lutte des vieux Français.
Avant que ma voix obeisse
Au transport que saisit mes sens,
Montre moi deesse propice
Un temple digne de mes chants!
Mon oeil a parcouru la terre
J'y trouve a peine la pouissiere
D'un dome a ton nom consacré,
Un tyran siege aux Thermopyles
Et sous les chaines les plus viles
Le capitole est encombré.
Vingt siecles de honte et de chaines
Ont pese sur ces lieux divins;
C'est nous qui de Rome et de l'Athenes
Resusciterons les destins.
Francais, soyons seuls notre exemple
Qu'a ma voix on eleve un temple
Ou tous les peuples a jamais
Depouillant des haines sauvages
Viennent de palmes et d'homages
Couronner les heros Français.
Devant ce Pantheon sublime
Brisez ces palais infamans
De nos opprobres et du crime
Honteux et cruels monumens.
Au pied de ses nobles portiques
Plantez ces bonnets Helvetiques
Devenus la terreur des rois;
Et sur l'autel de la patrie
Gravez l'honorable effigie
Des martirs sacrés de nos droits.
Vous m'entendez, manes augustes
De Thrasibule et de Brutus!
Les Destins trop long tems injustes
Couronnent enfin vos vertus—
Paraissez, ombres adorées
Venez de vos fetes sacrées
Remplir les sublimes concerts
Deja ma lyre transportée
Rivale des chants de Tyrtée
De ses sons etonne les airs.
C'est par toi que l'hymne commence
Maitre supreme, etre eternal!
Toi qui sis de l'independance
Le premier besoin du mortel.
Long tems l'ignorance et l'audace
Couvrirent ton auguste face,
Du masque impur de leurs forfaits
Un seul combat, une victoire
Venge nos droits et rend ta gloire
Plus eclatante que jamais.
Mais quels cris viennent de nos fetes
Troubler les chants majestueux?
Quel demon porte sur nos tetes
La nuit, le tonnerre, et les feux?
Verrons nous des hordes sauvages
Inonder encore nos rivages,
Des terrens du Septentrion;
Et pour venger une autre Helene
Tout la force Europeene
Investit une autre Ilion.
C'etoient ces bandes homicides
Dont le sang versé tant de fois
De mes ancetres intrepides
Atteste encore les exploits—
Fiers Saxons, Hongres Sanguinaires
Esclaves jadis de mes peres
Craignez leurs braves descendans
Rentrez en vos cavernes sombres
Ou craignez d'avertir leurs ombres
Des revoltes de vos enfans: